Durant l’année

Adresses de Pissarro relevées par Ludovic Rodo Pissarro :

« 4 janvier18, rue des Trois-Frères. [JBH 84]
17-janv18, rue des Trois-Frères. [JBH 85]
04-marsL’Hermitage, Pontoise. [JBH 87]
20-maiPontoise. [JBH 89]
20-juilSommation percepteur. Rue du Haut de l’Hermitage, 5, Pontoise.
27-août85, quai du Pothuis.
1er octobreQuittance terme échu de loyer, 85, quai du Pothuis, Pontoise
[loyer de 175 F par mois, propriétaire M. F. Jeanne].
Quittance terme échu de loyer, 18, rue des Trois-Frères, Paris.
20-nov85, quai du Pothuis, Pontoise. [JBH 95]
11-décPontoise. Lettre pour donner congé du 85, quai du Pothuis, pour juillet 1882. »
terme à échoir 1er janvier 1879
Ludovic Rodo Pissarro, Curriculum vitæ ; inédit, Pontoise, musée Pissarro.

Il y avait deux petites maisons au n° 5, rue du Haut-de-l’Hermitage, qui existent toujours (adresses actuelles, 9 et 11, rue Adrien-Lemoisne). Le cahier de dénombrement de 1881 y recense la famille Larchevêque, composée de Clément, le père, 53 ans, Marie Adeline Duquesne, sa femme, 57 ans, et quatre de leurs enfants (de 12 à 22 ans). Assurément, Pissarro connaissait la femme, dont il a exécuté le portait : La Mère Larchevêque, PDRS 640, daté 1880. Ne serait-ce qu’une adresse postale pour Pissarro, sur le point de déménager ?

En 1881, la famille Pissarro, Joséphine Daudon, une sœur de Julie, et son fils sont recensés au 85, quai du Pothuis. Cezanne, lui, n’est pas recensé.

z 2016-07-21 à 01.30.14

Pontoise compte 6 566 habitants.

Dénombrement de la population de Pontoise, 1881, arrêté par le maire Richomme le 31 janvier 1882 ; Archives départementales du Val-d’Oise, cote 9M808/4.

La maison du 85, quai du Pothuis, existe toujours, beaucoup transformée (adresse actuelle, 21, quai Eugène-Turpin).

12 janvier

Guillemet est élu juré au jury du Salon, en trentième position.

Société des artistes français pour l’exposition des Beaux-arts de 1881, Salon de 1881, 98e exposition depuis l’année 1673. Explication des ouvrages de peinture, sculpture, architecture, gravure et lithographie, des artistes vivants, exposés au Palais des Champs-Élysées le 2 mai 1880, Paris, Charles de Mourgues frères, imprimeurs des musées nationaux, 1881, 477 pages, p. LXXXIII.

« Dans la section de peinture […]
50 membres à élire :
— Guillemet, 1,024 [voix] ; »

24 janvier

Dans une longue lettre, Caillebotte explique à Pissarro qu’il n’accepte pas, au nom de la « question d’art », que Degas continue d’imposer des peintres sans talent à leurs expositions, tandis qu’il rejette Renoir, Monet, Sisley et Cezanne parce qu’ils se présentent au Salon.

« Je demande donc qu’une exposition soit faite avec tous ceux qui ont apporté ou apporteront un intérêt réel dans la question. C’est-à-dire vous, Monet, Renoir, Sisley, Mlle Morisot, Mlle Cassatt, Cezanne, Guillaumin, si vous voulez Gauguin, peut-être Cordey et moi. C’est tout puisque Degas refusera une exposition ainsi faite. […]
Je me résume, voulez-vous faire une exposition uniquement artistique ? Je ne sais pas ce que nous ferons dans un an. Voyons auparavant ce que nous ferons dans deux mois. Si Degas veut en être, qu’il vienne, mais sans tous ces gens qu’il traîne après lui. Les seuls de ses amis qui aient des droits sont Rouart et Tillot. »
« Que vont devenir nos expositions ? Voici quant à moi mon avis bien arrêté là-dessus ; nous devons continuer et continuer uniquement uniquement dans un sens artistique, le seul sens en définitive qui soit intéressant pour nous tous. Je demande donc qu’une exposition soit faite avec tous ceux qui ont apporté ou apporteront un intérêt réel dans la question. C’est-à-dire vous, Monet, Renoir, Sisley, Mlle Morisot, Mlle Cassatt, Cezanne, Guillaumin, si vous voulez Gauguin, peut-être Cordey et moi. C’est tout puisque Degas refusera une exposition ainsi faite.
Il faut toute question en dehors de la question d’art ou bien nous n’arriverons à rien.
Je vous demande un peu en quoi le public s’intéresse à nos débats particuliers, nous sommes bien naïfs de nous chamailler pour cela. Degas a apporté la désorganisation parmi nous. Il est très malheureux pour lui qu’il ait le caractère si mal fait. Il passe son temps à pérorer à la Nouvelle-Athènes ou dans le monde. Il ferait bien mieux de faire un peu plus de peinture. Qu’il ait cent fois raison dans ce qu’il dt, qu’il parle avec infinimant d’esprit et de sens sur la peinture, cla ne fait aucun doute pour personne (et n’est-ce pas là le côté le plus clair de sa réputation ?). Mais il n’en est pas moins vrai que les véritables arguments d’un peintre sont sa peinture et q’eût-il mille fois pplus raison en parlant, il serait cependant bien plus dans le vrai en travaillant. Il allègue aujourdhui des besoins d’existence qu’il n’admet pas pour Renoir et Monet. Mais avant ses pertes d’argent était-il donc autre qu’il n’est aujourd’hui ? Demandez à tous ceux qui l’ont connu, à vous-même tout le premier. Non cet homme est aigri. Il n’occupe pas la grande place qu’il devrait occuper par son talent et quoiqu’il ne l’avouera jamais il en veut à la terre entière.
Il prétend qu’il a voulu avoir Raffaelli et les autres parce que Monet et Renoir avaient lâché et qu’il fallait bien avoir quelqu’un. Mais il y a trois ans qu’il tourmente Raffaelli pour venir avec nous, bien avant la défection de Monet, Renoir et même Sisley.
Il prétend qu’il faut nous tenir et pouvoir compter les uns sur les autres (parbleu !) et qui nous a-t-il amené ? En 1876, Lepic et Legros, et Mme de Rambure, 1877 Moreau et encore Mme de Rambure. Mais il n’a pas fulminé contre la défection de Lepic et Legros, et cependant Lepic par exemple n’avait aucun talent. Il lui a pardonné, sans doute, Sisley, Monet et Renoir ayant du talent il ne leur pardonnera jamais.
En 1878 ; Zandomeneghi, Bracquemont, Mme Bracquemont. En 1879 ; Raffaelli, Vidal (est-ce lui qui a amené Vidal ?). J’en passe, quelle phalange de lutteurs résolus pour la grande cause du réalisme !!!
S’il y a quelqu’un au monde qui ait le droit de ne pas pardonner à Renoir, Monet, Sisley et Cezanne, c’est vous, parce que vous, vous avez connu les mêmes besoins d’existence et que vous n’avez pas faibli. Mais vous êtes en vérité plus simple et plus juste que Degas, car, s’il n’avait pas été derrière vous, je suis sûr que vous n’auriez rien dit.
Vous savez qu’il n’y a qu’une raison à cela, la raison d’existence. Quand on a besoin d’argent on tâche de se tirer d’affaire comme on peut. Quoique Degas conteste des raisons aussi élémentaires, je les crois indiscutables.
Il a presque la manie de la persécution. Ne veut-il pas faire croire que Renoir a des idées machiavéliques. Vraiment non seulement il n’est pas juste, mais encore il n’est pas généreux.
Quant à moi, je n’ai pas le droit de condamner personne pour ces motifs. Le seul, je le répète, auquel je reconnais ce droit, c’est vous. Je dis le seul, je ne reconnais pas ce droit à Degas qui a crié contre tous ceux auxquels il reconnaissait du talent, à toutes les époques de sa vie. On ferait un volume de tout ce qu’il a dit contre Manet, Monet, vous. Je vous le demande, notre devoir n’est-il pas de nous soutenir tous et d’excuser nos faiblesses, plutôt que de nous démolir et de chercher la petite bête d’une façon si déplorable.
Pour comble, cet homme qui a tant parlé et tant voulu faire a toujours été celui qui a le moins donné personnellement. Je n’ai pas besoin de vous rappeler ses expositions toujours si tardives et si incomplètes.
Tout cela me navre profondément. S’il n’y avait jamais eu qu’une question agitée entre nous, la question d’art, nous aurions toujours été d’accord. Celui qui a mis la question sur un autre terrain c’est Degas et nous serions bien sots de subir la peine de ses folies. Il a un immense talent, c’est vrai, je suis le premier à me proclamer son grand admirateur. Mais restons-en là. Comme homme il a été jusqu’à me dire en parlant de Renoir et Monet ; « vous recevez ces gens-là chez vous ? ». Vous voyez que s’il a un grand talent il n’a pas un grand caractère. C’est pousser le dénigrement jusqu’à la grossièreté.
Je me résume, voulez-vous faire une exposition uniquement artistique ? Je ne sais pas ce que nous ferons dans un an. Voyons auparavant ce que nous ferons dans deux mois. Si Degas veut en être, qu’il vienne, mais sans tous ces gens qu’il traîne après lui. Les seuls de ses amis qui aient des droits sont Rouart et Tillot.
Je vous ai écrit ceci pour éviter de longues conversations où nous répéterions toujours la même chose et pour que vous puissiez au besoin dire aux autres quelles sont mes opinions. Maintenant voulez-vous prendre un rendez-vous ? »

Lettre de Caillebotte à Pissarro, 24 janvier 1881 ; vente Archives de Camille Pissarro, Paris, hôtel Drouot, 21 novembre 1975, n° 8 ; Marie Berhaut, Gustave Caillebotte, catalogue raisonné des peintures et pastels, Wildenstein Institute, Paris, 1994, lettre n° 23 p. 275.

27 janvier

Pissarro se déclare tout à fait opposé à la proposition de Caillebotte, justifiée par l’opposition de Degas à « la demande de rentrée de Renoir et Monet à notre exposition. […] Le seul principe possible, aussi juste que faire se peut, est celui de ne pas lâcher des confrères que l’on a, à tort ou à raison, acceptés, et que l’on ne peut jeter dehors sans façon ; c’est aussi une question d’honnêteté. […] Rappelez-vous qu’il [Degas] nous a amené Mlle Cassatt, Forain et vous : il lui sera beaucoup pardonné ! […] Je n’ai montré votre lettre qu’à Mlle Cassatt qui est de mon avis. J’en parlerai demain à Gauguin et Guillaumin. »

« Je vous prierai de m’excuser de n’avoir pas répondu immédiatement à la lettre que vous m’adressez concernant la demande de rentrée de Renoir et Monet à notre exposition et les conditions que ces messieurs veulent bien nous poser. J’ai dû prendre le temps de la réflexion.
Sans entrer dans tous les détails roulant plutôt sur des questions personnelles, je me déclare tout à fait contre votre idée de placer la question de l’art ; le seul à mon sens qui soit au contraire gros de difficultés et fait pour nous diviser tous. — Il n’est pas du tout certain qu’avec ce principe, vous, moi, et même Degas, ayons la chance d’être acceptés par certains artistes, qui à cause de leur talent même, ont une individualité qu’ils appliquent à tous leurs jugements. — Le seul principe possible, aussi juste que faire se peut, est celui de ne pas lâcher des confrères que l’on a, à tort ou à raison, acceptés, et que l’on ne peut jeter dehors sans façon ; c’est aussi une question d’honnêteté. — Vous me connaissez assez pour être persuadé que je ne demanderais pas mieux que d’avoir Renoir et Monet, mais ce que je trouve souverainement injuste, c’est que nous ayant abandonné la maison sur les bras, ne craignant pas un instant de nous exposer à un fiasco irrémédiable, [ils] veuillent bien, n’ayant pas réussi à l’Officiel, faire une rentrée avec des conditions posées en vainqueurs quand, en bonne justice, on devrait en subir juste punition des fautes commises… Je le regrette, mon cher Caillebotte, malgré mon amitié pour vous et tout ce que je vous dois de reconnaissance, je ne puis accepter ces propositions.
Quant à ce que vous me dites de Degas, avouez que s’il a beaucoup péché, en nous dotant de quelques artistes qui ne sont pas dans les conditions du programme, il a eu cependant quelquefois la main heureuse ; rappelez-vous qu’il nous a amené Mlle Cassatt, Forain et vous ; il lui sera beaucoup pardonné !
D’après votre lettre, je crains bien que nous n’arrivions à nous entendre, mais vous me rendrez un jour peut-être justice, en voyant le peu de solidité du terrain mouvant de l’art.
[…] Je n’ai montré votre lettre qu’à Mlle Cassatt qui est de mon avis. J’en parlerai demain à Gauguin et Guillaumin. »

Brouillon de lettre JBH 86, de Pissarro, Paris, à Caillebotte, 27 janvier 1881. Les deux dernières phrases de la lettre ont été ajoutées par rapport au brouillon ; Marie Berhaut, Gustave Caillebotte, catalogue raisonné des peintures et pastels, Wildenstein Institute, Paris, 1994, lettre n° 24 p. 276.

28 janvier

Caillebotte regrette que Pissarro se range à la position de Degas. Dans ces conditions, il ne sait pas s’il participera à la prochaine exposition.

« Je suis désolé de vous voir persister dans l’opinion de Degas, car je suis profondément convaincu que cela ne mènera qu’au gâchis.
Du moment que nous partons de points différents il est évident que nous ne nous entendrons pas. Il est donc inutile de reprendre la discussion. Permettez-moi cependant de rectifier quelques points. Renoir et Monet ne posent aucune condition, à ce que je sache. C’est uniquement moi qui ai parlé et d’après mes seules idées sans en être autorisé ni poussé par personne. Renoir et Monet, si vous voulez le savoir, ignorent absolument ce qui se passe. Quant à ceci « ne pas lâcher des confrères que l’on a à tort ou à raison acceptés » je ne suis pas du tout de votre avis. Il y en a beaucoup dans le nombre que pour ma part je n’eusse pas acceptés. Je les considère comme imposés.
Je n’encaisse pas le lâchage en question. Qu’il n’y ait pas d’erreur entre nous. Vous avez mille fois raison dans ce que vous dites de Renoir et de Monet mais, encore une fois, puisque je demande à placer la question sur un autre terrain, et que vous n’êtes pas de cet avis, il est inutile de discuter. Quant à la question d’art que vous croyez être celle qui nous divise le plus, je ne suis pas encore de votre avis. Je nous crois assez de sens pour reconnaître le talent de ceux qui nous sont le plus opposés comme sentiments, manière de voir, etc. J’ignore ce que je ferai, je ne crois pas une exposition possible cette année. Mais certainement je ne recommencerai pas celle de l’année dernière. La vitrine de Degas ne me suffit pas. »

Lettre de Caillebotte à Pissarro, 28 janvier 1881 ; vente Archives de Camille Pissarro, Paris, hôtel Drouot, 21 novembre 1975, n° 8 ; Marie Berhaut, Gustave Caillebotte, catalogue raisonné des peintures et pastels, Wildenstein Institute, Paris, 1994, lettre n° 25 p. 276.

28-29 janvier

Vente à l’hôtel Drouot par suite du décès d’Edmond Duranty. Zola et Degas ont fait appel à tous les amis connus et inconnus de Duranty en faveur de sa veuve sans fortune. Zola a rédigé la préface du catalogue.Quatre œuvres de Degas figurent au catalogue ; sept de Pissarro, dont les prix d’adjudication sont modestes : Effet de neige, vue de l’Ermitage, à Pontoise, peinture à l’huile, 200 francs ; Une vue à La Roche-Guyon, peinture à l’huile, 100 francs ; Paysage, dessin à la plume, 40 francs ; Paysage, dessin à la plume, 22 francs ; Laveuse, dessin au crayon noir ; Portrait de Cezanne, eau-forte, 13 francs ; 2 Paysages, eaux-fortes, 8 francs.

Auriant, « Duranty et Zola (lettres inédites) », La Nef, n° 10, 3e année, juillet 1946, Editions Albin Michel, p. 58.
Zola Émile, « Préface », Vente par suite du décès de Edmond Duranty, homme de lettres, tableaux modernes, esquisses, aquarelles, pastels, dessins, eaux-fortes, livres, hôtel Drouot, les 28 et 29 janvier 1881, Me Maurice Delestre commissaire-priseur ; Durand-Ruel expert pour les tableaux, Champion expert pour les livres (Lugt 40679), .p. 1-2 (Prix annotés sur le catalogue de la Bibliothèque d’Art et d’Archéologie Jacques Doucet, Paris) :

« Edmond Duranty est mort le 9 avril 1880. Ce fut, pour ses amis, un coup d’autant plus douloureux qu’il était imprévu. Il cachait ses souffrances, avec une sorte de pudeur qu’il mettait dans toute sa vie. Nous l’avons bien connu, luttant avec un grand courage contre une des misères littéraires les plus injustes et les plus implacables que j’aie rencontrées ; mais il n’est personne de nous dont il ait fait un confident et qui puisse écrire un jour une biographie complète. Tout son passé, toute sa jeunesse est comme un livre fermé à jamais.

D’ailleurs, je veux simplement dire ici, en quelques mots, quel esprit supérieur il a été. Son peu de succès venait précisément de la distinction et de l’originalité de son intelligence. Réaliste égaré dans le triomphe bruyant des romantiques, tenant pour la vieille France, pour l’esprit si fin et si pénétrant du xviiie siècle, contre l’abus de l’image et le fatras descriptif du nôtre, il est resté incompris et dédaigné, il n’a pu monter à la haute place du romancier qu’il méritait. Vers la fin, lui-même s’était découragé, las d’avoir perdu son existence en efforts inutiles. Rien ne lui réussissait ; le silence se faisait sur ses ouvrages, les plus travaillés.

Je crois que nos petits-fils seront plus justes et qu’on reviendra à Duranty comme on est revenu à Stendhal, dont il est un des continuateurs directs. Pour le moment, confiants dans cette réparation suprême que lui doit l’avenir, nous voulons faire seulement un appel à tous ses amis, aux amis connus et aux amis inconnus ; car il nous a légué, dans son testament, une œuvre dernière à accomplir.

Duranty laisse une veuve sans fortune, seule désormais au milieu des difficultés de la vie. C’est au profit de cette veuve que les exécuteurs testamentaires ont décidé de faire vendre la bibliothèque du pauvre mort. Hélas ! cette bibliothèque n’était pas bien vaste, et l’on n’y trouvera aucun de ces ouvrages rares qui ameutent les bibliophiles. Aussi notre appel ne s’adresse-t-il pas aux indifférents ; nous le faisons à tous ceux qui, de près ou de loin, ont aimé Duranty et ses livres ; que tous ceux qui ont la passion de la littérature, que tous ceux qui croient à l’aristocratie de l’esprit, que tous ceux qui tiennent une plume, et qui la tiennent pour le bon combat de la vérité dans les lettres, viennent et achètent quelques-uns de ses volumes, comme un souvenir d’un des romanciers les plus originaux de l’époque.

Ils nous auront aidés à faire une bonne œuvre.

Émile ZOLA. »

 

« Le Paris-secret », Le Figaro, 27e année, 3e série, n° 6, mercredi 26 janvier 1881, p. 1 :

« Vendredi 28 et samedi 29, aura lieu à l’hôtel Drouot, la vente posthume d’Émile Duranty.
Tout Paris, artiste, a connu cet homme de lettres si délicat qui fut, un instant, le disciple de Champfleury, comme romancier, mais qui s’est surtout occupé avec passion de critique d’art. Figure douce et sympathique, causeur attrayant.
On se rappelle un duel qu’il eut avec M. Manet, à la suite d’un article paru dans la Rue, de Jules Vallès.
Cette vente se compose surtout de livres et de documents très curieux pour l’histoire de l’art, et de dessins et aquarelles, par Alma Tadéma, Bonvin, J.-L. Brown, Corot, Degas, Desboutin, Fantin Latour, Guillemet, Legros, Manet, Whistler, etc.
Le Corot est une huile qui provient de la vente. »

[Début 1881, avant l’exposition impressionniste]

Victor Vignon, qui réside depuis plus d’un mois à La Ferté-Milon, donne de ses nouvelles à Pissarro et s’enquiert de la préparation de la prochaine exposition impressionniste.

«  Mon cher Mr Pissarro.
Vous allez dire que je suis bien négligent.
Voici bientôt 2 mois que je suis parti et ce sera la première fois que je vous écrirai aujourd’hui. Mais vous savez mieux que moi comme le temps se passe et aussi comment se font les excuses ; on a toujours en quelques bonnes raisons pour agir ainsi, aussi ne chercherai-je pas à vous en donner, car de vraies je n’en ai pas, si ce n’est ma grande négligence qui ne veut pourtant pas dire mon indifférence. Vous le savez du reste – l’occasion de vous faire dire le bonjour par Mad Latouche. Je ne sais si elle a fait comme j’ai dit.
Causons d’autre chose. D’abord, comment vont vos affaires vos santés et que faites-vous là-bas ? Parlez mois de tout cela et dites moi aussi ce à quoi vous en êtes de notre exposition.
Est-elle à l’état de projet. S’en occupe-t-on enfin. Y-a t-il comme dans l’exposition officielle des changements importants qui remueront le monde et les consciences. Allons dites-moi tout cela J’ai soif de nouvelles, de nouvelles parisiennes, de nouvelles qui vous touchent.
Quant à moi j’ai bien travaillé pendant un mois, 5 semaines et depuis le mauvais temps m’ont empêché de terminer bien des choses commencées. C’est là mon plus grand regret, et ce qui parfois me fait faire un bien mauvais sang. J’emploie ce temps épouvantable à faire quelques essais de figures ; j’aurai plus tard l’occasion de vous en parler et de vous faire voir tout cela. Vous verrez par mes paysages que le pays est intéressant, c’est un pays du reste assez varié, j’y vois bien des choses à faire, aussi est-ce avec peine que je vois ces temps-ci.
Allons à bientôt car je ne puis tarder longtemps.
Mes amitiés à Mr Degas, Gauguin, Zandomeneghi, enfin à tous ceux que vous savez et à vous de tout mon cœur
Vr Vignon
Rappelez moi au souvenir de Madame Pissarro
Ma femme vous envoie ses compliments.
N’oubliez pas Guillaumin.
J’ai appris que Forain s’était battu, en duel, mais j’ignore le motif [Forain s’est battu en duel avec Champsaur le 10 décembre 1880]. J’aime à croire qu’il n’a pas été fortement blessé et c’est ce que je lui souhaite.
(Vor Vignon, chez Mr Fontaine à la Ferté-Milon, aisne)
(Ne donnez mon adresse à personne)
(J’ai demandé à Made Latouche des couleurs, elle ne me les a pas envoyées, il y a déjà un mois de cela J’avais à m’excuser de n’avoir pu me rendre chez vous la veille de mon départ.
Je le regrette encore, d’autant plus que j’ai été privé de voir ce que vous avez fait cette année, vous savez assez ce que je goûte vos travaux, pour regretter de ne les avoir pas vus mais ça m’a été impossible, tout à fait impossible. J’espère pourtant qu’il vous en restera encore à me faire voir, bien que je vous souhaite de tout vendre, et de tout vendre bien »

Lettre de Victor Vignon, « chez Mr Fontaine à la Ferté-Milon, aisne », à Pissarro, non datée [début 1881] ; Paris, Bibliothèque d’Art et d’Archéologie Jacques Doucet ; vente Archives de Camille Pissarro, Paris, Hôtel Drouot, 21 novembre 1975, n° 190.

Zandomeneghi a exposé avec les impressionnistes en 1879, 1880 et 1881.
Victor Vignon a exposé à la cinquième exposition impressionniste en 1880. En 1881, il expose 15 œuvres à la sixième exposition impressionniste, dont l’une porte le titre « Arbres fruitiers à la Ferté-Milon (Aisne) ».

[Début 1881]

Victor Vignon écrit à Pissarro.

« Cher Monsieur Pissarro

Je ne sais si ma carte et ma lettre vous sont parvenues. Quoiqu’il en soit je n’en reste pas moins étonné. Car si par impossible, l’une et l’autre s’étaient égarées, ou n’étaient pas arrivées à destination pour cause d’erreur d’adresse, on me les eut retournées, alors j’aurai su à quoi m’en tenir. Mais à moins que je me trompe beaucoup, c’est bien au 16 ou au 18 de la rue des trois frères [18, rue des Trois-Frères] que vous habitez et c’est bien là que j’ai adressé mes correspondances. Ne sachant quoi penser, je cherche toutes les raisons qui ont pu vous faire agir ainsi. M’auriez vous oublié, ou le temps vous aurait-il manqué ? Auriez-vous perdu mon adresse ? Vous ennuierait-il de répondre à une lettre ennuyeuse ? Tout cela, me passe par la tête, et je me dis Est-ce cela, ou est-ce autre chose, ai-je démérité de l’affection et de l’estime d’un homme que j’aime et d’un artiste que j’estime beaucoup Ai-je manqué à un des devoirs que m’imposent ces différents titres ? Dites je vous en prie, expliquez-vous. Vous allez dire que je suis ridicule, mais j’ai tant attendu une de vos lettres que je ne sais que penser de n’en avoir pas reçu une toute de politesse au moins. Dites moi dans une longue lettre ce que vous faîtes, comment vous vous portez et aussi comment vont tous ceux que vous savez
Mes meilleures amitiés
Vr Vignon
Ne m’oubliez pas près de Mr Degas, ni de Zandomeneghi, ni Guillaumin.
D’ici quinze jours, trois semaines je rentrerai à Paris, dans ce Paris qu’il me tarde tant de revoir, et me retrouverai au milieu de ceux que je n’oublie pas ici.
Mes respects à votre dame et mes souhaits à vos enfants
Vr Vignon
chez Monsieur Fontaine
à la Ferté-Milon
(aisne)
Dites moi ce que vous faites et aussi si vos affaires vont bien vous savez que tout cela m’intéresse.
Ma femme se rappelle à votre bon souvenir et vous envoie le sien »

Lettre de Victor Vignon, « chez Monsieur Fontaine à la Ferté-Milon (aisne) », à Pissarro, non datée [début 1881] ; Paris, Bibliothèque d’Art et d’Archéologie Jacques Doucet ; vente Archives de Camille Pissarro, Paris, hôtel Drouot, 21 novembre 1975, n° 190.

Février ou mars

Caillebotte, dans une lettre à Monet, envisage la participation de Cezanne à leur prochaine exposition.

« Je ne demande pas mieux que de faire une exposition. J’écris à Renoir. […] Quant à moi je ne retourne pas avec Raffaëlli, Vidal, Zandomeneghi etc. ni vous non plus je crois. […] Degas ne lâchera pas ceux qu’il a eu tant de mal à amener. Pissarro ni Mlle Cassatt ne lâcheront Degas. Il faut donc faire une exposition comprenant vous, Renoir, moi et peut-être Sisley, Cezanne et Mlle Morizot ».

Lettre de Caillebotte à Monet, [février ou mars] 1881 ; vente Archives de Claude Monet, collection Cornebois, Paris, Artcurial, 11 décembre 2006, n° 21.

10 février

Signature du contrat de mariage, sous le régime de la séparation de biens, entre Rose Cezanne et Paul Antoine Maximin [Maxime] Conil (Aix, 1er octobre 1853 – 1940), avocat. La dot de Rose Cezanne se compose d’un trousseau de 6 000 francs, d’une créance de 5 000 francs due par madame Marie Antoinette Delphine de Rollaux de Villans, épouse du marquis de Castellane suivant acte d’obligation du 10 décembre 1879, d’un titre de rente à cinq pour cent de 3 000 francs, de 550 obligations de la Compagnie de chemin de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée, pour une valeur indéterminée, et d’une maison donnant sur la rue Emeric-David d’une valeur estimée à 16 500 francs.

Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Centre d’Aix-en-Provence, minutes de Me Béraud, notaire à Aix, registre 309 E 1881, acte n°   (à vérifier !)

26 février

Cezanne est le témoin de sa sœur, Rose Cezanne, à son mariage, à Aix, avec Paul Antoine Maximin [Maxime] Conil.
La bénédiction nuptiale a lieu à l’église Sainte-Madeleine, le 27 février, à laquelle assiste Cezanne, qui signe le registre.

Acte de mariage, Hôtel de Ville d’Aix-en-Provence ; minutes du contrat de mariage, archives de l’étude, du successeur de maître Beraud, Aix-en-Provence ; registre de l’église Sainte-Madeleine, Archives de l’archevêché d’Aix-en-Provence ; Archives départementales des Bouches-du-Rhône, registre 202 E 849 ; Lioult Jean-Luc, Monsieur Paul Cezanne, rentier, artiste peintre. Un créateur au prisme des archives, Marseille, Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Images en Manœuvres Éditions, 2006, 299 pages, p. 294.

 

« Mouvement de la population », Le National, journal républicain d’Aix, 11e année, n° 511, dimanche 6 mars 1881, p. 3 :

« Mariages :
Conil Paul, avocat, 27 ans. rue Manuel, 14, et Cezanne Rose, 24 ans, rue Émeric-David. »

 

Coquiot Gustave, Paul Cezanne, Paris, Librairie Paul Ollendorff, 1919, 253 pages, p. 98 :

« En 1881, il avait marié sa seconde fille, Rose, avec M. Maxime Conil, rentier à Aix ; et à celui-ci, apportant la bague de fiançailles, tout Aix se souvient encore qu’il avait dit en riant : « Oi ! si donno uno baguo oro ! Jeou ! quan mé sicou marrida, avion dous penden : Paul — mouvement à droite — einé Marie ! — mouvement à gauche — (Comment vous donnez une bague en or ! Moi, quand je me suis marié, j’avais deux pendants : Paul et Marie !) »Lui, Paul Cezanne, avait épousé, à Aix, Mlle Marie-Hortense Fiquet, originaire du Jura. Les témoins de la mariée furent MM. Louis Barré et Jules Peyron, de Gardanne ; ceux du marié : MM. Jules Richard et Maxime Conil. La cérémonie s’accomplit dans la plus stricte intimité ; et, le lendemain, dès la première heure, dans l’église Saint-Jean-Baptiste (extra muros), l’abbé Bicheron conclut le mariage ; les deux mariés, M. Maxime Conil et Mlle Marie Cezanne étaient seuls présents. »

[Mars]

Caillebotte écrit à Monet pour proposer qu’ils organisent une exposition avec Renoir, Sisley, Cezanne, Berthe Morisot, indépendamment de Degas et ses amis et soutiens.

« Je ne demande pas mieux que de faire une exposition. J’écris à Renoir. […] Quant à moi je ne retourne pas avec Raffaëlli, Vidal, Zandomeneghi etc. ni vous non plus je crois. […] Degas ne lâchera pas ceux qu’il a eu tant de mal à amener. Pissarro ni Mlle Cassatt ne lâcheront Degas. Il faut donc faire une exposition comprenant vous, Renoir, moi et peut-être Sisley, Cezanne et Mlle Morizot ».

Lettre de Caillebotte à Monet, non datée ; vente Archives de Claude Monet, collection Cornebois, Paris, Artcurial, 11 décembre 2006, n° 21.

[Mars]

Renoir, à Alger, explique dans une lettre à Durand-Ruel pourquoi il envoie au Salon : « Mon envoi au Salon est tout commercial. »

« Je viens tâcher de vous expliquer pourquoi j’envoie au Salon. Il y a dans Paris à peine quinze amateurs capables d’aimer un peintre sans le Salon. Il y en a 80 000 qui n’achèteront même pas un nez si un peintre n’est pas au Salon. Voilà pourquoi j’envoie tous les ans deux portraits, si peu que ce soit. De plus, je ne veux pas tomber dans la manie de croire qu’une chose ou une autre est mauvaise suivant la place. En un mot, je ne veux pas perdre mon temps à en vouloir au Salon. Je ne veux même pas en avoir l’air. Je trouve qu’il faut faire la peinture la meilleure possible. Voilà tout. Ah ! si l’on m’accusait de négliger mon art, ou par ambition imbécile faire des sacrifices contre mes idées, là je comprendrais les critiques. Mais comme il n’en est rien, l’on a rien à me dire, au contraire. Je ne m’occupe dans ce moment, comme toujours, que de faire de bonnes choses. Je suis resté loin de tous peintres, dans le soleil, pour bien réfléchir. Je crois être au bout et avoir trouvé. Je puis me tromper, cependant ça m’étonnerait beaucoup. Encore un peu de patience et dans peu j’espère vous donner des preuves que l’on peut envoyer au Salon et faire de la bonne peinture.
Je vous prie donc de plaider ma cause auprès de mes amis. Mon envoi au Salon est tout commercial. En tout cas, c’est comme de certaines médecines. Si ça ne fait pas de bien, ça ne fait pas de mal.
Je crois que je me suis tout à fait retapé. Je vais pouvoir travailler ferme, et me rattraper. »

Lettre de Renoir, Alger, à Durand-Ruel, non datée [mars 1881] ; Venturi Lionello, Les Archives de l’Impressionnisme, tome I, p. 115.

[Mars]

Degas informe Bracquemond que le local de leur exposition est trouvé depuis huit jours. Elle ouvrira le 15.

« Vous savez que la condition de n’avoir pas envoyé au Salon reste imposée. […] Monet, Renoir, Caillebotte [?] et Sisley n’ont pas répondu à l’appel. »

Lettre de Degas, 19 bis, rue Fontaine, à Bracquemond, non datée ; Lettres de Degas, 1945, lettre IX, p. 37-38.

[Mars]

Gauguin informe Pissarro qu’un local a été retenu pour la prochaine exposition impressionniste.

« Nous venons d’arrêter un local Bd des Capucines à la maison de Old England ; l’appartement est peut-être un peu petit mais bien éclairé et surtout très bien situé — Portier s’occupe en ce moment de faire marcher rapidement Belloir afin d’arriver tous prêts avec nos tableaux pour le 2 avril. J’oubliais de vous dire que le prix est de 2 600 c’est-à-dire un prix raisonnable — Il serait peut-être bon de vous voir ces temps-ci afin de vous prêter à l’organisation de cette exposition à laquelle vous êtes un des premiers intéressés ; Degas avec qui je suis en ce moment me charge de vous dire qu’il vous charge à titre d’ami de Caillebotte de le prévenir que notre exposition est toute prête ; par conséquent la porte en est ouverte, il reste donc à savoir s’il veut comme par le passé exposer avec nous. Il est bien entendu que tout celà sera dit comme s’il n’y avait rien eu de discordant à ce sujet ; vous avez du reste tout le tact nécessaire pour pareille démarche —
Gautier m’a envoyé hier le tableau en question avec une lettre aussi extraordinaire que possible — »

Lettre de Gauguin à Pissarro, non datée [mars 1881] (VM 15).

Au plus tard en avril

Cezanne est recensé à l’Estaque, « maison Isnard », dans le cahier de dénombrement arrêté en octobre 1881 : « Cezanne Paul, 63 [ans], femme [sic] chef de famille ; Aubert Elisabeth, 66 [ans], sa femme, sans activités ».
Cezanne en réalité a quarante-deux ans et Élisabeth Aubert est sa mère, non sa femme.

Archives de la ville de Marseille, registre 2F 178, p. 2238 ; d’après Prati Xavier et Reynaud Georges : « A letter by Cezanne from l’Estaque, 1864 », The Burlington Magazine, volume CL, n° 1262, mai 2008, p. 327-328, note 10 p. 327.

2 avril – 1er mai

Sixième Exposition de Peinture, 35, boulevard des Capucines, à laquelle Cezanne ne participe pas.
Cent soixante-dix œuvres inscrites au catalogue ; treize exposants, parmi lesquels Mlle Mary Cassatt, Degas, Gauguin, Guillaumin, Mme Berthe Morisot, Pissarro, mais pas Caillebotte.

Catalogue de la 6me Exposition de peinture, du 2 avril au 1er mai 1881, 35, boulevard des Capucines, Paris.

Malgré l’appui de Guillemet, Cezanne est refusé au Salon.

Lettre de Zola à Guillemet, 22 août 1880 ; Bakker B. H. (éd.), Émile Zola, correspondance, Montréal, Les Presses de l’Université de Montréal et Paris, éd. du CNRS, tome IV (juin 1880-1887), 1983, n° 15, p. 94.

12 avril

Cezanne, probablement à Paris, écrit à Zola.

« 12 avril 1881.
Mon cher Émile,
Dans quelques jours doit avoir lieu la vente en faveur de Cabaner. Voici donc ce que je viens te demander ; ce serait que tu voulusses bien te charger de faire une petite notice, comme tu l’as fait pour la vente de Duranty 1. ― Car on ne doute pas que le seul appui de ton nom ne fut un grand attrait auprès du public pour attirer des amateurs et recommander la vente :
Voici un aperçu de quelques noms des artistes qui ont offert de leurs œuvres :
Manet – Degas – Frank Lamy – Pissarro – Béraud – Gervex – Guillemet – Pils – Cordey – etc., et ton serviteur.
C’est moi qui ai été chargé, comme étant une de tes plus anciennes connaissances, de te faire cette demande.
Je te serre cordialement la main, et je te prie de présenter mes respects à Madame Zola.
Tout à toi.
Paul Cezanne »

  1. Edmond Duranty (1833-1880), romancier et critique d’art ami de Degas et lié au groupe des impressionnistes, auteur d’une brochure sur la nouvelle Peinture. Zola avait fait la préface du catalogue de la vente au profit de sa veuve.
Lettre de Cezanne à Zola, 28 octobre 1880, p. 195 ; Rewald John, Paul Cezanne, correspondance, Paris, Grasset, 1978, 346 pages, p. 196.

Avril

Cezanne remercie Huysmans de lui avoir envoyé En ménage :

« Mercredi avril 1881
Monsieur Huysmans,
J’ai reçu avant-hier le livre que vous avez bien voulu m’envoyer. Mes remerciements chaleureux pour cette aimable pensée.
Avec votre cadeau, j’ai trouvé celui de M. Céard. Puisque j’ai négligemment oublié de noter mon adresse, je dois vous demander de lui transmettre mes remerciements pour sa marque d’estime pour mes qualités d’esprit.
Je suis, avec gratitude, votre dévoué
Paul Cezanne »

Lettre de Cezanne à Huysmans, mercredi avril 1881 ; traduite d’une traduction elle-même en anglais ; Danchev Alex (édité et traduit par), The Letters of Paul Cezanne, Londres, Thames & Hudson, 2013, 392 pages, lettre 102 p. 210, traduite en anglais.

16 avril

Cezanne reçoit une lettre de Zola, pour qu’il le documente sur Cabaner, qu’il transmet probablement au peintre Franc-Lamy. Franc-Lamy répondra à Zola le 22 avril.

« Médan 16 avril 81
Mon cher Paul,
Je veux bien faire la petite notice que tu me demandes ; mais il me faudrait absolument quelques détails.
Il me faut parler de Cabaner ; mais dans quels termes ? Dois-je dire qu’il est souffrant, qu’il est dans le Midi, que la vente est faite pour lui venir en aide ? En un mot, dois-je parler de sa gêne ? Je le connais très peu et ne voudrais pas le blesser. Réponds-moi vite ce que tu en penses et si nous pouvons apitoyer le public sur son sort, tout en parlant de ses luttes artistiques et de son talent. Ce serait, je crois, la vraie note. Mais je veux que les organisateurs de la vente m’autorisent à dire cela.
J’attends ta lettre pour faire la notice.
Bien à toi,
Émile Zola. »

Au verso de cette lettre, Cezanne écrit un mot de transmission pour Théodore Duret :

« Voici la lettre très bienveillante que Zola a bien voulu m’écrire.
De votre côté veuillez lui adresser, s. v. p., les notes nécessaires.
Je suis avec respect votre honoré serviteur,
Paul Cezanne »

Lettre de Zola à Cezanne, Médan, 16 avril [18]81, musée du Louvre département des Arts graphiques, A 173, recto ; lettre retrouvée dans les papiers de Théodore Duret ; au verso, lettre de Cezanne à Duret, non datée. Lettre de Cezanne, non datée, à un destinataire non désigné, probablement Franc-Lamy ; Cezanne, Correspondance, p. 197.

La « documentation » demandée par le romancier fut fournie par un ami de Renoir, Frank Lamy, et la notice de Zola parut dans le catalogue de la vente qui n’eut qu’un succès modeste. Quelques mois plus tard, le 3 août 1881, Cabaner mourut de phtisie.

Entre avril 1880 et octobre 1882 ?

Cezanne peint plusieurs tableaux où apparaît un papier peint gris bleu à motif de feuilles. Il semble que ce papier peint corresponde à celui d’une pièce de l’appartement qu’il occupait au 32, rue de l’Ouest.

Les natures mortes :

  • Assiette à bords bleus et fruits (FWN776-R356)
  • Pommes et serviette (FWN778-R417)
  • Nature morte au compotier (FWN780-R418)
  • Compotier, assiette et pommes (FWN781-R419)
  • Compotier, pommes et miche de pain (FWN782-R420)
  • Verre et poires (FWN748-R422)
  • Assiette de pêches (FWN777-R423)
  • Verre et pommes (FWN779-R424)
  • Boîte à lait et pommes (FWN771-R426)
  • Boîte à lait, carafe et bol (FWN770-R427)
  • Carafe, boîte à lait, bol et orange (FWN768-R430)
  • Pommes et biscuits (FWN773-R431)
  • Pêches, poires et raisin (FWN774-R432)
  • L’Assiette bleue (FWN775-R433)
  • Carafe et bol (aquarelle RW107).

Les portraits :

  • Portrait de Louis Guillaume (FWN448-R421)
  • Madame Cezanne à l’éventail (FWN447-R606).

Dans d’autres natures mortes, le fond ne présente pas de motif de feuilles, mais les objets assemblés, comme la carafe, le bol ou le pot à lait, apparaissent également comme sur FWN771-R426, FWN770-R427, et FWN768-R430 ainsi que sur l’aquarelle RW107 :

  • Bol et boîte à lait (FWN765-R425)
  • Boîte à lait et citron, I (FWN767-R428)
  • Boîte à lait et citron, II (FWN769-R429).

Louis Guillaume (Paris, 2 juillet 1872 – Paris, 17 février 1955), fils d’Antoine Guillaume, avait donc entre huit et neuf ans (plutôt neuf ans).
Selon Georges Rivière, Cezanne aurait aussi peint le portrait de madame Guillaume (Thérèse Davin) (FWN452-R411).

Date et lieu de naissance de Louis Guillaume communiqués par Raymond Hurtu.

Rivière Georges, Le Maître Paul Cezanne, H. Floury éditeur, Paris, 1923, 243 pages, p. 207 :

« Portrait d’Enfant[FWN448-R421]       Portrait de Louis Guillaume, jeune camarade du fils de l’artiste. »

Rivière Georges, Le Maître Paul Cezanne, H. Floury éditeur, Paris, 1923, 243 pages, p. 208 :

« Portrait de Madame Guillaume[FWN452-R411]            Le modèle est représenté, assis près d’une table, les mains jointes sur la poitrine. »

Il peint aussi une vue depuis son appartement au cinquième étage, Les Toits de Paris (FWN179-R503).

Rivière Georges, Le Maître Paul Cezanne, H. Floury éditeur, Paris, 1923, 243 pages, p. 206 :

« Vue de Paris[FWN178-R503]  Ce tableau qui montre surtout des toitures a été peint dans l’appartement occupé par l’artiste, rue de l’Ouest, quartier de Plaisance. »

5 mai

Il s’installe à Pontoise, 31, quai du Pothuis, en compagnie d’Hortense et de Paul, d’après la lettre à Zola du 7 mai et celle à Chocquet du 16 mai (voir plus bas).

Lettre de Cezanne à Zola, 7 mai 1881 ; Rewald John, Paul Cezanne, correspondance, Paris, Grasset, 1978, 346 pages, p. 198.
Lettre de Cezanne à Chocquet, datée « Pontoise le 16 Mai 881 » ; vente Fine Books & Manuscripts, Bonhams, New York, 15 décembre 2008, lot n° 2055, reproduction du verso sur le site https ://www.bonhams.com/auctions/16157/lot/2055/. À cette lettre était jointe lors de la vente une lettre signée Hortense Cezanne, Émagny, 1er août, à madame Chocquet, de 4 pages recto et verso, sur papier de deuil bordé de noir ; Lebensztejn Jean-Claude, Paul Cezanne. Cinquante-trois lettres, Paris, L’Échoppe, 2011, 96 pages, p. 29-30 ; Rewald John, Paul Cezanne, correspondance, Paris, Grasset, 1978, 346 pages, p. 199.

 

Rivière Georges, Cezannele peintre solitaire, Paris, Librairie Floury, collection « Anciens et modernes », 1933, 176 pages, p. 133 :

« Pendant les années 1881 à 1884, Paul Cezanne partagea son temps entre Pontoise et la Provence. Les séjours à Paris furent rares et très courts. »

 

Rivière Georges, Le Maître Paul Cezanne, H. Floury éditeur, Paris, 1923, p. 99 :

« Entre 1881 et 1887, le peintre ne se fixa jamais pour longtemps à Paris. On ne l’y voyait qu’à de longs intervalles. C’est pendant cette période que se placent ses séjours à Laroche-Guyon [sic], chez Renoir (1885), à Médan, chez Emile Zola, au cours du même été ; en Normandie, chez M. Chocquet (1886). Mais pendant la plus grande partie de ces mêmes années, il vécut en Provence ; à Aix, à l’Estaque, à Gardanne. »

7 mai

Il écrit à Zola :

« Pontoise, 7 mai 1881.
Mon cher Émile,
Il y a deux jours que je suis à Pontoise. Depuis que tu as eu l’obligeance de m’écrire pour m’apprendre que tu voulais bien te charger d’écrire la légende de Cabaner, je n’ai plus revu Frank Lamy, un organisateur, je crois, de la vente au profit de l’infortuné musicien.
Or, je désirerais que tu m’apprennes si tu as reçu les notes sur lesquelles tu devais travailler et si tu as confectionné une petite notice, qu’on m’avait chargé de te demander. J’ai reçu de la part de Huysmans et de Céard, ainsi que de toi, lorsqu’ils apparurent, vos derniers volumes dont j’ai été très enchanté. — Je pense que Céard aura beaucoup de vogue, parce qu’il me semble que c’est très amusant, sans parler des grandes qualités de vues et d’observations renfermées dans son livre.
Je te remercie beaucoup de m’avoir fait connaître ces personnes très remarquables et je te prierai de présenter mes respects à Madame Zola ainsi qu’à toi-même.
Je te souhaite bien le bonjour.

Paul Cezanne

Je demeure actuellement
Quai du Pothuis, 31
à Pontoise (Seine-et-Oise).

Au dernier moment, je viens d’apprendre que Madame Béliard est très malade, c’est toujours pénible d’apprendre que le sort s’appesantit sur les personnes qui sont sympathiques. »

Lettre de Cezanne à Zola, Pontoise, 7 mai 1881 ; Rewald John, Paul Cezanne, correspondance, Paris, Grasset, 1978, 346 pages, p. 198.

14 mai

Vente à l’hôtel Drouot organisée par Franc-Lamy au profit du musicien Cabaner, pauvre et malade. Il mourra le 3 août. Trente-huit numéros d’œuvres offertes par les artistes, parmi lesquels deux tableaux de Cezanne et des œuvres de Manet, Degas, Pissarro, Guillemet, etc. À la demande de Cezanne, Zola a rédigé une notice pour le catalogue.

Tableaux, études, aquarelles et dessins, marbres, bronzes offerts en partie par les artistes à M. C. Cabaner, précédés d’une notice biographique par Ém. Zola, vente, Paris, hôtel Drouot, 14 mai 1881, commissaire-priseur : Me Tual, expert : M. Durand-Ruel.
lettre de Cezanne à Zola, 12 avril 1881, Rewald John, Paul Cezanne, correspondance, Paris, Grasset, 1978, 346 pages, p. 196.
J. R., « La vente Cabaner », Gil Blas, 3e année, n° 544, dimanche 15 mai 1881, p. 2 ;

« LA VENTE CABANER

C’est aujourd’hui, samedi, à trois heures précises, salle n° 7 de l’hôtel Drouot, qu’a lieu la vente au profit de Cabaner. L’exposition est ouverte dès maintenant.

Les lecteurs de Gil Blas n’ont certainement pas oublié ce que je leur disais l’autre jour, touchant notre pauvre musicien malade. Je leur avais promis de revenir sur ce sujet. Je préfère laisser la parole à Zola qui a écrit en tête du catalogue une substantielle notice dont je le remercie avec tous les amis de Cabaner.
Voici quelques extraits de cette notice :
J. R.
Je n’ai vu M. Cabaner qu’une fois. Mais toute son histoire est dans sa parole ardente. C’est l’histoire de bien d’autres. Il est venu à Paris, il y a vingt ans déjà, et il y a été pris peu à peu d’une fièvre d’art intense. Dès les débuts, il s’est mis à part, n’ayant pas cette netteté d’ambition qui pousse aux succès rapides, s’oubliant de préférence dans l’esthétique pure, perdant les années à discuter les autres et lui-même.
D’ailleurs, ce n’est pas du musicien que je désire parler, mais de l’homme qui souffre. Terrible vie que cette vie de l’artiste lâché sur le pavé de Paris, avec le clou d’une idée fixe enfoncé dans le crâne ! On le plaisante, on le traite de bohème, de raté ; et la vérité est qu’il meurt de son art ! C’est le cas de M. Cabaner. Vingt ans de notre enfer de Paris, vingt ans de logements humides, de nourriture hasardeuse, de nuits enfiévrées, de secousses et de privations de toutes sortes, l’ont jeté où il est, dans cet établissement d’Amélie-les-Bains, souffrant d’une maladie de poitrine, qui, heureusement, est en voie de guérison. Il paie à cette heure les fatigues de son corps et de son esprit surmenés. À Paris, il donnait, des leçons, il jouait dans les concerts, il arrivait encore à vivre, partageait même son lit et son dernier morceau de pain avec des amis plus malheureux. Mais, là-bas, toutes les ressources lui manquent ; et il est juste que Paris songe à lui, puisque c’est de Paris qu’il souffre.
Les peintres impressionnistes, dont M. Cabaner aimait le talent et qu’il fréquentait, se sont alors émus, avec cette chaleur de cœur qui, au-dessus des rivalités, et des commérages, unit si étroitement la grande famille des artistes. M. Franc Lamy eut le premier l’idée d’une vente de tableaux en faveur de son ami malade, et il s’adressa d’abord à MM. Manet, Degas, Pissaro, Cezanne, qui s’empressèrent dé répondre à son appel ; puis vinrent MM. Guillemet, Gervex, Béraud, Pille, d’autres encore…
Tels sont les faits. Je n’insiste pas sur le mérite artistique des œuvres qui composent ce Catalogue. Certaines ont une valeur rare, cette fleur de modernité, cette note nouvelle du plein air et de la sensation vécue, qui est en train de renouveler notre peinture nationale. Plus tard, on rendra justice aux impressionnistes, dont l’influence est plus considérable chaque jour. Mais j’insiste davantage sur le caractère de la vente, je fais appel à tous les artistes fortunés, à tous ceux qui ont passé par la lutte contre la misère. Qu’ils viennent et qu’ils achètent, qu’ils tâchent de faire monter les prix et d’arriver à une grosse somme ; car il s’agit de la vie d’un des leurs, tombé dans le dur sentier où ils auraient pu rester eux-mêmes.
ÉMILE ZOLA. »

16 mai

Cezanne, depuis Pontoise, écrit à Chocquet qu’il a appris, par Pissarro la veille, que sa santé est bonne. Il salue aussi « mademoiselle Lisbeth », la fille adptive des Chocquet.
Tanguy a vendu à Chocquet une toile de Cezanne, sans cadre (Neige fondante à Fontainebleau, FWN145-R413).

« Pontoise le 16 Mai 881
Monsieur Chocquet
Ayant appris que la toile de 40 que Monsieur Tanguy a dû vous remettre ne possédait pas son cadre, je vous serai très-obligé, si vous le voulez bien, de faire porter chez vous la bordure du susdit tableau. Je vous remercie d’avance et vous prie prie d’accepter mes excuses ― pour le nouvel adérangement que je viens vous occasionner.
Monsieur Chocquet nous sommes tous en bon état, et depuis notre arrivée, nous jouissons de toutes les variabilités atmosphériques, que le ciel veut bien nous départir. Monsieur Pissarro, que nous avons vu hier nous a donné des nou vos nouvelles, et sommes heureux de vous savoir en bonne santé.
Ma femme et Paul Junior me chargent de vous présenter leurs plus affectueuses [mot raturé, non lu] caresses, permettez-moi de vous présenter faire agréer l’hommage de mes plus sincères salutations, et de les faire partager à madame Chocquet sans oublier de la part de ma famille mademoiselle Lisbeth.
Je vous salue et serre affectueusement la main

Paul Cezanne »

Lettre de Cezanne à Chocquet, datée « Pontoise le 16 Mai 881 » ; vente Bonhams, New York, Fine Books & Manuscripts, 15 décembre 2008, lot n° 2055, reproduction du verso sur le site https ://www.bonhams.com/auctions/16157/lot/2055/. À cette lettre était jointe lors de la vente une lettre signée Hortense Cezanne, Émagny, 1er août, à madame Chocquet, de 4 pages recto et verso, sur papier de deuil bordé de noir.
Lebensztejn Jean-Claude, Paul Cezanne. Cinquante-trois lettres, Paris, L’Échoppe, 2011, 96 pages, p. 29-30.
Rewald John, Paul Cezanne, correspondance, Paris, Grasset, 1978, 346 pages, p. 199.

20 mai

Cezanne voit souvent Pissarro, qui demeure à Pontoise, 18 bis, rue de l’Hermitage, puis, vers juillet, 85, quai du Pothuis. Il lit les dernières publications de Zola, de Céard, Une belle journée, et de Huysmans, En ménage. Il les a rencontrés chez Zola à Médan. Il écrit à Zola :

« Pontoise, le 20 mai 1881.
Mon cher Émile,
Depuis que tu as eu l’obligeance de me répondre, la vente au profit de Cabaner a eu lieu. Comme tu me le dis, je pensais en effet que Frank Lamy avait dû se mettre en rapport avec toi, et je te remercie bien de la préface que tu as écrite au sujet du métaphysicien, qui aurait dû écrire quelque œuvre ostensible, car il a quelques aperçus théoriques vraiment bizarres et paradoxals, qui ne manquent pas d’un certain ragoût.
Une légère scie se profile pour moi. Ma sœur et mon beau-frère vont venir à Paris, escortés, je crois, de leur sœur Marie Conil. Tu me vois les pilotant dans le Louvre et autres lieux à tableaux.
Bien sûr que, comme tu le dis, mon séjour à Pontoise ne m’empêchera pas d’aller te voir, au contraire, j’ai comploté d’aller à Médan par voie de terre et aux frais de mes jambes. Je pense ne devoir pas être au-dessous de cette tâche.
Je vois assez souvent Pissarro, je lui ai prêté le volume de Huysmans, qu’il gobe beaucoup.
J’ai mis plusieurs études en train par temps gris et par temps de soleil. — Je te souhaite de trouver bientôt ton état normal dans le travail, qui est, je le pense, malgré toutes les alternatives, le seul refuge où l’on trouve le contentement réel de soi.
Je te prie de présenter mes respects à Madame Zola, et je te serre cordialement la main.
Tout à toi,
Paul Cezanne
Ne m’oublie pas auprès de mon compatriote Alexis, que je n’ai vu depuis longtemps et que tu dois voir nécessairement plus tôt que je ne le verrai. »

Lettres de Cezanne à Zola, 20 mai et juin 1881 ; Rewald John, Paul Cezanne, correspondance, Paris, Grasset, 1978, 346 pages, p. 200-201.

De Pontoise, il se rend à pied à Médan, distant de quelque vingt-cinq kilomètres.

Lettre de Cezanne à Zola, Pontoise, 20 mai 1881 ; Rewald John, Paul Cezanne, correspondance, Paris, Grasset, 1978, 346 pages, p. 199-200.
Ludovic-Rodo Pissarro dans Bailly-Herzberg Janine (éd.), Correspondance de Camille Pissarro, tome 1, « 1865-1885 », Paris. PUF, 1980, p. 32 ; lettre de Pissarro à Guillemet, 3 septembre 1872 ; Bailly-Herzberg Janine (éd.), Correspondance de Camille Pissarro, tome 1, « 1865-1885 », Paris. PUF, 1980, p. 37.

Fin mai

Rose et Maxime Conil, en voyage de noces, passent quelques jours à Paris en compagnie de Marie Conil, la sœur de Maxime. Cezanne les accompagne à Versailles pour voir les grandes eaux. Rose tombe malade. Il les raccompagne au train pour Aix.

Lettre de Cezanne à Zola, juin 1881 ; Rewald John, Paul Cezanne, correspondance, Paris, Grasset, 1978, 346 pages, p. 201.

Juin

Il remercie Zola de l’envoi de son dernier ouvrage, Les Romanciers naturalistes. Il a reçu à son domicile parisien Palmyre Veulard, un livre d’un romancier suisse du groupe de Médan, Édouard Rod (1857-1910). Il a conservé un domicile à Paris (« Étant allé à Paris, j’ai trouvé à mon domicile »).

« [Pontoise] mardi juin 1881.
Mon cher Émile,
Je voulais te remercier de l’envoi que tu m’as fait de ton dernier volume, mais voilà qu’en remettant sans cesse, j’eusse pu laisser passer un long temps, si ce n’eut été que ce matin, avant quatre heures, je me suis trouvé levé. — J’en ai commencé la lecture, mais je ne l’ai pas encore fini, quoique je croie en avoir lu pas mal, ayant lu, à cause des sections, soit une étude, soit une autre. Il me semble que celle de Stendhal est très belle.
Étant allé à Paris, j’ai trouvé à mon domicile, l’envoi que Rod a bien voulu me faire de son livre qui est d’une lecture facile. Je l’ai tout parcouru. Je ne savais pas son adresse, et je n’ai pu le remercier de l’exemplaire qu’il m’a envoyé. — Si le cas échéant où tu voudrais bien m’écrire un petit mot, tu me dirais son adresse pour que je puisse m’acquitter envers lui.
Ma sœur et mon beau-frère sont venus passer quelques jours à Paris. Dimanche matin, ma sœur étant malade, j’ai été obligé de les rembarquer pour Aix. Le premier dimanche du mois, je les avais accompagnés à Versailles, la ville du grand roi, voir les grandes eaux.
Je te souhaite une bonne santé, ce étant le bien le plus précieux, lorsqu’on est au surplus dans de bonnes conditions d’existence.
Je me permets de présenter mes respects à Madame Zola, et je te serre la main.
Paul Cezanne
Je travaille un peu, mais avec beaucoup de ramollissement. »

Lettre de Cezanne à Zola, mardi juin 1881 ; Rewald John, Paul Cezanne, correspondance, Paris, Grasset, 1978, 346 pages, p. 201.

Après le 18 juillet

Il se rend à Auvers. Là, il apprend que Paul Alexis a été blessé le 18 juillet, lors d’un duel avec le journaliste Albert Delpit, qui avait écrit un article contre lui. Il demande à Zola des nouvelles de son « compatriote ».

« lundi [juillet] 1881.
Mon cher Émile,
J’ai appris en allant à Auvers qu’Alexis avait été blessé dans une rencontre, où comme toujours, le bon droit s’est trouvé lésé. Si cela ne te dérangeait point trop, tu me ferais bien plaisir en me donnant des nouvelles de mon brave compatriote.
Je ne peux aller à Paris que dès les premiers jours d’août où je m’enquerrai de sa santé.
C’est par un cas fortuit aussi qu’antérieurement j’avais appris le débat soulevé par Wolff au sujet de l’article que tu avais fait sur Maupassant et Alexis.
Je te prierai de faire agréer mes salutations à Madame Zola, et au milieu de tous ces tracas, je te souhaite de te tenir en bonne santé ; et si Alexis se trouvait auprès de toi, car j’espère toujours que sa blessure n’est point grave, fais-lui part de mes sentiments confraternels.
Je suis ton ancien camarade,
Paul Cezanne »

Lettre de Cezanne à Zola, 25 juillet 1881 ; Bakker B. H., Naturalisme pas mort. Lettres inédites de Paul Alexis à Émile Zola 1871-1900, Toronto. University of Toronto Press, 1971, 608 pages, note 11 p. 207.
Rewald John, Paul Cezanne, correspondance, Paris, Grasset, 1978, 346 pages, p. 202.
Bakker B. H. (éd.), Émile Zola, correspondance, Montréal, Les Presses de l’Université de Montréal et Paris, éd. du CNRS, tome IV (juin 1880-1887), 1983, p. 212, note 5.

Alexis a été blessé légèrement à l’avant-bras.

 

« Échos de Paris », Le Figaro, 27e année, 3e série, n° 200, mardi 19 juillet 1881, p. 1 :

« Une rencontre a eu lieu, hier, entre M. Albert Delpit et M. Paul Alexis.
L’arme choisie était l’épée. M. Paul Alexis a été blessé légèrement à l’avant-bras. »

 

L’Événement, 19 juillet 1881. À voir.

« MM. Albert Delpit et Paul Alexis se sont battus, 18 juillet. Au premier engagement, M. Paul Alexis a été atteint à l’avant-bras par un coup droit. L’arme a pénétré assez profondément au milieu des masses musculaires et a déterminé un engourdissement immédiat. Sur l’avis des médecins, les témoins, se référant au procès-verbal qu’ils avaient signé, ont déclaré l’honneur satisfait et arrêté le combat. »

[Juillet]

Gauguin ironise auprès de Pissarro au sujet de Cezanne :

« Mon cher Professeur

Il y a une théorie que je vous ai entendu discuter ; il fallait absolument vivre à Paris pour faire de la peinture afin de s’entretenir les idées — On ne le dirait guère en ce moment où nous autres pauvres malheureux allons à la Nlle-Athènes nous faire rôtir sans qu’un seul moment vous soyez préoccupé d’autre chose que de vivre en ermite vivant dans son hermitage. J’espère vous voir arriver un de ces jours ici.
[…] Mr Césanne a-t-il trouvé la formule exacte d’une œuvre admise par tout le monde ? S’il trouvait la recette pour comprimer l’expression outrée de toutes ses sensations dans un seul et unique procédé je vous en prie tâchez de le faire causer pendant son sommeil en lui administrant une de ces drogues mystérieuses et homéopathiques et venez au plus tôt à Paris nous en faire part.
Au revoir heureux campagnard. »

Lettre de Gauguin à Pissarro, [juillet 1881] ; vente Archives de Camille Pissarro, Paris, hôtel Drouot, 21 novembre 1975, n° 35.
Merlhès Victor (éd.), Correspondance de Paul Gauguin, Paris, fondation Singer-Polignac, 1984, 561 pages, n° 16, p. 21.

2 août

Cezanne rend visite à Alexis à Paris pour prendre de ses nouvelles à la suite de son duel.

« [Pontoise,] 5 août 1881.
Mon cher Émile,
Pendant que mardi matin [2 août] j’étais auprès d’Alexis, ta lettre m’arrivait à Pontoise. J’ai donc appris des deux côtés que l’affaire d’Alexis s’était dénouée d’une façon pas trop fâcheuse pour lui. J’ai vu mon compatriote complètement rétabli, et il m’a montré les articles qui ont précédé et suivi sa rencontre.
A mon domicile de Paris, se trouvait une lettre venue de Caserta, et signée par un nommé Etorre-Lacquanitin, ou quelque chose approchant, et me demandant de lui faciliter les moyens de se procurer une foule d’articles critiques sur tes œuvres tant récentes qu’antérieures aux Rougon-Macquart. Probablement que tu connais cet auteur, qui désire faire une étude critique sur ton œuvre.
Alexis, à qui j’ai montré cette lettre, m’a dit en avoir reçu une analogue et qu’il répondrait pour nous deux.
Quelques petits embarras ne m’ont pas facilité ma visite à Médan, mais j’irai pour sûr à la fin d’octobre. Je dois à cette époque quitter Pontoise, et peut-être que j’irai passer quelque temps à Aix. Avant que d’effectuer ce voyage, j’irai quand tu m’écriras à cette époque, rester quelques jours auprès de vous.
Je te serre affectueusement la main et je présente mes respects à Madame Zola, et de bons bains. Tout à toi,
Paul Cezanne »

Lettre de Cezanne à Zola, 5 août 1881 ; Rewald John, Paul Cezanne, correspondance, Paris, Grasset, 1978, 346 pages, p. 202-203.

9 août

Paul Alexis indique à Zola que Cezanne lui a rendu visite (le 2 août). Celui-ci lui a fait lire une lettre où il réclame de l’argent à son père, tellement il est couvert de dettes :

« Des envies me prennent de le foudroyer une fois pour toutes en lui envoyant la liste exacte et complète de mes six ou sept mille francs de dettes. (Oh ! le bougre !) Et pourtant la lettre que je lui ai écrite, était nette et raide. Je l’ai lue à Cezanne — dont j’ai reçu l’autre matin l’affectueuse visite — et qui m’a dit, très épaté : « N. de D. !, sur cette lettre, il va t’envoyer des témoins ! » »

Lettre de Paul Alexis, Paris, à Émile Zola, mardi soir 9 août [1881] ; Bakker B. H., Naturalisme pas mort. Lettres inédites de Paul Alexis à Émile Zola 1871-1900, Toronto. University of Toronto Press, 1971, 608 pages, lettre n° 88, p. 205

25 août

Numa Coste écrit d’Aix à Zola :

« Le père saurait que Paul a un moutard. Il a dit à quelqu’un qui le questionnait : Il paraît que j’ai des petits-enfants à Paris ; quelque jour, il faudra que j’aille les voir ! »

« Le père de Cezanne, qui tenait déjà de différentes personnes que Paul avait un enfant et voulait absolument l’en « débarrasser », alla jusqu’à le faire surveiller discrètement. C’est ainsi qu’un jour, rencontrant le peintre Villevieille, ami de son fils, il lui dit à bâtons rompus :
— Vous savez, je suis grand-père !
— Mais comment, Paul n’est pas marié !
— On l’a vu sortir d’un magasin chargé d’un cheval de bois et d’autres jouets. Vous n’allez pas me dire que c’était pour lui.
Et Villevieille ne sut que répondre : tant mieux, il fallait bien y venir. »

Lettre de Numa Coste, Aix, à Zola, 25 août 1881 ; Rewald John, Cezanne, sa vie, son œuvre, son amitié pour Zola, Paris, Albin Michel éditeur, 1939, 460 pages, p. 232.

[Août, avant le 27]

Gauguin fait part à Pissarro d’une longue discussion qu’il a eue la veille avec Degas. Celui-ci considère que c’est Durand-Ruel qui pousse Renoir à « rentrer » dans l’exposition des indépendants. Gauguin ajoute : « c’est-à-dire que c’est Renoir qui fait la loi […]. Il faut se faire respecter notre mouvement y gagnera, et ce n’est pas avec une conduite continuelle de gens sans foi ni loi que nous réussirons, même pour la question d’argent. » Parmi ces « gens », Gauguin compte Monet et Sisley, qui inondent « la place de canots canotières ».

Lettre de Gauguin à Pissarro, non datée ; vente Archives de Camille Pissarro, Paris, hôtel Drouot, 21 novembre 1975, n° 42 ; VM 17.

Fin août

Louis-Pascal-Antoine Marguery, un camarade de jeunesse de Cezanne et Zola, se suicide, à quarante ans, en se jetant de la galerie du premier étage du Palais de Justice d’Aix sur le sol de la salle des pas perdus.

« Nouvelles et faits divers », Le National, journal républicain d’Aix, 11e année, n° 536, dimanche 28 août 1881, p. 3 :

« La mort subite de M. L. Marguery, avoué, a causé une vive impression dans notre ville, où il comptait de nombreuses sympathies.
Membre de la société des Auteurs Dramatiques, M. L. Marguery, avait donné plusieurs vaudevilles dont l’un, les Deux Troupiers, avait obtenu du succès. On l’avait vu, l’année dernière, s’occuper avec dévouement du concours-festival ; il était membre de la commission du conservatoire de musique.
Ses obsèques ont eu lieu vendredi matin avec un grand concours d’amis qui manifestaient leurs regrets et qui pensaient surtout au vieux et malheureux père que rien ne pourra plus consoler. »

« […] Mouvement de la population
du 14 au 28 août 1881.
Décès :
― Marguery Louis, avoué à la cour, 40 ans, rue Saint-Jacques, 2. »

 

« Mouvement de la population d’Aix. Du 21 au 28 août1881 », Le Mémorial d’Aix, journal politique, littéraire, administratif, commercial, agricole, 46e année, n° 35, dimanche 28 août 1881, p. 3 :

« DÉCÈS

― Marguery Louis-Pascal-Antoine, avoué à la Cour d’appel, 40 ans, rue Saint-Jacques, 2. »

Du 5 mai à la mi-octobre

Pendant son séjour à Pontoise, Cezanne peint plusieurs paysages de la ville et des environs, dont les sites sont identifiés :

  • Le Moulin sur la Couleuvre à Pontoise (FWN158-R483)
  • L’Hermitage à Pontoise (FWN159-R484)
  • Le Quartier de Valhermeil près de Pontoise (FWN164-R489)
  • Les Ponts et le déversoir à Pontoise (FWN173-R500)
  • La Côte des Jalais à Pontoise, vue du Fond Saint-Antoine, à Ennery (FWN146-R410)
  • La Côte des Jalais à Pontoise, vue du Fond Saint-Antoine, à Ennery (aquarelle RW075)
  • Le Hameau des Pâtis à Pontoise, encadré par des arbres (FWN172-R499)
  • Arbres encadrant une vue sur le hameau des Pâtis à Pontoise (aquarelle RW080)
  • Arbres et vanne du Moulinard, à Osny (aquarelle RW094).

15 octobre

Cezanne se prépare à quitter Pontoise pour Aix, annonce-t-il à Zola. Auparavant, il lui confirme qu’il souhaite passer le revoir à Médan vers le 24-25 octobre.

« 15 octobre 1881.
Mon cher Émile,
Le temps approche où je dois partir pour Aix. Avant de m’en aller je voudrais aller te souhaiter le bonjour. Comme le mauvais temps est venu, je t’écris à Médan, conjecturant que tu dois être de retour de Grandcamp [il est rentré à Médan le 15 septembre]. Alors si tu n’y vois pas de difficulté, j’irai te voir vers le 24 ou le 25 de ce mois. Si tu peux m’écrire un mot là-dessus, tu me feras plaisir.
Je te prie de faire agréer mes salutations à Madame Zola, espérant que vous êtes revenus en bonne santé, et je te serre cordialement la main.
Ton dévoué,
Paul Cezanne »

Lettre de Cezanne à Zola, 15 octobre 1881 ; Rewald John, Paul Cezanne, correspondance, Paris, Grasset, 1978, 346 pages, p. 203 ; date du retour de Zola à Médan dans Émile Zola, Correspondance, IV, p. 146.

De 1881 à 1885

Le père de Cezanne fait refaire la toiture du Jas de Bouffan en tuiles mécaniques. À cette occasion, il fait construire un atelier pour son fils, au deuxième étage, avec une grande baie donnant sur la façade nord.

Communication orale du docteur Corsy, ancien propriétaire du Jas de Bouffan, à John Rewald, dates inscrites sur les tuiles.

À partir du 24 ou 25 octobre

Cezanne passe une semaine à Médan chez Zola avant de partir à Aix.

Lettre de Cezanne à Zola, 15 octobre 1881 ; Rewald John, Paul Cezanne, correspondance, Paris, Grasset, 1978, 346 pages, p. 203.

5 novembre

Zola écrit à Numa Coste :

« J’ai eu Paul ici pendant huit jours. Il est parti pour Aix, où il doit vous voir. »

Lettre de Zola à Numa Coste, Médan, 5 novembre 1881 ; Bakker B. H. (éd.), Émile Zola, correspondance, Montréal, Les Presses de l’Université de Montréal et Paris, éd. du CNRS, tome IV (juin 1880-1887), 1983, n° 171, p. 235.

Duret s’est sans doute trompé d’année dans ce souvenir qui suit. Au lieu de 1879, il doit plutôt s’agir de 1881 :

« En 1879 Cezanne avait quitté un appartement qu’il occupait près de la gare Montparnasse, se rendant à Aix. Il laissait ses tableaux à la disposition du père Tanguy, avec qui j’allai les voir, pour en acheter. Ils représentaient le travail accumulé de plusieurs années. Je les trouvai rangés par piles, contre la muraille, les plus grands à 100 francs, les plus petits à 40 francs. J’en choisis plusieurs dans les piles. »

Duret Théodore, Histoire des peintres impressionnistes, Pissarro, Claude Monet, Sisley, Renoir, Berthe Morisot, Cezanne, Guillaumin, 3e édition, Paris, H. Floury, éditeur, 1922 (1re édition 1906), 194 pages, p. 141-142.

11 novembre

Lettre de P. Gauguin à Pissarro, sur papier à en-tête, datée (VM 18).

«                   A. Thomereau                  Paris, le 11 novembre 1881
93, rue de Richelieu
entrée rue d’Amboise, 1, Paris
Agence financière
des assurances […]
A la salle Valentino on a fait un Panorama. Sur cette portion de terrain quelqu’un a installé une grande et belle salle pour des expositions de peinture aussi ils viennent de louer à Jacquet.
Il est venu un individu me proposer de prendre à sa charge moyennant tant de minimum et au-dessus partage des entrées notre exposition. Je crois que si Degas ne met pas trop de bâtons dans les roues c’est une occasion superbe pour faire notre exposition (jour et soir à la lumière).
Qu’en dites-vous ? Je vous attends pour traiter cette affaire si donc rien ne vous retient trop venez je vous attends d’un moment à l’autre nous causerons de celà et aviserons tout de suite. Pour ma part je trouve la proposition excellente.
Il nous offre la location pour un prix de 6 à 8 000f frais faits par lui, et au-dessus de ce chiffre partager les entrées.
Comme par ce moyen et par suite des entrées du Panorama nous avions beaucoup de chance d’avoir 20 000 entrées surtout avec le soir vous voyez qu’il pourrait y avoir un bénéfice sérieux de 5 000 pour nous et 5 000 pour lui. En outre l’exposition dans une salle emménagée pour celà est bien préférable à celle faite dans des petits appartements. »

Lettre de P. Gauguin à Pissarro, sur papier à en-tête, datée (VM 18).

Fin novembre ou début décembre

Lettre de P. Gauguin à Pissarro, non datée (VM 19).

« Vous êtes prié par la Société dite des Indépendants de venir signer samedi le traité chez M. Durand-Ruel —
Nous nous sommes mis d’accord pour un bail de 10 ans renouvelable à notre guise en 1884. Avec Mr Rouart nous avons fait des conditions très avantageuses que vous lirez sur le traité. Tous les frais d’éclairage chauffage et employés sont à leur charge et nous avons défendu toute espèce d’ingérance [sic] dans notre exposition ce qui nous laisse tout à fait libres —
J’ai nettement posé la question à Mr Rouart au sujet de Raffaeli et il a fini par être d’accord avec moi —
On aurait bien besoin de vous pour mettre d’accord bien des gens ; il faut voir Miss Cassatt sur qui vous avez de l’influence ; Degas me paraît maintenant très radouci et plus facilement abordable pour Claude Monet et même Renoir. Si par un coup de maître vous pouviez amender Caillebotte on arriverait je crois à faire dans Paris un très joli coup. Vous comprenez que si on réussit cette année l’année prochaine le détournement du Salon serait plus commode.
A samedi — »

Lettre de P. Gauguin à Pissarro, non datée (VM 19).

14 décembre

Gauguin adresse à Pissarro sa démission de la Société :

« Hier soir Degas m’a dit avec colère qu’il donnerait plutôt sa démission que de renvoyer Raffaeli.
Si j’examine avec sang-froid votre situation depuis dix ans que vous avez entrepris la tâche de ces expositions, je trouve tout de suite que le nombre des Impressionnistes a progressé que leur talent a augmenté leur influence aussi. Mais par contre du côté de Degas et par sa volonté unique la tendance a été de plus en plus mauvaise ; chaque année un impressionniste est parti pour faire place à des nullités et à des élèves de l’Ecole.
Encore 2 ans et vous resterez seul au milieu de roublards de la pire espèce tous vos efforts seront détruits et Durand-Ruel par-dessus le marché.
Malgré toute ma bonne volonté je ne puis continuer plus longtemps à servir de bouffon à Mrs Raffaeli & Cie, veuillez donc accepter ma démission ; à partir d’aujourd’hui je reste dans mon coin.
Je suis toujours un dévoué admirateur de votre talent. […]
Je crois que Guillaumin est dans les mêmes intentions que moi mais je ne veux nullement peser sur sa décision, chacun est libre.
Moi je n’ai qu’une parole. »

Lettre de P. Gauguin à Pissarro, datée ; vente Archives de Camille Pissarro, Paris, hôtel Drouot, 21 novembre 1975, n° 34.
Merlhès Victor (éd.), Correspondance de Paul Gauguin, Paris, fondation Singer-Polignac, 1984, 561 pages, n° 20, p. 24-25.

28 décembre

Renoir, à Capri, écrit à Chocquet :

« Cher Monsieur Chocquet,
Je vous écris d’une petite île idéale où l’on vit dehors en plein soleil entouré de la mer bleue et d’orangers, d’oliviers et de fleurs. Parce que je pense à Paris, aux vieux amis que j’y ai laissés et que je ne veux pas laisser venir une nouvelle année sans leur renouveler les marques sincères de ma profonde amitié et de ma reconnaissance.
Je vous souhaite donc mon cher ami et à Mme Chocquet une masse d’années meilleures les unes que les autres je ne veux rien vous dire de plus dans cette lettre.
Renoir.
Capri, 28 décembre 1881.
Une poignée de main à Cezanne quand vous le verrez.
Renoir. »

Lettre de Renoir à Chocquet, Capri, 28 décembre 1881 ; Joëts Jules, « Lettres inédites : les impressionnistes et Chocquet », L’Amour de l’art, 16e année, n° 4, avril 1935, p. 121.

Courant de l’année

Le marquis de Saporta (Saint-Zacharie, 28 juillet 1823 – Aix, 26 janvier 1895) et Marion publient L’Évolution du règne végétal, où ils présentent la succession des groupes dominants parmi les plantes, des algues et des mousses jusqu’aux angiospermes actuels, en passant par les cryptogames.

de Saporta G. [Gaston], Marion A.-F. [Antoine-Fortuné], L’Évolution du règne végétal. Les cryptogames Paris, librairie Germer Baillière et Cie, 1881, 236 pages.