1.     Une vie familiale à éclipses – Nouveaux déménagements (1886-1890)

 Retour à la table des matières

La période qui débute avec la mort du père va donc se traduire par une alternance de périodes de cohabitations et de séparations. Le couple de Paul et d’Hortense cherche les moyens de concilier la liberté de chacun avec le partage à intervalles plus ou moins réguliers de temps de vie commune auxquels ils ne veulent pas renoncer totalement, comme l’illustrera le voyage en Suisse de 1890.

 1886 (fin décembre) – L’héritage

Le 17 décembre, Maxime Conil établit la déclaration de succession de Louis-Auguste Cezanne. Paul Cezanne y est mentionné « sans état » : une rosserie de Maxime Conil, vu qu’ils ne s’apprécient guère ?

Toujours est-il que désormais le couple Cezanne va voir sa situation matérielle changer du tout au tout : de 300 francs mensuels[1]Louis Auguste avait finalement augmenté de 200 francs la pension mensuelle  pendant le séjour à Gardanne, façon de reconnaître enfin l’existence d’Hortense et du petit Paul., les revenus du couple vont passer à près de 2000 francs par mois[2]La succession déclarée se compose de meubles, estimés 174 francs, de 220 obligations des chemins de fer P.L.M. (Paris à Lyon et à la Méditerranée), soit 85 222,50 francs, de 13 obligations de la Ville d’Aix pour le canal du Verdon, soit 6 630 francs et de la propriété du Jas de Bouffan, soit 62 500 francs. Total : 154 525 francs à partager en 4 (s’il n’y a pas eu de contrat de mariage entre Élisabeth et Louis Auguste), soit 38 630 francs par personne. Il y a sous-évaluation évidente de la réalité de l’héritage de chacun, puisque Louis-Auguste avait déjà en 1882 réparti par avance une grande partie de sa fortune entre ses enfants pour des raisons fiscales, mais sans qu’ils aient la possibilité d’y toucher. En fait, comme la succession de Cezanne seul sera à sa mort de 471 000 francs en 1906 (pas loin de 2 M€), et qu’il ne s’est pas occupé de faire fructifier les sommes héritées de son père puis de sa mère depuis leur décès on peut considérer que ceci correspond à peu près à sa part de ce qu’avait accumulé son père.  Si l’on estime que les parts des deux sœurs après le décès des deux parents sont équivalentes, on peut considérer que Louis-Auguste a donc dû laisser en réalité un héritage d’environ 1,4 MF (près de 6 M€) à partager entre son épouse et ses trois enfants. D‘ailleurs, selon Rewald (op. cit. 1986, p. 269) Rose Conil en profite immédiatement pour acheter, le 2 décembre, une nouvelle propriété (probablement Bellevue) pour 38 000 francs. Quant à Cezanne, il a pu se permettre de vivre des rentes nées de sa part d’héritage qui donc devait être proche de ces 471 000 francs au décès de sa mère. A 5 % l’an, cela représente à peu près 24 000 francs annuels, d’où les 2 000 francs environ par mois que nous indiquons ici. (environ 7500 €) à comparer au salaire des ouvriers les mieux payés à cette époque : environ 150 francs par mois pour 16 heures de travail par jour.

C’est donc la fin de la misère.

Pour Cezanne, ses habitudes ne changent en rien, car en dehors des frais entraînés par la peinture, une fois le vivre et le couvert assurés, il n’a aucun désir de dépenses personnelles particulières. Mais le sentiment de sécurité apporté par l’indépendance enfin obtenue par rapport au bon vouloir de son père, et la satisfaction de pouvoir désormais offrir des conditions de vie décentes à sa famille le soulagent d’un poids énorme dont on peut imaginer de quel prix de tensions psychologiques il a dû le payer tout au long de ces années. Il va enfin pouvoir peindre sans avoir à se soucier d’autre chose.

Pour Hortense, cet argent signifie la fin effective des appartements sordides, de la nécessité de compter en permanence sou après sou pour toutes les dépenses courantes toujours limitées par le manque de ressources, de l’impossibilité de financer le moindre loisir. Elle va prendre sa revanche sur toutes ces années de misère vécues à côté de Cezanne et, très naturellement, elle va vouloir enfin profiter un peu de la vie, notamment pour ce qu’elle a toujours aimé : voyager.

1887 – Hortense au 10bis, Cours Sextius

Après la mort de son père, Cezanne a trouvé naturel d’habiter avec sa mère au Jas de Bouffan où il jouit, enfin tranquille, de l’espace à sa disposition : il installe à nouveau son atelier dans le grand salon du rez-de-chaussée. Et apparemment, il passe la majeure partie de l’année à Aix[3]D’après Rewald, op. cit. 1986, Chronologie..

On peut imaginer que la perspective pour Hortense de s’installer avec lui au Jas de Bouffan n’était pas pour lui plaire : vivre avec sa belle-mère et avoir à supporter la surveillance et l’hostilité de Marie aurait signifié la fin de sa liberté de mouvement. On peut aussi penser que Cezanne lui-même, tout à fait conscient des tensions familiales nées du rejet d’Hortense par sa famille, ne désirait pas se mettre dans le cas d’avoir à arbitrer les conflits qui n’auraient pas manqué de surgir. Aussi, après leur départ de Gardanne (fin octobre ou début novembre 1886 vraisemblablement), a-t-il jugé prudent d’installer son épouse et son fils dans un appartement à Aix situé au 10bis, en bas du Cours Sextius, à quelques centaines de mètres du Jas de Bouffan[4]Jean de Beucken, op. cit., fait pourtant allusion à un ou deux séjours du couple au Jas de Bouffan à cette période : « Quand Cezanne ne peut peindre dehors, ni parachever ses toiles, il fait des natures mortes, de la figure avec des auto-portraits, le jardinier, le jeune Paul et surtout sa femme au Jas en ce moment (ils y ont fait un ou deux longs séjours) .» En réalité, ces séjours se placent après la mort de la mère du peintre, en 1895 et 1897, une fois le Jas de Bouffan vidé des membres de la famille Cezanne.. Sans vivre sous le même toit, ils peuvent ainsi se rencontrer facilement ; c’est une solution originale qui leur convient à tous deux.

Fig. 142. Le bas du Cours Sextius en 1887. L’appartement d’Hortense se titue sur le trottoir de gauche au niveau de la charrette située au milieu de la rue.
Collection privée

Fig. 143. La même perspective aujourd’hui
(Image Google Earth)

Fig. 144. L’appartement d’Hortense aujourd’hui.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C’est à cette nouvelle adresse (une de plus !) qu’Hortense reçoit en mars 1887 une lettre de Thérèse Guillaume[5]Texte intégral communiqué par Philippe Cezanne. Cf. également Philippe Cezanne, « My Great-Grandmother Marie-Hortense Fiquet », in Dita Amory, Madame Cezanne, op. cit., p. 39, qui témoigne de leur amitié toujours vivace et nous éclaire indirectement sur l’état d’esprit d’Hortense, dont le désir de quitter Aix est manifeste, tant elle finit par s’ennuyer loin de la capitale :

Paris ce 26 mars 1887

Ma chère Hortense

J’ai été au Bon Marché hier et j’ai trouvé tout ce que tu demandais, j’ai bien fait de me dépêcher à y aller, car il y avait beaucoup de choses que si j’avais retardé il n’y en aurait plus eu, car j’ai pris les dernières. Je pense que les cravates de Paul te plairont, car j’ai pris ce que j’ai trouvé de mieux.

Ma chère Hortense, je pense que tu seras satisfaite, du reste tu me le diras dans ta prochaine lettre.

Je n’ai pas dépensé plus que tu m’avais envoyé. Nous nous portons tous bien et j’espère que vous en êtes de même. Moi et Henri nous avons attrapé un rhume de cerveau qui se porte bien, il n’était pas difficile d’en attraper avec un temps comme nous avons eu cette semaine, un jour il neigeait, un autre il faisait froid, après il a plu, puis il a fait un beau soleil.

Le petit Henri a eu 3 ans hier à 10 h ½. Comme le temps passe tout de même.

Je voudrais que tu nous annonce le plus tôt possible ton retour à Paris car l’on pourrait mieux se parler que par lettre.

Si au moins le tremblement de terre avait été plus fort et qu’il ait décidé le père Paul à quitter le midi. Mais espérons qu’il n’y aura pas besoin de tremblement de terre[6]Il y avait eu un tremblement de terre catastrophique entre Menton et Imperia le 23 février, ressenti jusqu’au-delà de Montpellier. Il avait provoqué la mort de plus de 635 personnes en Ligurie, de 8 personnes dans la région de Nice, d’une personne dans les Alpes de Haute-Provence  et d’une autre à Marseille. pour vous décider et que vous viendriez plus tôt que l’on ne croit. Ayons bon espoir et surtout ennuie toi moins.

Ma chère Hortense, je finis ma lettre en t’embrassant de tout cœur

Ta vieille Thérèse

Embrasse bien Paul de notre part et surtout de celle de Louis. Une bonne poignée de main au père Paul de notre part et bien des choses à sa mère

Tout le monde t’embrasse aussi de tout cœur.

(Lettre de Thérèse Guillaume à Hortense Cezanne, 10bis Cours Sextius à Aix)

Quoi qu’il en soit, Cezanne et Hortense passent du temps ensemble, puisque durant cette période de 15 mois précédant le retour en 1888 de la famille à Paris il réalise 4 portraits d’elle, dont deux à l’huile.

Fig. 145. Portrait de madame Cézanne, 1886-1887 (CS1886-87)- Hortense à 36 ans

Fig. 146. Portrait de madame Cézanne, 1886-1887 (C1065)- Hortense à 37 ans

Selon certains critiques, ce portrait serait celui d’Elisabeth Cezanne, la mère de Paul. Ce n’est pas notre avis, vu la jeunesse du visage, Élisabeth Cezanne ayant à cette époque 72 ans.

Fig. 147. Portrait de madame Cézanne, 1886-1887 (R583)- Hortense à 37 ans

Fig. 148. Portrait de madame Cézanne, 1886-1887 (R582)- Hortense à 37 ans

Mis à part le premier dessin, ces portraits confèrent à Hortense une expression dubitative et vaguement ennuyée, ce qui montre une fois de plus que le peintre l’observe avec attention et sait rendre fidèlement l’humeur qui est la sienne[7]Le traitement de ces deux toiles selon la méthode utilisée pour R580 (Fig. 134 et 135) pourrait s’appliquer ici aussi, avec un résultat identique : dans la partie droite du visage le regard est intériorisé et exprime la tristesse et la lassitude, voire une irritation voisine du dégoût dans R582, alors que dans la partie gauche l’œil est vif et le regard plein d’énergie, totalement présent au peintre qui se trouve observé avec attention par son modèle. Ce n’est pas une femme passive que Cezanne contemple…

Ce qui est certain, c’est qu’elle n’apprécie pas du tout la morosité de sa vie en Provence où elle s’ennuie et où elle n’est d’ailleurs pas mieux accueillie par sa belle famille depuis son mariage. « Hortense, une fille sans argent, épousée pour en finir avec une situation fausse, et surtout à cause de l’enfant, ne compte guère pour Marie Cezanne, et celle-ci n’admettrait pas qu’elle veuille compter. Marie, c’est maintenant l’homme de la famille, et Paul fait grand cas de sa sœur, qui lui épargne beaucoup de petits ennuis, sait prendre des décisions, paraît toujours de bon conseil[8]Jean de Beucken, op. cit., p. 83. »

On comprend qu’Hortense ait envie d’échapper à tout cela. Elle voudrait retrouver Paris et les possibilités de plaisirs quotidiens qui l’y attendent. En outre, le climat lui donne de l’enphysème.

Toujours aussi élégant, Jean de Beucken la décrit ainsi : « … cette femme sans personnalité, cette petite bourgeoise maintenant (…) » et il évoque « la réalité assez médiocre qu’elle représente en épaississant, en avançant vers la quarantaine. » C’est dire que peu d’auteurs ont fait l’effort de comprendre la nouvelle Hortense qui va progressivement apparaître, une femme libre qui va s’ouvrir aux plaisirs de la vie dont elle a été privée depuis toujours.

Quant à Paul, il « monte » apparemment seul à Paris début novembre, et y demeure environ un mois et demi[9]deux lettres de lui en témoignent , le 7 et le 27 novembre ; dans celle-ci, il annonce à Zola, qu’il croit en voyage : « Quand tu seras de retour, j’irai te voir pour te serrer la main ».  avant de revenir courant décembre à Aix , où il a invité Renoir avec Aline et son fils Pierre à séjourner au Jas de Bouffan.

1888 – Visite des Renoir

Les Cezanne et les Renoir ne se sont plus revus depuis deux ans et demi, au moment de la crise de Cezanne à la Roche-Guyon. Mais sur un mot malheureux de Renoir à propos des banquiers qui blesse sa mère, Cezanne prenant fait et cause pour elle parvient presque à se fâcher avec son ami. Au bout de quelques jours, fin janvier, « obligés de quitter subitement la mère Cezanne à cause de l’avarice noire qui règne dans la maison »[10]lettre à Monet du 1erfévrier 1888 citée par Rewald, op. cit. 1886, p. 185., les Renoir « (errent) dans des hôtels borgnes et sans argent » avant d’atterrir à l’Hôtel Rouget aux Martigues.

Hortense a cependant certainement beaucoup apprécié ses retrouvailles avec son amie Aline, qui venaient rompre la monotonie de sa vie à Aix.

Fig. 149. Aline et le petit Pierre par Renoir. Elle a 29 ans.

Mais Renoir a apporté des nouvelles et un peu de l’air de la capitale, ce qui finalement donne apparemment envie à Cezanne de retrouver pour un temps les paysages du Nord, à la grande satisfaction d’Hortense. Et celle-ci a bien dû profiter de l’occasion de cette visite pour exprimer à son mari avec plus d’insistance encore son désir de retrouver Paris.

Retour à Paris au 15, quai d’Anjou

Cezanne embarque donc sa petite famille à Paris début février[11]on ne sait pas précisément à quelle date – mais certainement entre le départ de Renoir du Jas de Bouffan fin janvier et autour du 14 février, date du Mardi-Gras en 1888 ; or Cezanne peindra la toile Mardi-Gras à Paris, voir plus bas. pour une nouvelle période de vie partagée et ils s’installent dans l’île Saint-Louis au 15, quai d’Anjou, au 2étage d’un immeuble appartenant à l’ancien hôtel de Thorigny[12]C’est la 16résidence commune du couple en 18 ans., avec vue sur la Seine et les quais.

Fig.150. Le n° 15, Quai d’Anjou
CP corrigée : le 17 placé à la place du 15 sur l’original)

Fig.151. Le 15, quai d’Anjou aujourd’hui
Photographie Raymond Hurtu

 

 

 

 

 

 

 

Ce lieu paisible a plutôt mauvaise réputation à l’époque ; il est considéré comme assez mal famé, mais il a toujours été aimé des peintres : c’est certainement Guillaumin, son voisin du n° 13 installé dans l’ancien atelier de Daubigny où Cezanne a travaillé avec lui dès 1867[13]Stéphanie Chardeau-Botteri, Cézanne et Guillaumin, Le Chant de la terre, Fondation Pierre Gianadda, 2017, p. 68., qui a indiqué à Cezanne ce logement. Selon le Bottin (archives de Paris), d’autres artistes peintres habitent à cette adresse : Hublin, Lefèvre et Vuiller. Daumier a vécu 17 ans au n° 9 du quai d’Anjou, et dans l’hôtel Lauzun au n° 17, Baudelaire a passé une partie de sa jeunesse, fort critiqué pour ce mauvais choix par ses camarades d’alors. Un peu plus loin, c’est Meissonier qui a disposé d’un atelier quai Bourbon, c’est Emile Bernard qui occupera celui de Philippe de Champaigne… et quant à Zola, c’est bien dans l’île Saint-Louis qu’il a placé deux ou trois ans auparavant l’atelier de Lantier dans L’Œuvre.

A Paris, Hortense a retrouvé avec satisfaction ses amis, notamment les Guillaume, et Paul renoue avec Louis ; lors des fêtes du Mardi-Gras, Cezanne obtient d’eux qu’ils posent pour lui déguisés en Pierrot et Arlequin dans le nouvel atelier qu’il a loué rue du Val de Grâce. La toile appelée « Mardi-Gras » est aussitôt acquise avec enthousiasme par un vieil ami du couple avec lequel ils ont également renoué : Victor Chocquet[14]Jean de Beucken, op. cit., p. 85.

On ne sait ce que sont les relations de Paul et d’Hortense dans ce nouvel appartement, maintenant qu’ils ont repris la vie commune. Toujours est-il que Cezanne y peint quelques beaux portraits de sa femme, qui montrent que celle-ci demeure encore et toujours disponible pour son époux, mais aussi qu’elle compte toujours à ses yeux. Car avec la fortune, le peintre n’est plus en manque de modèles (il se paie le luxe de faire poser durant plusieurs mois un modèle professionnel, le « garçon au gilet rouge ») et il n’a plus besoin d’Hortense dans cet emploi. S’il continue à la peindre, c’est certainement parce que dans ce face à face où s’échangent leurs regards se joue quelque chose de profond, voire d’intime, et qui ne peut être réduit à une simple habitude ou à une commodité pour Cezanne ; si la pose coûtait à Hortense autant que certains ont voulu le prétendre, pourquoi aurait-elle continué à s’y prêter – et ceci pendant encore près de vingt ans – maintenant que plus rien ne l’y obligeait ?

Fig. 152. Portrait de madame Cézanne, 1888 (R607)- Hortense à 38 ans

Fig. 153. Portrait de madame Cézanne, 1888 (R581)- Hortense à 38 ans

Fig. 154. Portrait de madame Cézanne, 1888 (R650)- Hortense à 38 ans

Si le regard d’Hortense est plutôt intériorisé dans le portrait R581, il est en revanche très directement posé sur le peintre dans les deux autres, manifestant par là une présence réelle à son mari, empreinte d’une certaine autorité que renforce encore la position très droite du visage. On est très loin ici de la « maîtresse servante » à laquelle ses contempteurs ont voulu la réduire ; Cezanne au contraire met ici en valeur à quel point cette femme, tout en restant proche dans la relation, y est aussi libre.

Au bout de cinq mois de vie commune, Cezanne décide cependant de reprendre sa liberté, mais en restant proche géographiquement des siens, une formule qu’il développera beaucoup cinq ans plus tard : à la belle saison, il va s’installer pour 5 mois à l’hôtel Delacourt à Chantilly[15]selon Paul junior. L’hôtel est situé sur l’actuelle rue du Maréchal Joffre, séparée du château par l’hippodrome, alors en plein développement., laissant femme et enfant à Paris.

Fig. 155. L’angle de vue sur le château de Chantilly depuis l’hôtel Delacourt
Collection privée

Cette courte distance leur permet, si l’envie les prend, de passer une journée ensemble. Le chemin de fer est arrivé à Chantilly en 1859, soit qu’Hortense et Paul junior le rejoignent parfois pour le week-end comme ils le feront plus tard dans d’autres occasions semblables, soit que lui-même soit revenu parfois les voir à Paris. On n’imagine pas en effet que, si proche de son fils, il ne l’ait pas revu durant les 5 mois qu’il va passer à Chantilly.

Ayant épuisé les charmes du lieu, Cézanne retournera au bercail vers le mois de novembre pour environ deux mois.

1889 – Paul entre Aix et le Quai d’Anjou

La fin de l’année 1888 et le début de l’année 1889 voit donc la famille rassemblée au 15, quai d’Anjou, mais cela ne dure guère puisque Cezanne repart seul à Aix vers le milieu du mois de janvier et qu’il n’en reviendra que courant avril ou mai[16]Deux lettres de Tanguy lui sont adressées à Aix ; le 20 janvier et le 7 avril, cette dernière l’invitant à « venir à Paris visiter l’exposition ». Il s’agit de l’exposition centennale de l’art français qui ouvrira ses portes le 5 mai et où sera exposée La Maison du pendu.  En juin il est à Hattenville chez Chocquet.
Une autre lettre de Tanguy lui est adressée le 18 décembre 1888, mais on ne sait pas si elle est envoyée au Jas de Bouffan, auquel cas cela voudrait dire que pratiquement après son retour de Chantilly, Cezanne est reparti à Aix.
; après quoi il reste enfin quelque temps avec sa famille, ce qui lui donne l’occasion de peindre à nouveau quelques beaux portraits d’Hortense installée dans un grand fauteuil jaune[17]Picasso a manifestement été influencé par ces portraits en peignant le Portrait d’Olga dans un fauteuil, automne 1917, Paris, musée Picasso. :

Fig. 156. Portrait de madame Cezanne, 1888-1889 (R652)- Hortense à 39 ans

Ce portrait, moins « fini » que les suivants mais tout de même très élaboré, peut avoir joué le rôle de premier essai pour les trois suivants, justement considérés comme des toiles majeures du peintre.

Fig. 157. Portrait de madame Cezanne, 1888-1889 (R655)- Hortense à 39 ans

Fig. 158. Portrait de madame Cezanne, 1889 (R653)- Hortense à 39 ans

Fig. 159. Portrait de madame Cezanne, 1889 (R651)- Hortense à 39 ans

S’il en était besoin, l’importance de ces tableaux prouve à quel point Hortense continue d’occuper une grande place dans la vie de Cezanne, et aussi à quel point elle demeure disponible pour lui, malgré la forme particulière de relations qu’ils ont établie entre eux, marquée par une présence réelle de l’un à l’autre mais modulée par la distance mutuelle et l’autonomie personnelle que chacun a développées et qui se traduit régulièrement par des séparations géographiques, et dans les portraits d’Hortense par le regard en quelque sorte évaluateur qu’elle pose sur le peintre dans R655 et R651.

Fig. 160. Paul à la cinquantaine (R670)

Cette année-là, l’amitié des Chocquet est active : par son intervention auprès d’Antonin Proust, commissaire de l’exposition, il a fait admettre La Maison du pendu– acquise du comte Doria, le premier acheteur de Cezanne, et exposée à partir de début juillet – à l’Exposition centennale de l’Art français qui ouvre ses portes le 5 mai 1889 au Champ-de-Mars dans le cadre de l’Exposition universelle. En outre le couple Choquet invite en juin la famille Cezanne à les rejoindre à Hattenville.

Au retour de Normandie, Cezanne demeure à Paris en juillet et au moins une partie du mois d’août. Peut-être ensuite repart-il jusqu’en octobre ou novembre avec Renoir à Aix[18]Une lettre de Renoir du 2 août atteste que Cezanne est à Paris. Le séjour conjoint de Renoir et de Cezanne à Aix en 1889 dont parle Rewald pourrait se situer ensuite, à moins que ce ne soit en début d’année lorsque Cezanne était au Jas de janvier à avril – mais les tableaux qu’ils ont peint conjointement sur le plateau de Valcros l’ont plutôt été à la belle saison. Renoir a, dixit Rewald, loué Bellevue « pour plusieurs mois », alors que Ratcliffe pense plutôt qu’il s’agit de la propriété de Maxime Conil à Montbriand.
Une lettre de Cezanne du 27 novembre à Octave Maus atteste qu’il est de retour à Paris à cette date.
– où le conduit aussi le souci de revoir sa mère de 74 ans qui vieillit doucement – toujours sans Hortense ni son fils, qui a maintenant 17 ans. On imagine que son épouse n’a guère insisté pour l’accompagner : l’ennui à Aix ne la tente pas, et avec leurs nouveaux moyens financiers, elle peut désormais s’accorder des plaisirs autrefois inaccessibles, en toilettes, en sorties, etc. En outre, le caractère de Cezanne ne s’améliore pas avec le temps, d’autant que les débuts de son diabète le rendent parfois irritable.

Cezanne revient à Paris avant la fin novembre. C’est alors que la famille apprend le décès de Claude Antoine Fiquet, le père d’Hortense, survenu le 13 décembre à Lantenne-Vertière[19]Acte de décès de Claude-Antoine Fiquet, le 13 décembre 1889 (n° 10), commune de Lantenne et Vertière, canton d’Audeux. Archives départementales du Doubs. Cf. Annexe III, I-3.. Rappelons qu’il s’agissait du village natal de la mère d’Hortense, Catherine Déprez, qui y avait hérité de quelques lopins de terre, et que Claude Antoine s’y était retiré après son départ de Paris aux alentours de 1870 ou 1871.  On ne sait pas si Hortense a pu se rendre aux obsèques de son père.

Selon Jean de Beucken, « Hortense allait rarement le voir, et le jeune Paul n’avait été que deux fois chez ce vieillard petit et mince, mais encore vigoureux, au type assez espagnol, la barbe et les cheveux abondants restés presque noirs»[20]op. cit., p. 87.. Compte tenu des moyens plus que limités des Cezanne avant 1886, on ne peut imaginer qu’Hortense ait eu les moyens d’aller dans le Jura, et encore moins en Suisse, avant la mort de Louis Auguste. Si elle l’a fait ensuite, c’est probablement au cours d’une de ces visites, accompagnée de son fils, qu’elle avait eu l’occasion de se rendre pour une dizaine de jours en Suisse (la ligne de chemin de fer Besançon-Neuchâtel était ouverte depuis 1884), pays qui l’avait enchantée au point qu’elle rêvait d’y retourner en villégiature.Son goût des voyages s’y était épanoui ; Cezanne, dans un des traits d’humour taquin dont il était coutumier, dira d’elle plus tard, alors qu’elle sera retournée plusieurs fois dans ce pays : « Ma femme n’aime que la Suisse et la limonade »[21]Rewald, op. cit.,1939, p. 85. Remarque prise pour argent comptant et aussitôt exploitée à charge par les contempteurs d’Hortense..La mort de son père et la nécessité d’accomplir les formalités liées à son décès lui fournissaient une occasion d’organiser ce voyage en famille.

1890 – 69, Avenue d’Orléans

Ce projet mûrit lentement au début de l’année, alors qu’une fois de plus, et pour des raisons que nous ne connaissons pas, Cezanne quitte le quai d’Anjou[22]qui demeure son adresse sur le catalogue de l’exposition des XX à Bruxelles où 3 de ses toiles sont exposées en janvier 1890. Le déménagement a donc eu lieu après janvier. et s’installe avec sa famille dans un nouveau logis, avenue d’Orléans, au n° 69, en face de l’église St Pierre, dans un immeuble en pierre de taille de 6 étages d’allure bourgeoise[23]17résidence commune du couple depuis 1870.. Ce logement ne semble pourtant pas particulièrement commode : un vestibule d’entrée, une cuisine, une salle à manger avec alcôve, un cabinet noir et une « chambre à feu », c’est-à-dire avec une cheminée[24]Archives de Paris, calepins cadastraux 1876, D1P4. L’avenue d’Orléans (devenue en 1948 avenue du Général Leclerc) se termine par la barrière d’Enfer. L’église Saint-Pierre de Montrouge, de style romano-byzantin, a été construite entre 1863 et 1870. Nous sommes dans le quartier du Petit-Montrouge, au lieudit les Quatre-Chemins. Nous savons que la famille Cezanne a déménagé avant le départ dans le Jura puisque le PV d’adjudication du 1er juin 1890 à Lantenne Vertière mentionne déjà le 69, avenue d’Orléans, comme étant l’adresse des Cezanne.. Cezanne et Hortense font chambre commune comme toujours quand le petit Paul doit coucher dans le « cabinet noir » ou l’alcôve de la salle à manger : il peut sembler que cet appartement donnera lieu à un nouveau campement provisoire, car on imagine mal qu’ils aient eu l’intention de s’y installer à demeure vu la configuration modeste du lieu. Le seul intérêt qu’Hortense peut y trouver est qu’il se situe dans un quartier particulièrement animé, très fréquenté, avec de multiples commerces sur l’avenue.

Fig. 167. L’avenue d’Orléans.
L’immeuble de Cezanne est le 4e à droite à partir du coin de la rue où se situe la charcuterie qui fait l’angle

Fig. 168. L’immeuble bourgeois du 69, avenue d’Orléans.

 

 

 

 

 

 

 

Le 22 mars, leurs amis Chocquet ont acquis un hôtel particulier 7, rue Monsigny[25], situé entre deux hôtels de luxe, dans un quartier huppé non loin de l’Opéra, où ils reçoivent le peintre en famille, et Victor demande à Cezanne de réaliser deux dessus-de-porte.

Fig. 169 : Le Grand Hôtel Monsigny, à la gauche du n° 7
Collection particulière

Fig. 170. L’Hôtel de la Néva, à droite du n° 7
Collection particulière

Fig. 171. Le n°7, rue Monsigny aujourd’hui.
(Image Google Earth)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le 14 avril 1890, Renoir épouse enfin Aline Charigot à la mairie du IXe arrondissement de Paris. Selon toute vraisemblance, la famille Cezanne assiste à l’événement.

Durant leur séjour avenue d’Orléans, Cezanne réalise à nouveau deux portraits à l’huile d’Hortense, avec quelques dessins. Elle a passé le cap de la quarantaine :

Fig. 172. Portrait de madame Cezanne, 1890 (R683) – Hortense à 40 ans

Fig. 173. Portrait de madame Cezanne, 1890 (R684) – Hortense à 40 ans

Fig. 174 à 176. Portraits  de madame Cezanne, 1890 (C1068 – RW384 – C1064) – Hortense à 40 ans

Si elle reste assez présente dans C1018, il est frappant de constater que dans les deux huiles et dans RW384, son regard s’est fait beaucoup moins direct que par le passé, comme s’il s’absentait de la scène et si la relation au peintre n’avait plus grande importance dans ces séances de pose : indice peut-être de la distance dans laquelle mari et femme se sont installés l’un par rapport à l’autre.

Peut-être alors est-ce avec la conscience que quelque chose doit être tenté pour les rapprocher avant que cette distance ne devienne infranchissable qu’Hortense imagine d’organiser le voyage en famille projeté pendant la belle saison.

Suite

Retour à la table des matières

Références   [ + ]

1.Louis Auguste avait finalement augmenté de 200 francs la pension mensuelle  pendant le séjour à Gardanne, façon de reconnaître enfin l’existence d’Hortense et du petit Paul.
2.La succession déclarée se compose de meubles, estimés 174 francs, de 220 obligations des chemins de fer P.L.M. (Paris à Lyon et à la Méditerranée), soit 85 222,50 francs, de 13 obligations de la Ville d’Aix pour le canal du Verdon, soit 6 630 francs et de la propriété du Jas de Bouffan, soit 62 500 francs. Total : 154 525 francs à partager en 4 (s’il n’y a pas eu de contrat de mariage entre Élisabeth et Louis Auguste), soit 38 630 francs par personne. Il y a sous-évaluation évidente de la réalité de l’héritage de chacun, puisque Louis-Auguste avait déjà en 1882 réparti par avance une grande partie de sa fortune entre ses enfants pour des raisons fiscales, mais sans qu’ils aient la possibilité d’y toucher. En fait, comme la succession de Cezanne seul sera à sa mort de 471 000 francs en 1906 (pas loin de 2 M€), et qu’il ne s’est pas occupé de faire fructifier les sommes héritées de son père puis de sa mère depuis leur décès on peut considérer que ceci correspond à peu près à sa part de ce qu’avait accumulé son père.  Si l’on estime que les parts des deux sœurs après le décès des deux parents sont équivalentes, on peut considérer que Louis-Auguste a donc dû laisser en réalité un héritage d’environ 1,4 MF (près de 6 M€) à partager entre son épouse et ses trois enfants. D‘ailleurs, selon Rewald (op. cit. 1986, p. 269) Rose Conil en profite immédiatement pour acheter, le 2 décembre, une nouvelle propriété (probablement Bellevue) pour 38 000 francs. Quant à Cezanne, il a pu se permettre de vivre des rentes nées de sa part d’héritage qui donc devait être proche de ces 471 000 francs au décès de sa mère. A 5 % l’an, cela représente à peu près 24 000 francs annuels, d’où les 2 000 francs environ par mois que nous indiquons ici.
3.D’après Rewald, op. cit. 1986, Chronologie.
4.Jean de Beucken, op. cit., fait pourtant allusion à un ou deux séjours du couple au Jas de Bouffan à cette période : « Quand Cezanne ne peut peindre dehors, ni parachever ses toiles, il fait des natures mortes, de la figure avec des auto-portraits, le jardinier, le jeune Paul et surtout sa femme au Jas en ce moment (ils y ont fait un ou deux longs séjours) .» En réalité, ces séjours se placent après la mort de la mère du peintre, en 1895 et 1897, une fois le Jas de Bouffan vidé des membres de la famille Cezanne.
5.Texte intégral communiqué par Philippe Cezanne. Cf. également Philippe Cezanne, « My Great-Grandmother Marie-Hortense Fiquet », in Dita Amory, Madame Cezanne, op. cit., p. 39
6.Il y avait eu un tremblement de terre catastrophique entre Menton et Imperia le 23 février, ressenti jusqu’au-delà de Montpellier. Il avait provoqué la mort de plus de 635 personnes en Ligurie, de 8 personnes dans la région de Nice, d’une personne dans les Alpes de Haute-Provence  et d’une autre à Marseille.
7.Le traitement de ces deux toiles selon la méthode utilisée pour R580 (Fig. 134 et 135) pourrait s’appliquer ici aussi, avec un résultat identique : dans la partie droite du visage le regard est intériorisé et exprime la tristesse et la lassitude, voire une irritation voisine du dégoût dans R582, alors que dans la partie gauche l’œil est vif et le regard plein d’énergie, totalement présent au peintre qui se trouve observé avec attention par son modèle. Ce n’est pas une femme passive que Cezanne contemple…
8.Jean de Beucken, op. cit., p. 83
9.deux lettres de lui en témoignent , le 7 et le 27 novembre ; dans celle-ci, il annonce à Zola, qu’il croit en voyage : « Quand tu seras de retour, j’irai te voir pour te serrer la main ».
10.lettre à Monet du 1erfévrier 1888 citée par Rewald, op. cit. 1886, p. 185.
11.on ne sait pas précisément à quelle date – mais certainement entre le départ de Renoir du Jas de Bouffan fin janvier et autour du 14 février, date du Mardi-Gras en 1888 ; or Cezanne peindra la toile Mardi-Gras à Paris, voir plus bas.
12.C’est la 16résidence commune du couple en 18 ans.
13.Stéphanie Chardeau-Botteri, Cézanne et Guillaumin, Le Chant de la terre, Fondation Pierre Gianadda, 2017, p. 68.
14.Jean de Beucken, op. cit., p. 85
15.selon Paul junior. L’hôtel est situé sur l’actuelle rue du Maréchal Joffre, séparée du château par l’hippodrome, alors en plein développement.
16.Deux lettres de Tanguy lui sont adressées à Aix ; le 20 janvier et le 7 avril, cette dernière l’invitant à « venir à Paris visiter l’exposition ». Il s’agit de l’exposition centennale de l’art français qui ouvrira ses portes le 5 mai et où sera exposée La Maison du pendu.  En juin il est à Hattenville chez Chocquet.
Une autre lettre de Tanguy lui est adressée le 18 décembre 1888, mais on ne sait pas si elle est envoyée au Jas de Bouffan, auquel cas cela voudrait dire que pratiquement après son retour de Chantilly, Cezanne est reparti à Aix.
17.Picasso a manifestement été influencé par ces portraits en peignant le Portrait d’Olga dans un fauteuil, automne 1917, Paris, musée Picasso.
18.Une lettre de Renoir du 2 août atteste que Cezanne est à Paris. Le séjour conjoint de Renoir et de Cezanne à Aix en 1889 dont parle Rewald pourrait se situer ensuite, à moins que ce ne soit en début d’année lorsque Cezanne était au Jas de janvier à avril – mais les tableaux qu’ils ont peint conjointement sur le plateau de Valcros l’ont plutôt été à la belle saison. Renoir a, dixit Rewald, loué Bellevue « pour plusieurs mois », alors que Ratcliffe pense plutôt qu’il s’agit de la propriété de Maxime Conil à Montbriand.
Une lettre de Cezanne du 27 novembre à Octave Maus atteste qu’il est de retour à Paris à cette date.
19.Acte de décès de Claude-Antoine Fiquet, le 13 décembre 1889 (n° 10), commune de Lantenne et Vertière, canton d’Audeux. Archives départementales du Doubs. Cf. Annexe III, I-3.
20.op. cit., p. 87.
21.Rewald, op. cit.,1939, p. 85. Remarque prise pour argent comptant et aussitôt exploitée à charge par les contempteurs d’Hortense.
22.qui demeure son adresse sur le catalogue de l’exposition des XX à Bruxelles où 3 de ses toiles sont exposées en janvier 1890. Le déménagement a donc eu lieu après janvier.
23.17résidence commune du couple depuis 1870.
24.Archives de Paris, calepins cadastraux 1876, D1P4. L’avenue d’Orléans (devenue en 1948 avenue du Général Leclerc) se termine par la barrière d’Enfer. L’église Saint-Pierre de Montrouge, de style romano-byzantin, a été construite entre 1863 et 1870. Nous sommes dans le quartier du Petit-Montrouge, au lieudit les Quatre-Chemins. Nous savons que la famille Cezanne a déménagé avant le départ dans le Jura puisque le PV d’adjudication du 1er juin 1890 à Lantenne Vertière mentionne déjà le 69, avenue d’Orléans, comme étant l’adresse des Cezanne.