Janvier-février

Sept tableaux de Cezanne sont exposés à l’exposition impressionniste de la Sécession de Vienne :

« CEZANNE, geb. 1839                  Paris
58. Landschaft. Motif aus Pontoise.                  [FWN100-R310]
Sammlung Prof. Viau, Paris.
59. Porträt des Herrn Chocquet.                  [FWN439-R296]
Sammlung Durand-Ruel, Paris.
60. Stilleben.
61. Pierrot und Harlekin.                  [FWN668-R618]
Sammlung Prof. Viau, Paris.
62. Stilleben                  [Nature morte au compotier, FWN780-R418]
Sammlung Prof. Viau, Paris.
63. Skizze                  [FWN654-R372]
Eigentum des Herrn Valloton.
64. Vase mit Blumen. »

XVI Ausstellung der Vereinigung bildender Künstler österreichs Secession Wien, Entwicklung des Impressionismus in Malerei u. Plastik, Vienne, Künstlerhaus, janvier-février 1903, 41 pages, 259 numéros, p. 27.

H. [Emil Heilbut], « Die impressionisten-Ausstellung der Wiener Sezession », Kunst und Künstler, février-mars 1903, p. 169-207.
« Chronik », Kunst und Künstler, février-mars 1903, p. 235, reproduction d’un paysage de Cezanne exposé FWN100R310.
Hevesi Ludwig, « Aus dem Wiener Kunstleben », Kunst und Kunsthandwerk (1903), p. 101-103.

 

« Nouvelles » ; La Chronique des arts et de la curiositésupplément à la Gazette des beaux-arts, n° 29, 30 août 1902 ; p. 231 :

« La « Sécession » de Vienne se propose d’ouvrir en janvier-février 1903 une exposition ayant pour objet « l’histoire du développement de l’impressionnisme en peinture et en sculpture ». Nous relevons, dans la liste des artistes dont elle se propose de réunir à cette occasion quelques œuvres, les noms suivants :
En peinture : Velazquez, Goya, Manet, Degas, Claude Monet, Renoir, Cezanne, Puvis de Chavannes, Whistler, A. Besnard, L. Simon. Cottet, H. de Toulouse-Lautrec, Maurice Denis, Bonnard, Vuillard, K.-X. Roussel, Wallotton ; »

 

A. T., « Les arts et la curiosité », Gil Blas, 25e année, n° 8564, samedi 17 janvier 1903, p. 2 :

« Les Arts et la Curiosité
Ce n’est pas seulement à Paris et en France que triomphe la peinture impressionniste, c’est encore en Allemagne et en particulier à Vienne.
On nous écrit, en effet, que l’exposition qui vient de s’ouvrir dans la capitale de l’Autriche, sous les auspices du groupe de la « Sécession », excite une curiosité aussi vive que sympathique. La Sécession qui représente à peu près notre Société nationale des Beaux-Arts, a tenu à ce que le public si éclairé de Vienne pût être à même de contempler un ensemble imposant des œuvres marquantes des peintres dits Impressionnistes, les plus connus.
C’est ainsi que Manet, Sisley, C. Monet, Cezanne, Renoir, Pissarro, Degas, Guillaumin, Lebourg, T. Lautrec, Vuillard, sont représentés par de très belles œuvres, qui vont exciter l’admiration des connaisseurs.
Cette tentative est fort intéressante, car elle est la première à peu près complète de ce genre qui se produise en Allemagne.
N’oublions pas d’ailleurs que, depuis quelques années, l’impressionnisme a conquis de très nombreux adhérents en Allemagne et en particulier à Berlin où, grâce à l’influence bienfaisante du remarquable peintre Liebermann, de M. Tschudi, l’éminent directeur du Musée, il a été donné une place d’honneur aux œuvres des Manet, des Sisley, des Claude Monet, des Degas.
Voilà de quoi inquiéter sérieusement les rétrogrades qui s’imaginent que le cycle de l’art pictural français est clos avec l’École de 1830 et que l’on ne fera plus de bonne peinture… tant que les peintres de cette école seront morts.
N’oublions pas d’ailleurs que ces braves gens n’ont commencé à comprendre et à estimer les œuvres de ces maîtres qu’à partir du jour où elles se sont vendues très cher. Tant qu’elles ne se vendaient qu’à des prix infimes, elles ne valaient rien, à leurs yeux fermés à l’art pur et subitement dessillés par la lueur des grosses enchères. »

 

Hevesi-Wien Ludwig, « Aus dem Wiener Kunstleben », Kunst und Kunsthandwerk, 6e année, 1903, p. 101-103, p. 102.(traduire).

« Und mit Manet sind alle die Bahnbrecher da. Monet, Renoir, Degas, Pissarro, Sisley, sogar Cezanne, der den Leuten am längsten unverdaulich gebliben, und Berthe Morizot, die liebenswürdige Scülerin und Schwägerin Manets. Man sieht bei Monet die moderne Landschaft erstchen, mit dem Wasser aller Wässer und dem Schnee aller Schneee, und bei Pissarro die moderne Strassenvedute voll Sonnenschein und Sonnenschatten, deren violettes Wesen er zuerst beobachtet und wiedergegeben hat. Die Ballet und Chantanteflekte Degas’eröffnen eine neue Welt. Die Voraussetzungslosigkeit Cezanne’s, der jede Farbe in ihrer absoluten Konsentrierung sieht, wird die Quelle, aus der ein Teil des Nachwuchses schöpft. Bonnard, Vuillard, Roussel, weiche die letzten öglichkeiten in dieser Richtung zu erreichen scheinen. Aber ibnen gegenüber stehen die Stilisten. »

 

[Heilbut Emil], « Die Impressionisten ausstellung der Wiener Secession », Kunst und Künstler, 1re année, 1902-1903, p. 169-207, p. 189-190. (traduire).

« Von Cezanne sind sieben Bilder ausgestellt. Von Cezanne zu sprechen, fällt dem Kritiker schwer. Zola, Cezannes Freund seit seinem sechzehnten Jahre — ihm widmete er seine ersten Aufsätze über Malerei — nennt in seiner Kritik Cezanne selber „unvollständig“, er bezeichnet ihn als einen unvollständigen Maler. Ein Kreis von Kunstfreunden in Paris, der sich alljährlich verdichtet, nennt Cezanne den grössten lebenden Künstler, verehrt ihn wie eine Gottheit und vergleicht die Wirkung seiner Werke mit der eines Aufenthaltes in Bayreuth. Alle diese Stimmen klingen zusammen.
Der Eindruck, den auf uns seine Bilder hervorrufen, ist der von etwas Gewalttätigem, Urweltlichem, Cyklopischem. Man hat das Gefühl, als hätte ein Mensch, der fern von Malerei lebt, nicht mit Künstlern verkehrt, keine Pinsel kennt, nie ausser als Kind einmal in einem Museum war — damals aber von den Koloristen überwältigt wurde — plötzlich Farbe in die Hand bekommen, Genie in sich gefühlt und Farbe auf Leinwänden geknetet. Ein Mystiker, jawohl. Und kann wahnsinnig gefunden werden, jawohl. Und kann einzig u. s. w. gefunden werden, auch das begreift man. Vor seinen Figurenbildern sagt mancher : es sind Urgestalten, Wesen, die sich einprägen wie die Vorstellung von Gestalten aus den Komödien des Shakespeare. Andere finden sie närrisch. Alles das begreift man. Dieser Mensch hat selbst — wenn das Wort nicht zu profan im Zusammenhange mit Cezanne klingt — Geschmack. Den zeigt er in seinen koloristisch wundervollen Stillleben. Womit könnte man diese vergleichen, damit ein Leser, der nie eins sah, eine Vorstellung von ihnen bekommt ? Nur einen Maler von Stillleben in modernen Zeiten weiss ich, der solche Urweltempfindungen annähernd mit Stillleben zu erzeugen weiss : Millet. Millets Stillleben haben ihr Grandioses aber nur in der Form. Was ihre Färbung betrifft, so ist diese auf Braun und Grau zurückgestimmt ; Cezannes Stillleben sind ebenso grossartig wie diejenigen Millets und überragen sie dabei, denn sie sind farbig. Alle Urweltspracht seiner Farbe findet auf ihnen Verwendung. Seine schönsten Stillleben haben eine Wirkung, als wenn eine goldene Nachmittagssonne ihren Schimmer über die aufgeworfene Erde eines Ackers breitet. Die Materie dieser Bilder ist sehr schön, ihre Farbe. »

9 janvier

Cezanne abandonne le tableau de fleurs destiné à Vollard (FWN881-R893), dont il n’est pas satisfait.

Il est content de son nouvel atelier où il travaille mieux qu’en ville. Il vit dans la solitude : « Les Gasquet, les Desmolins sont inénarrables, c’est le clan des intellectuels, de quel tonneau bon Dieu ! »

Dans un passage de cette lettre, on apprend que sa femme et son fils sont sur le point de partir à Paris.

« Aix, 9 Janvier 1903
Cher monsieur Vollard,
Geffroy a écrit un volume le Cœur et l’Esprit où il y a de très belles choses, entr’autres le Sentiment de l’Impossible. Comment ce critique si distingué, en est-il arrivé à une si complète castration de sentiments ? C’est devenu un homme d’affaires.
Je travaille opiniâtrement, j’entrevois la Terre Promise, Serais-je comme le grand chef des Hébreux ou peut-être bien pourrais-je y pénétrer ?
Si je suis prêt fin février je vous enverrai ma toile pour l’encadrer et la diriger vers quelque port hospitalier. ―J’ai dû lacher vos fleurs dont je ne suis pas bien content [FWN881-R893]. J’ai un grand atelier à la campagne, j’y travaille, j’y suis mieux qu’en ville. —
J’ai réalisé quelques progrés. Pourquoi si tard et si péniblement. L’Art serait-il en effet un sacerdoce, qui demande des purs, qui lui appartiennent tout entiers ? Je regrette la distance qui nous sépare, car plus d’une fois, j’aurais recours à vous, pour m’étayer moralement quelque peu. — Je vis seul, les Gasquet, les Demolins sont inénarables, c’est le clan des intellectuels, de quel tonneau bon Dieu ! Si je vis encore nous reparlerons de tout ça. Merci pour votre bon souvenir. —
Paul et sa mère vont bien, ils retourneront bientôt à Paris, et vous envoient leurs meilleurs souhaîts
Bien cordialement à vous,
Paul Cezanne »

Lettre de Cezanne à Vollard, « Aix, 9 janvier 1903 » ; fonds Vollard, microfilm conservé à la documentation du musée d’Orsay ; reproduction sur le site photo.rmn.fr.
Vollard Ambroise, Souvenirs d’un marchand de tableaux, Paris, Club des Libraires de France, 1957, n. p., 2e page reproduite, où les noms Gasquet et Demolins sont effacés.
Lebensztejn Jean-Claude, Paul Cezanne. Cinquante-trois lettres, Paris, L’Échoppe, 2011, 96 pages, p. 58-59.
Rewald John, Paul Cezanne, correspondance, Paris, Grasset, 1978, 346 pages, p. 292.

« Le Sentiment de l’Impossible », cinquième des nouvelles qui composent Le Cœur et l’Esprit (Paris, Bibliothèque-Charpentier, 1894), conte une histoire d’amour entre une jeune fille et le portrait d’un jeune homme mort depuis longtemps.

Geffroy Gustave, Le Cœur et l’Esprit, Paris, Bibliothèque-Charpentier, G. Charpentier et E. Fasquelle, éditeurs, 1894, 509 pages.

Marie Joseph Louis Demolins (né en 1869), avocat aixois, a publié dans Les Mois dorés une étude sur l’écrivain chrétien Ernest Hello. Il était l’administrateur et un « collaborateur non minime », selon les termes de Cezanne (lettre à Gasquet, 12 mai 1902), de la troisième revue de Gasquet, Le Pays de France. Il y donna, entre autres, des textes sur Mallarmé, Villiers, l’Angleterre et la civilisation (1899), la sentimentalité sociale, l’action sociale (1900), et surtout, en 1901, un long essai sur « le Parti catholique en France » (« le catholicisme a subi la honte d’avoir un clergé démocrate », p. 69). Il indiquait comme adresse d’administrateur la même adresse ― 30, rue des Arts et Métiers ― que Gasquet, dont il était évidemment très proche. Sa bonne fut en 1895-1896 le modèle de la Vieille au chapelet (R 808), que Cezanne offrit à Gasquet. À son fils, Cezanne le décrira comme « joliment factice » (lettre du 2 septembre [1906]). Vollard dit avoir rencontré Demolins à Aix en 1896 lors d’un déjeuner chez Gasquet (Souvenirs d’un marchand de tableaux, Paris, A. Michel, 1937, p. 212).

Gasquet Joachim, Cezanne, Paris, Les éditions Bernheim-Jeune, 1926 (1re édition 1921), 213 pages de texte, 200 planches, p. 111-112 :

« Cezanne en fut-il satisfait ? Dix-huit mois au Jas de Bouffan, il s’acharna sur la Vieille au chapelet [FWN515-R808]. La toile achevée, il la jeta dans un coin. Elle s’empoussiéra, roula à terre, méconnaissable, piétinée sans égards. Un jour je la reconnus, je la trouvai contre le poêle, sous le seau à charbon, recevant du tuyau de zinc une lente goutte de vapeur qui de cinq minutes en cinq minutes dégoulinait sur elle. Je ne sais quel miracle l’avait conservée intacte. Je la nettoyai. Elle m’apparut… La pauvre fille était là, toute affaissée, obstinée, résignée, butée, avec, effritées comme deux vieilles briques, ses grosses mains de serve jointes, collées au chapelet, son gros tablier de cotonnade bleue, son gros châle noir de servante bigote, sa coiffe, son museau de mystique écroulée. Un rayon pourtant, une ombre de pitié consolait d’une vague lumière son vide front baissé. Toute racornie et méchante, une bonté l’enveloppait. Son âme desséchée tremblait toute, réfugiée au geste de ses mains.
Cezanne me dit son histoire. À soixante-dix ans, religieuse sans foi, elle avait, dans un sursaut d’agonie, enjambé sur une échelle le mur de son couvent. Décrépite, hallucinée, rôdant comme une pauvre bête, il l’avait recueillie, l’avait vaguement prise comme bonne, en souvenir de Diderot et par naturelle bonté, puis l’avait fait poser, et maintenant la vieille défroquée le volait comme dans un bois, lui revendant, pour essuyer ses pinceaux, ses serviettes et ses draps qu’elle lacérait en chiffons, en murmurant les litanies ; mais il continuait à la garder, fermant les yeux, par charité. »

22 février

Après avoir confié à Camoin qu’il est très fatigué, Cezanne lui conseille d’aller voir son fils à Paris, 31, rue Ballu. Renonçant à poursuivre de longues analyses artistiques qui lui prennent beaucoup de temps au détriment de son travail, il résume sa pensée en quelques phrases : « Tout est en art surtout, théorie développée et appliquée au contact de la nature. […] Il n’y a que la force initiale id est, le tempérament, qui puisse porter quelqu’un au but qu’il doit atteindre. »

« Aix, 22 février 1903
Cher monsieur Camoin. ―
Très-fatigué, 64 ans d’âge, je vous prie d’excuser le retard très-prolongé que j’ai mis à vous répondre. Ce ne sera que deux mots. ― Mon fils actuellement à Paris, est un grand philosophe. Je ne veux pas dire par là que ce soit ni l’égal, ni l’émule de Diderot, Voltaire ou Rousseau. Voulez-vous l’honorer de votre visite 31, rue Ballu, près la place Clichy, où se trouve la statue du général Moncey, ― En lui écrivant, je lui dirai un mot de vous ; il est assez ombrageux, un indifférent, mais bon garçon. Son intermédiaire aplanira pour moi la difficulté que j’ai de comprendre dans la vie —
Vous remercie vivement pour votre dernière lettre. Mais je dois travailler. —Tout est en art surtout) théorie développée et appliquée au conctat [sic] de la nature. reparlerons de tout cela quand j’aurai le plaisir de vous revoir. —
Ceci est la lettre la plus juste que je vous ai écrite jusqu’ici. —
Credo.
Bien cordialement à vous.
P. Cezanne
Quand je vous verrai, je vous parlerai plus justement que n’importe qui sur la peinture. Je n’ai rien à cacher. —
en art.
Il n’y a que la force initiale, id est le tempéremment qui puisse porter quelqu’un au but qu’il doit atteindre.
P. Cezanne »

Lettre de Cezanne à Camoin, datée « Aix, 22 février 1903 » ; fonds Vollard, microfilm conservé à la documentation du musée d’Orsay.
Giraudy Danièle, Camoin, sa vie, son œuvre, Marseille, La Savoisienne, 1972, 261 pages, reproduction des pages 2 et 3 de la lettre p. 41.
Lebensztejn Jean-Claude, Paul Cezanne. Cinquante-trois lettres, Paris, L’Échoppe, 2011, 96 pages, p. 60-61.
Rewald John, Paul Cezanne, correspondance, Paris, Grasset, 1978, 346 pages, p. 293.

Mars

Cezanne prévient son fils qu’il n’est pas nécessaire qu’il lui envoie les articles qui paraissent dans L’Intransigeant, car on les lui transmet déjà et il reçoit L’Intransigeant.

« [Aix, mars 1903].
Inutile de me l’envoyer, chaque jour j’en trouve sous ma porte, sans compter les numéros de l’Intransigeant qu’on m’adresse par la poste. »

Rewald John, Paul Cezanne, correspondance, Paris, Grasset, 1978, 346 pages, p. 294.

9-13 mars

Vente aux enchères à l’hôtel Drouot des œuvres d’art, meubles, livres, instruments de musique, etc., de la succession d’Émile Zola. Vente de treize œuvres de Cezanne, dont trois hors catalogue : selon l’article de Jean Adhémar, six sont achetées par Pellerin, trois par Vollard, une par Durand-Ruel (sans doute plutôt par Vollard), une par Hessel et une par Orosdi. Les prix s’échelonnent entre 105 et 4 200 francs.

  1. Néréides et Tritons (vendu 680 francs à Pellerin, FWN591-R122)
  2. L’Estaque (vendu 1 050 frs, à M. Pellerin, FWN46-R130)
  3. Coin d’atelier (vendu 2 050 francs à Durand-Ruel, FWN703-R090 ?) [il doit plutôt s’agir de Vollard]
  4. Une lecture de Paul Alexis chez Émile Zola (vendu 1 050 francs à Hessel, FWN601-R150)
  5. Nature-morte : Le coquillage (vendu 3 000 francs à Pellerin, FWN708-R136)
  6. L’Enlèvement (vendu 4 200 francs à Vollard, FWN590-R121)
  7. Portrait (vendu 3 000 francs à Pellerin, FWN403-R116)
  8. Portrait de femme (vendu 600 francs à Pellerin, FWN395-R075)
  9. Nature morte (vendu 900 francs à Pellerin, FWN706-R093)

Hors catalogue, Paysage (vendu 720 francs à Orosdi, FWN42-R096 ?)
Hors catalogue, tableau (vendu 220 francs à Vollard)
Hors catalogue (vendu 105 francs à Vollard, FWN47-R088 ?)

Catalogue des objets d’art et d’ameublement, faïences et porcelaines, objets variés japonais et européens, bois sculptés, marbres, vitraux, sculptures antiques, armes, fers, bronzes, pendules, régulateur, piano, harmonium, harpe, instruments de musique, sièges et meubles, anciennes tapisseries, étoffes, tapis, tableaux anciens et modernes, aquarelles, dessins, gravures, livres, manuscrits, le tout dépendant de la succession de Émile Zola, et dont la vente aura lieu à Paris, hôtel Drouot, salles nos 9, 10 et 11, les lundi 9, mardi 10, mercredi 11, jeudi 12 et vendredi 13 mars 1903, commissaire-priseur Me Paul Chevallier, experts pour les objets d’art MM. Mannheim, pour les tableaux MM. Bernheim Jeune et fils, pour les livres M. Durel :

« CEZANNE(Paul)
110 — Néréides et Tritons. Signé à droite en bas : P. Cezanne. Œuvre de la première jeunesse.
Toile. — Haut., 24 cent. ; larg., 32 cent. 1/2.
111 — L’Estaque. Œuvre de la première jeunesse.
Toile. — Haut., 32 cent. ; larg., 46 cent.
112 — Coin d’atelier. Signé à gauche en bas : P. Cezanne. Œuvre de la première jeunesse.
Toile. — Haut., 43 cent. ; larg., 80 cent.
113 — Une Lecture de Paul Alexis chez Émile Zola. Œuvre de la première jeunesse.
Toile. — Haut. 54 cent. ; larg., 73 cent.
114 — Nature morte : Le Coquillage. Œuvre de la première jeunesse.
Toile. — Haut., 54 cent. ; larg., 73 cent.
115 — L’Enlèvement. Signé à gauche en bas : P. Cezanne. Œuvre de la première jeunesse.
Toile. — Haut., 88 cent. ; larg., 1 m. 20 cent.
116 — Portrait. Une tête d’homme brun, barbu ; en valeur sur un fond sombre. Signé à droite en bas : P. Cezanne. Œuvre de la première jeunesse.
Toile. — Haut., 45 cent. ; larg., 41 cent.
117 — Portrait de Femme. Vue de face, la tête un peu tournée vers la gauche. Grand manteau gris enveloppant le corps. Signé à droite en bas : P. Cezanne 1864. Œuvre de la première jeunesse.
Toile. — Haut., 46 cent. ; larg., 38 cent.
118 — Nature morte. Œuvre de la première jeunesse.
Toile. — Haut., 29 cent. ; larg., 40 cent. »

John Rewald a consulté un catalogue de vente annoté conservé dans les archives Durand-Ruel, qui « mentionne nettement Vollard comme acheteur de Coin d’atelier et ne mentionne aucune œuvre acquise par Durand-Ruel ». Les livres de stock des archives Durand-Ruel ne mentionnent pas non plus Coin d’atelier.

Rewald émet l’hypothèse que le tableau inscrit sur un livre de stock de Vollard d’environ 1904 comme « n° 3447 Arbre contre un mur 23 x 38 » (Mur de jardin, FWN47-R088) aurait été acheté par Vollard lors de la vente.

Rewald John, The Paintings of Paul Cezanne : A Catalogue raisonné, volume I « The Texts », New York, Harry N. Abrams, 1996, 592 pages, notice 78, p. 86.

Il n’est pas exclu que Le Poêle dans l’atelier (FWN703-R090), signé, corresponde au n° 112, Coin d’atelier, de la vente Zola.

Le tableau Paul Alexis lisant à Émile Zola (FWN602-R151) a aussi appartenu à Zola, mais n’a été admis comme œuvre de Cezanne qu’en 1927.

A la suite du décès de Mme Zola, une vente de sa succession, à l’hôtel Drouot le 12 novembre 1925, comprendra un seul Cezanne, une aquarelle : L’Usine (Usines à l’Estaque, RW024), vendu 9 700 francs.

Vente après décès » de la Succession de Madame Émile ZOLA, en exécution du testament de la défunte, sièges et meubles anciens et modernes, céramique moderne, faïences et porcelaines anciennes, dessins, gravures, tableaux modernes par ou attribués à Baille, Bouvet, Cezanne (P.), Clairin, école italienne, Fantin-Latour, Guillemet, Morisot (Berthe), Poisson, Raffaelli, objets divers, objets de vitrine, laques, vitraux, bronzes, bijoux et argenterie, tapis, tentures, dont la vente aux enchères publiques aura lieu hôtel Drouot, salle n° 6, les lundi 9 et mardi 10 novembre 1925, à deux heures, commissaire-priseur : M. Marcel Charpentier, expert pour les meubles et objets d’art : M. Édouard Pape, experts pour les bijoux et l’argenterie : MM. Reinach et Charraud :

« CEZANNE (P.)
48 — L’Usine. Aquarelle. On lit dans la marge inférieure les mots suivants : « Aquarelle faite spécialement pour une table à ouvrage appartenant à Madame Alexandrine-Émile Zola, par M. Paul Cezanne en avril 1869. Certifié par moi Alex. Émile Zola. »
Haut., 16 cent., larg., 31,5 cent. »

Revue de presse:

Le Diable boiteux, « Échos. Les bibelots de Zola », Gil Blas, 25e année, n° 8612, samedi 7 mars 1903, p. 1 :

« Les bibelots de Zola.
C’est la semaine prochaine que seront mis aux enchères les œuvres d’art et les bibelots qu’Émile Zola avait amassés, tant en son hôtel de la rue de Bruxelles qu’en sa villa des bords de la Seine.
On vendra le portrait du maître à Médan, entouré des membres du cénacle d’avant la scission : Huysmans, Maupassant, Hennique, Paul Alexis, Céard, gravé par Desmoulins ; on vendra : de Paul Cezanne, Paul Alexis lisant une de ses nouvelles ; de Claude Monet, la Promenade au bord du -fleuve, œuvre exquise de ce peintre dont Zola fit le héros principal de l’Œuvre ; »

Rochefort Henri, « L’amour du laid », L’Intransigeant, n° 8272, 19 ventôse, lundi 9 mars 1903, p. 1. :

« Hier, en entrant à l’exposition particulière de la vente Zola, je croyais m’y rencontrer avec tout le groupe des intellectuels à cheveux plats et tout le clan du dreyfusisme. […]
Cependant, si les sculptures et les tableaux anciens donnent la note de la sincérité antireligieuse de leur ex-possesseur, les toiles modernes qu’il avait mêlées à ces fonds de magasin provoquaient dans la foule une hilarité sans mélange. Il y a là une dizaine d’œuvres, paysages ou portraits, signés d’un ultra-impressionniste nommé Cezanne et qui en gaieté Brisson lui-même.
On se tordait notamment devant une tête d’homme brun et barbu dont les joues martelées à la truelle semblaient la proie d’un eczéma [FWN403-R116]. Les autres peintures du même artiste avaient tout l’air d’un défi non moins direct à Corot, à Théodore Rousseau, et aussi à Hobbema et à Ruysdaël.
Pissaro, Claude Monet et les peintres les plus excentriques du plein air et du pointillé ― ceux qu’on a appelés les « peintres à confetti » ― sont des académiques, presque des membres de l’Institut, à côté de cet étrange Cezanne dont Zola a ainsi récolté les productions.
Les experts chargés de cette vente ont éprouvé eux-mêmes un certain embarras à cataloguer ces choses fantastiques et ont accompagné chacune d’elles de cette note pleine de réticences : « Œuvres de la première jeunesse. »
Si M. Cezanne était en nourrice quand il a commis ces peinturlurages, nous n’avons rien à dire ; mais que penser du chef d’école que prétendait être le châtelain de Médan et qui poussait à la propagation de pareilles insanités picturales ? Et il écrivait des « Salons » où il se donnait les gants de régenter l’art français !
Le malheureux n’a donc jamais vu d’un peu près un Rembrandt, un Vélasquez, un Rubens ou un Goya ? Car si Cezanne a raison, tous ces grands pinceaux-là ont tort. Watteau, Boucher, Fragonard, Prud’hon n’existent plus, et il ne reste, comme suprême manifestation de l’art cher à Zola, qu’à mettre le feu au Louvre.
Nous avons souvent affirmé qu’il y avait des dreyfusards longtemps avant l’affaire Dreyfus. Tous les cerveaux malades, les âmes à l’envers, les louchons et les estropiés étaient mûrs pour la venue du Messie de la Trahison. Quand on voit la nature comme l’interprétaient Zola et ses peintres ordinaires, il est tout simple que le patriotisme et l’honneur vous apparaissent sous la forme d’un officier livrant à l’ennemi les plans de la défense du pays.
L’amour de la laideur physique et morale est une passion comme une autre.
HENRI ROCHEFORT »

« Hôtel Drouot », New York Herald. Le Matin, 20e année, n° 6953, mardi 10 mars 1903, p. 2. :

« HÔTEL DROUOT
Le public se portait de préférence hier à la vente Zola, mais cependant la foule était loin d’y être aussi grande qu’on l’aurait pu supposer. Il est vrai qu’il n’y avait rien d’extraordinairement intéressant ni parmi les livres, ni parmi les tableaux qui constituaient cette première vacation, dont 12,700 francs pour les livres et le reste pour les tableaux.
Parmi les assistants se trouvaient le prince della Rocca, le comte de Gramedo, le baron Blanquest, MM. Henri Rochefort, Léon Orosdi, Octave Mirbeau, Charpentier, Fasquelle, Robert, Artigue, Duret, de Marcillac, docteur Vaucaire, Leclanché, Sabini, Louis Bigot, Dormeuil, de Reinach, Fonberg, Bricon, Blot, Pellerin, Meyer-Graff, Desmoulins, Benoit-Lévy, Cassireur, Franck, etc.
Les tableaux de Cezanne ont donné lieu à quelques enchères élevées, M. Bernheim jeune ayant obtenu pour le plus important d’entre eux, l’Enlèvement, 4,200 francs. »

 

Charmand J., « Informations », Le Journal, 12e année, n° 3813, mardi 10 mars 1903, p. 2 :

« HOTEL DES VENTES
La vente Zola avait attiré à l’Hôtel Drouot assez de monde ; je dis assez de monde, car je n’y ai pas constaté la bousculade qui se produit généralement dans les ventes à sensation.
Parmi les tableaux, les œuvres de Paul Cezanne ont atteint des prix élevés : Coin d’atelier. 2,050 fr. ; Nature morte : le Coquillage, 3,000 fr. ; L’Enlèvement, 4,200 fr. De Claude Monnet, Promenade en rivière, 2,805 francs, et de Pissaro, Le Bocage, 920 fr.
C’est tout ce qui m’a semblé intéressant à signaler dans cette première vacation de la vente Zola. — J. CHARMAND. »

 

Pert. Alex., « Écho des ventes. Vente Émile Zola », Journal des débats politiques et littéraires, 115e année, n° 69, mercredi 11 mars 1903, p. 3.

« ÉCHO DES VENTES
VENTE ÉMILE ZOLA.
La première vacation a produit au total une somme de 39,000 fr. environ. Me Chevallier, assisté de M. Durel, expert pour les livres, a adjugé le manuscrit Brevarium secundum consuetudinen ecclesias Moissiacensis, etc. (que j’avais particulièrement mentionné) au prix de 4,700 fr.
Après les livres, Me Chevallier, assiste de MM. Bernheim jeune, experts, a procédé à la vente des tableaux modernes et anciens. Pour les modernes, il convient de noter quelques beaux prix pour les œuvres du peintre Paul Cezanne ; notamment : N° 111, l’Estaque, 1,050 fr. N° 112, Coin d’atelier, 2,050 fr. N° 113, Une lecture de Paul Alexis chez Émile Zola, 1,050 fr. N° 114, Nature morte : le Coquillage, 3,000 fr. N° 115, l’Enlèvement, 4,200 fr. »

 

« Au jour le jour. À l’hôtel Drouot. Vente Zola », Le Temps, 43e année, n° 15244, mercredi 11 mars 1903, p. 3 :

« — A l’hôtel Drouot. Vente Zola. — Première journée, hier, de la vente Zola. Public nombreux et de choix : MM. Joseph Reinach, Charpentier, Hennique, Max Nordau, Pellerin, baron Blanquet, etc., assis, avec tous les grands libraires de Paris, à la table, et se partageant la bibliothèque du maître à des prix qui n’ont eu rien de banal.
[…] Aux livres ont succédé les tableaux, vendus par les experts Bernheim jeune.
A noter les hauts prix des Cezanne. Un coin d’atelier s’est payé 2,050 ; une Nature morte, Coquillage, 3,000 ; l’Enlèvement, 4,200. On a donné 2,805 fr. d’un Claude Monet, Promenade en rivière, et 920 d’un Pissaro, le Bocage. »

 

Le Diable boiteux, « Échos. Paul Cezanne », Gil Blas, 25e année, n° 8617, jeudi 12 mars 1903, p. 1.

« Paul Cezanne.
Diverses toiles de Cezanne, à la vente Zola, ont atteint des prix fort élevés. Ce qui a surpris nombre de gens, à Paris, ignorant le nom de cet artiste.
Cezanne est un vieil indépendant, hautain et farouche. Compatriote de Zola, natif comme lui d’Aix-en-Provence, il fut un des jeunes peintres décrits dans l’Œuvre. Ils se retrouvaient le soir, vers 1874, avec Manet, Monet, Degas, Renoir, Th. Duret, Paul Alexis, Duranty, etc., dans un petit café des Batignolles, le café Guerbois, d’impressionniste mémoire.
Cezanne fut un des initiateurs du célèbre groupe de 1874, précurseur notamment de Vincent Van Gogh et de Gauguin. Sa vie est peu connue et même légendaire. Il a toujours vécu, hiver comme été, à la campagne, en vrai paysan. On ne le connaît guère que par un portrait de Pissaro : visage rude, broussailleux, sous une chaude casquette de drap sombre, le torse enveloppé dans une limousine de roulier.
Malgré ses gaucheries de primitif, Cezanne est un fort bel artiste ; on aime ses herbages veloutés, denses, d’un vert profond, et ses fameuses Pommes, naïvement peintes, rondes et odorantes. Cezanne fut toujours le moins « mastuvu » des peintres. On cite force « chers maîtres », amoureux de leurs œuvres, qui accrochent dans l’atelier jusqu’aux moindres pochades ; Cezanne, lui, après avoir travaillé tout le jour fiévreusement en pleine forêt, abandonnait souvent sur une pierre, sous un hêtre, l’étude commencée… Si les marchands de tableaux avaient eu vent de ces habitudes ! »

 

« Mouvement des arts. Vente Émile Zola », La Chronique des arts et de la curiosité, supplément à la Gazette des beaux-arts, n° 11, 14 mars 1903, p. 92 :

« Vente Émile Zola
Vente faite à l’Hôtel Drouot, salles 9, 10 et 11 du 9 au 13 mars, par Me Chevallier, MM. Mannheim et Bernheim jeune.
[…] Tableaux modernes. —111. Cezanne. L’Estaque : 1.050. — 112. Cezanne. Coin d’atelier : 2.050. — 113. Cezanne. Une lecture de Paul Alexis chez Émile Zola : 1.050. — 114. Cezanne. Nature morte : Le Coquillage : 3.000. — 115. Cezanne. L’Enlèvement : 4.200. »

 

Fagus [Félicien], « Les Indépendants », La Revue blanche, volume XXX, mars 1903, p. 540-546, Cezanne p. 544 :

« de Cezanne qui manque ici [au Salon des Indépendants de 1903], peu avant, on vit, à la vente Zola, de ses toiles, sereines avec emportement, une humanité titanesquement ou bien olympiennement bestiale, à même une nature toute puissante, placide formidablement ; peintre épique) »

 

« Chronik. Paris », Kunst und Künstler, cahier 7, avril 1903.

 

Adhémar Jean, « Le cabinet de travail de Zola », Gazette des beaux-arts, VIe période, tome LVI, 1102e livraison, 102e année, novembre 1960, p. 285-298, Cezanne p. 293-294 :

« GRAVURES, DESSINS, TABLEAUX MODERNES APPARTENANT A ZOLA
d’après le bordereau inédit de sa vente après décès conservé aux Archives de la Seine.
(Complété entre crochets par les indications tirées du catalogue imprimé, moins complet mais plus précis, de la même vente, texte déjà connu mais peu utilisé).
Le document qui figurait à l’exposition Zola de la Bibliothèque Nationale (1952) a été, alors, lu par M. J. de Morgion qui en a signalé brièvement l’intérêt dans le Méridional du 27 août 1953. La confrontation des deux textes montre que Zola possédait des aquarelles de Jongkind et de Delacroix, des gravures de Fantin et de Guérard, quelques estampes japonaises, des toiles de Guillemet, Pissarro, Monet, Ibels, Behar, Guyparo, Debat-Ponsan, de Guys, et surtout treize tableaux de Cezanne c’est-à-dire cinq de plus qu’on ne le disait jusqu’ici : M. Pellerin avait acheté l’Estaque (124bis), la nature morte au poêle (126bis), les Néréides (128bis), la pendule noire (131), l’autoportrait (132), l’Enlèvement (133), ainsi qu’un tableau non décrit (124), et qu’un « portrait de femme » (129) ; Vollard avait acquis ce qu’on ignorait, deux tableaux, dont un paysage (133bis, 135), Durand-Ruel le Coin d’atelier (127), Hessel la lecture d’Alexis chez Zola (130) et Orosdi, qui avait acheté le Monet, avait fait aussi l’acquisition d’un paysage de Cezanne (134) qui n’est pas porté sur le catalogue imprimé. Le Cezanne daté de 1864 (n° 22 du cat. Venturi [R 75], et n° 129 de la vente Zola) qui a appartenu ensuite à Vollard, et est entré par échange dans la collection d’un grand amateur parisien, ne serait-ce pas un portrait de Mme Émile Zola, dont on connaît les traits, au plus tard vers 1870, grâce à une photographie de Godet (fig. 14) ? […]
123bis. Tableau, Cezanne [non au cat.], 220 frs, à M. Vollard.
124bis. Autre [111, L’Estaque, 32 x 46], 1 050 frs, à M. Pellerin.
126bis. Nature-morte du Maître [118. Nature morte, œuvre de la première jeunesse, 29 x 40, le poêle dans l’atelier], 900 frs, à M. Pellerin.
127bis. Coin d’atelier [112. Cezanne, Coin d’atelier, 43 x 80], 2 050 frs, à M. Durand-Ruel.
128bis. Autre [110. Néréides et Tritons, signé, 24 x 52], 680 frs, à M. Pellerin.
129. Autre [117. Portrait de femme par Cezanne, 1864], 600 frs, à M. Pellerin.
130. Autre [113. La lecture de Paul Alexis chez Zola, 54 x 73], 1050 frs, à M. Hessel.
131. Autre [114. Cezanne, Nature-morte au coquillage, la pendule noire], 3.000 frs, à M. Pellerin.
132. Portrait, Cezanne [116. Cezanne, autoportrait], 3 000 frs, à M. Pellerin.
133. Tableau, Cezanne [115. L’enlèvement, 1867], 4 200 frs, à M. Vollard.
134. Paysage du même [non au cat.], 720 frs, à M. Orosdi.
135. Autre [non au cat.], 105 frs, à M. Vollard. »

 

Vollard Ambroise, Paul Cezanne, Paris, Les éditions Georges Crès & Cie, 1924 (1re édition, Paris, Galerie A. Vollard, 1914, 187 pages ; 2e édition 1919), 247 pages, p. 173.

« Les tableaux de Cezanne que l’on trouva chez Zola, en vidant les placards et le grenier, furent envoyés à l’Hôtel Drouot, en même temps que le fort lot d’antiquités qui garnissait son salon. La vente eut lieu en mars 1903. Notons qu’un admirateur de Zola poussa jusqu’à 350 francs la Vérité sortant du Puits.
Rochefort, mal renseigné, et s’imaginant que Zola goûtait l’art de Cezanne, fit une charge à fond de train contre ce genre de peinture, en même temps qu’il criblait de ses traits les plus acérés toute la « bondieuserie » du défunt (1).
La conclusion de son article était : « Quand on voit la nature comme l’interprétaient Zola et ses peintres ordinaires, il est tout naturel que le patriotisme et l’honneur vous apparaissent sous la forme d’un officier livrant à l’ennemi les plans de la défense du pays. »
Je me souviens, à ce propos, d’un détail amusant. M. Cezanne fils avait écrit à son père qu’il avait mis l’article de Rochefort de côté, à son intention. « Inutile de me l’envoyer, répondit Cezanne. Chaque jour j’en trouve sous ma porte, sans compter les numéros de l’Intransigeant qu’on m’adresse par la poste. »
(1) L’Intransigeant, 9 mars 1903. »

Gasquet Joachim, Cezanne, Paris, Les éditions Bernheim-Jeune, 1926 (1re édition 1921), 213 pages de texte, 200 planches, p. 116-117.

« Mais d’autres au grotesque joignaient la perfidie. Cezanne avait noué quelques utiles relations dans le petit monde dévot qui entourait sa sœur aînée. L’immonde article où Henri Rochefort, ignorant tout de l’art et de la vie de Cezanne, le traînait dans la boue comme ami de Zola, dreyfusard notoire autant que peintre malhonnête, parut. Trois cents exemplaires en furent commandés à l’Intransigeant et glissés la nuit sous la porte de tous ceux qui de près ou de loin pouvaient avoir manifesté quelque sympathie pour Cezanne. Tous les méchants ragots qui parvenaient à celui-ci le bouleversaient. Des lettres de menaces, de grossières injures anonymes lui étaient aussi adressées rue Boulegon. On y calomniait sa famille, ses rares amis. On lui intimait l’ordre de débarrasser de sa présence la ville qu’il déshonorait. Qui sait, dès lors, si cette séquelle de petits voyous acharnés un temps à poursuivre Cezanne n’y était poussée que par l’insouciante et facile cruauté, le plaisir méchant de bafouer un vieux songeur original ?
Lui en souffrait aux larmes. Il n’osait plus passer sur le cours Mirabeau. L’idée de la persécution s’ajoutait à toutes ses désespérances. Il ne travaillait plus que dans la fièvre ou dans le dégoût. »

 

Bernheim de Villers Gaston [Gaston Bernheim-Jeune], Un ami de Cezanne, éditions Bernheim-Jeune, Paris, 1954, 38 pages, p. 13.

« En 1852, au Collège Bourbon, à Aix, Cezanne et Zola étaient deux grands amis. Zola, très frêle— il n’avait que 12 ans— était le souffre-douleur de ses camarades. Il fut pris de pitié par Cezanne, ce qui lui valut une tripotée par toute la cour. Le lendemain, Zola, pour le remercier, lui apporta une pomme, « heureux présage ». Plus tard, devenu écrivain célèbre, Zola prit la défense de Cezanne dans les journaux et le célèbre peintre lui envoya un tableau, Une pomme, que je trouvai dans sa chambre lorsque je fis sa vente(1).
(1) M. Bernard Dorival, Conservateur au Musée d’Art moderne a raconté cette histoire dans son livre si documenté. »

Printemps ?

Leo Stein achète à Vollard un paysage de Cezanne (La Conduite d’eau, FWN140-R406).

Il précise qu’il a acheté le tableau à Vollard avant d’aller passer l’été à Fiesole. Tout porte à croire que la transaction a eu lieu en 1903, et d’ailleurs on n’en trouve aucune trace dans les registres très détaillés de Vollard pour l’année 1904 (ceux de l’année 1903 ont disparu).

Stein Leo, Appreciation : Painting, Poetry and Prose, New York, Crown Publishers, 1947, 215 pages, p. 154-156, 194-195 :

« In Paris forty years ago I didn’t have the formula, but I had the fact. I had, on first coming to Paris, bought of the little dealer who did not have Raffaellis for a thousand dollars, a little picture by Du Gardier of a woman in white with a white dog on a green lawn. It was a pleasant thing of no real importance, but I spent much time at the shop, talking and getting acquainted with art matters in Paris, and this purchase paid my entrance fee. But then there was nothing more to buy, and I was discouraged. Of course there was plenty of older stuff, but this was too expensive—and, besides, it was not what I wanted. I wanted an adventure. It was in the second year that Berenson, the well-known authority on Italian art, helped me. He was in Paris, and I told him of the dearth of art. He said, “Do you know Cezanne?” I said that I did not. Where did one see him? He said, “At Vollard’s” ; so I went to Vollard’s, and was launched.
Of course, in my frequentations of the Rue Lafitte, then the center of the Parisian art trade, I often passed Vollard’s. But there never seemed to be any exhibitions on, and through the doors one had a glimpse of something like a junk shop, with heaps of pictures on the floor and against the walls, but nothing to indicate that one would be welcome. Occasionally there was a queer picture on show in the window, but isolated queer pictures remain queer. Now, however, I boldly went in, and soon was quite at home. In fact, once when rummaging through a heap of pictures, I saw something that interested me and showed it to Vollard. He said, “Oh, where did you find that? I sold that picture a month ago and have been looking for it ever since.” I went there often, for Vollard liked to ask questions and learn what you thought about things, sometimes about pictures and often about other matters as well. He didn’t mind my turning things upside down, since they were already in that state, and so we got on nicely.
I have already said that for me Mantegna’s Crucifixion was a sort of Cezanne precursor “with the color running all through it.” Also the Tuscan quattrocentisti, especially Piero della Francesca and Domenico Veneziano, were an excellent preparation. I was quite ready for Cezanne, and before going to Fiesole for the summer, I bought a Landscape which is figured on page 218 of Barnes’s book.* The composition is a good one, and the space handling for the most part even exceptionally good. It was altogether a good beginning.
* Art of Cezanne by Albert C. Barnes.
That summer I passed more time with Cezanne than 1 did with the pictures in the Uffizi and the Pitti. I told Berenson how I had profited by his suggestion, and he told me that Charles Loeser, who lived in Florence, had a lot of Cezannes. I thought that strange, as I had often been at Loeser’s house, but Berenson explained that the Cezannes were not mixed with the other pictures which filled his house, but were all in his bedroom and dressing room. Loeser, the son of Brooklyn’s “Macy’s,” had come to Italy soon after leaving Harvard, and was a hardened collector. He collected everything—pictures, bronzes, faience, drawings, furniture, ivory-headed canes. Then he bought a villa and rebuilt it. Until his marriage, long after, he didn’t live in it, but just had it for building. He said to me that a painter or a sculptor kept changing his work till it was satisfactory—why shouldn’t one do the same thing with a building? It finally turned out an interesting amalgam of new and old.
He had begun buying Cezannes in the early days, when Vollard’s was a kind of five-and-ten establishment, and had got together an interesting lot. Loeser was not an intellectual, and he insisted that the best critic of Italian art that he knew was his old cook Maria. He always showed her his last discovered Madonna, and when Maria said, “Si signore, that is a madonna,” he knew that it was all right. But when she shook her head and said, “No signore, that is not a madonna,” he was sure that the picture did not ring true. During the summer I spent many days with the Cezannes and could never get enough of them. Loeser is long since dead, but I saw the pictures again a few months ago, when a show of French painting was held in the Pitti. The pictures are about as they were, but I am not, and only one or two still seemed to me important. […]

VIII
27 Rue de Fleurus

27 Rue de Fleurus was filling with pictures, and also with visitors. My brother, who was our banker, surprised me one day when he said we had eight thousand unexpended francs. As this was regarded as criminal waste, we went at once to Vollard’s. Vollard liked to sell us pictures because, as he told me, we were the only customers who bought pictures, not because they were rich, but despite the fact that they weren’t. So we never had to bargain with him, as he always gave us good prices. Besides, he said, the rich paid when they happened to think of it, and their thoughts ran mostly to other matters, while we paid at once. On this occasion I selected two Gauguins, two Cezanne figure compositions, two Renoirs, and Vollard threw in a Maurice Denis, Virgin and Child, for good measure. In later years, people often said to me that they wished they were able to buy such : things for such prices, and I had to remind them that they also were in Paris then and had more money than I had. But they, to use Picasso’s words, had to wait till the cogs were rusty, or—as it would perhaps be better to say—till they were worn smooth and ran easily. »

Traduction :

« À Paris, il y a quarante ans, je n’avais pas la formule, mais j’avais les données. J’ai acheté, la première fois que je suis venu à Paris, à un petit marchand qui n’avait pas encore de Raffaëlli à un millier de dollars, un petit tableau par Du Gardier d’une femme en blanc avec un chien blanc sur une pelouse verte. C’était une chose agréable, sans importance réelle, mais j’ai passé beaucoup de temps à la boutique, à parler et à me familiariser avec les questions de l’art à Paris, et cet achat a payé mes frais d’entrée. Mais il n’y avait plus rien à acheter, et j’ai été découragé. Bien sûr, il y avait beaucoup de vieux trucs, mais c’était trop cher et, en plus, ce n’était pas ce que je voulais. Je voulais une aventure. C’est la deuxième année [printemps 1903 ?] que Berenson, l’autorité bien connue sur l’art italien, m’a aidé. Il était à Paris, et je lui ai parlé de la pénurie de l’art. Il m’a dit : « Connaissez-vous Cezanne ? » J’ai dit que non. Où peut-on le voir ? Il m’a répondu : « Chez Vollard » ; alors je suis allé chez Vollard, et tout a commencé.
Bien sûr, dans mes fréquentations de la rue Laffitte, le centre du marché de l’art parisien d’alors, je suis souvent passé chez Vollard. Mais il semblait ne pas y avoir d’expositions, et à travers les portes on apercevait quelque chose comme une brocante, avec des tas de tableaux au sol et contre les murs, mais rien n’indiquait qu’on y serait le bienvenu. De temps en temps, il y avait un tableau étrange exposé à la vitrine, mais des tableaux étranges isolés restent étranges. Cette fois, cependant, j’y suis allé hardiment, et bientôt je me suis senti tout à fait chez moi. En fait, après avoir fouillé dans un tas de tableaux, j’ai vu quelque chose qui m’intéressait et je l’ai montré à Vollard. Il m’a dit : « Oh, où avez-vous trouvé ça ? J’ai vendu ce tableau il y a un mois, et depuis je le cherchais. » J’y suis souvent allé, car Vollard aimait poser des questions et savoir ce que vous pensiez de certaines choses, parfois sur des tableaux et souvent sur d’autres sujets aussi. Cela ne le dérangeait pas que je retourne les œuvres qui tournaient le dos, et donc nous nous sommes bien entendus.
J’ai déjà dit que pour moi la Crucifixion de Mantegna a été une sorte de précurseur pour Cezanne, « par sa couleur ». De même, les Toscans du quattrocento, en particulier Piero della Francesca et Domenico Veneziano, ont été une excellente préparation. J’étais tout à fait prêt pour Cezanne, et avant d’aller à Fiesole passer l’été, j’ai acheté un Paysage qui est reproduit page 218 du livre de Barnes* [La Conduite d’eau (R 406)]. La composition est bonne, et le traitement de l’espace, pour l’essentiel, est même exceptionnellement bon. C’était tout à fait un bon début.
* TheArt of Cezanne, par Albert C. Barnes.
Cet été-là, j’ai passé plus de temps avec Cezanne que je ne l’ai fait avec les tableaux de la Galerie des Offices et du palais Pitti. J’ai dit à Berenson que j’avais profité de sa suggestion, et il m’a répondu que Charles Loeser, qui vivait à Florence, avait des Cezanne. J’ai trouvé cela étrange, puisque j’étais souvent allé chez Loeser, mais Berenson m’a expliqué que les Cezanne n’étaient pas mélangés avec les autres tableaux qui remplissaient sa maison, mais étaient tous dans sa chambre et dans son vestiaire. Loeser, fils du propriétaire du magasin « Macy », à Brooklyn, était venu en Italie peu après avoir quitté Harvard, et était devenu un grand collectionneur. Il collectionnait tout ― des tableaux, bronzes, faïences, dessins, meubles, cannes à pommeau d’ivoire. Ensuite, il a acheté une villa et l’a restructurée. Jusqu’à son mariage, longtemps après, il n’y a pas vécu, mais il la faisait seulement restructurer. Il m’a dit qu’un peintre ou un sculpteur ne passaient pas à une autre œuvre avant que celle en cours ne soit satisfaisante, pourquoi ne pouvait-il pas faire la même chose avec une villa ? Elle s’est finalement avérée un amalgame intéressant de nouveau et d’ancien.
Il avait commencé à acheter des Cezanne dans les premiers jours, quand la boutique de Vollard était une sorte de bric-à-brac, et qu’il en avait obtenu un lot très intéressant. Loeser n’était pas un intellectuel, et il insistait sur le fait que le meilleur critique de l’art italien qu’il connaisse était sa vieille cuisinière, Maria. Il lui montrait toujours sa dernière découverte de Madone, et quand Maria disait : « Si signore, c’est une Madone », il savait que le tableau était authentique. Mais quand elle secouait la tête et disait : « No signore, ce n’est pas une Madone », il était sûr que le tableau ne sonnait pas vrai. Pendant l’été, j’ai passé de nombreux jours avec les Cezanne et je n’ai jamais pu en être rassasié. Loeser est mort depuis longtemps, mais j’ai vu les tableaux à nouveau il y a quelques mois, quand une exposition de la peinture française a eu lieu au palais Pitti. Les tableaux sont à peu près comme ils étaient, mais je ne suis plus le même, et seulement un ou deux m’ont semblé toujours importants. […]

VIII
27, rue de Fleurus

Le 27, rue de Fleurus, était rempli de tableaux, et aussi de visiteurs. Mon frère, qui était notre banquier, m’a surpris un jour quand il a dit que nous avions dépensé huit mille francs. Comme cela était considéré comme un gaspillage criminel, nous sommes aussitôt allés chez Vollard. Vollard aimait nous vendre des tableaux, parce que, comme il me l’a dit, nous étions les seuls clients qui achetaient des tableaux, non pas parce qu’ils étaient fortunés, mais bien qu’ils ne le soient pas. Donc, nous n’avons jamais eu à négocier avec lui, puisqu’il nous a toujours fait de bons prix. De plus, disait-il, les riches payent quand il leur arrive d’y penser, et leurs pensées courent la plupart du temps vers d’autres sujets, alors que nous payions chaque fois. À cette occasion, j’ai choisi deux Gauguin, deux figures de Cezanne, deux Renoir, et Vollard a ajouté un Maurice Denis, Vierge à l’enfant, pour faire bonne mesure. Des années plus tard, les gens m’ont souvent dit qu’ils auraient souhaité pouvoir acheter ces choses à ces prix-là, et je devais leur rappeler qu’eux aussi se trouvaient à Paris et avaient alors plus d’argent que moi. Mais, pour reprendre les mots de Picasso, il leur a fallu attendre jusqu’à ce que les dents soient rouillées, ou ― comme il serait peut-être préférable de dire ― jusqu’à ce les œuvres soient devenus lisses et d’un abord facile. »

Stein Leo, Journey into the Self, New York, Crown Publishers, 1950, p. 204.
À voir.
Stein Gertrude, The Autobiography of Alice B. Stoklas, New York, Harcourt, Brace & Company, 1933, 311 pages ; réédition, New York, Vintage House, 1961, 252 pages, p. 29-34. Stein Gertrude, Autobiographie d’Alice Toklas, Paris, Gallimard, collection « L’imaginaire », 1980, 264 pages, p. 36-41.

« Chapter 3 – GERTRUDE STEIN IN PARIS
1903-1907

During Gertrude Stein’s last two years at the Medical Schools Johns Hopkins, Baltimore, 1900-1903, her brother was living in Florence. There he heard of a painter named Cezanne and saw paintings by him owned by Charles Loeser. When he and his sister made their home in Paris the following year they went to Vollard’s the only picture dealer who had Cezannes for sale, to look at them.
Vollard was a huge dark man who lisped a little. His shop was on the rue Laffitte not far from the boulevard. Further along this short street was Durand-Ruel and still further on almost at the church of the Martyrs was Sagot the ex-clown. Higher up in Montmartre on the rue Victor-Masse was Mademoiselle Weill who sold a mixture of pictures, books and bric-a-brac and in entirely another part of Paris on the rue Faubourg-Saint-Honore was the ex-café keeper and photographer Druet. Also on the rue Laffitte was the confectioner Fouquet where one could console oneself with delicious honey cakes and nut candies and once in a while instead of a picture buy oneself strawberry jam in a glass bowl.
The first visit to Vollard has left an indelible impression on Gertrude Stein. It was an incredible place. It did not look like a picture gallery. Inside there were a couple of canvases turned to the wall, in one corner was a small pile of big and little canvases thrown pell mell on top of one another, in the centre of the room stood a huge dark man glooming. This was Vollard cheerful. When he was really cheerless he put his huge frame against the glass door that led to the street, his arms above his head, his hands on each upper corner of the portal and gloomed darkly into the street. Nobody thought then of trying to come in.
They asked to see Cezannes. He looked less gloomy and became quite polite. As they found out afterward Cezanne was the great romance of Vollard’s life. The name Cezanne was to him a magic word. He had first learned about Cezanne from Pissarro the painter. Pissarro indeed was the man from whom all the early Cezanne lovers heard about Cezanne. Cezanne at that time was living gloomy and embittered at Aix-en-Provence. Pissarro told Vollard about him, told Fabry, a Florentine, who told Loeser, told Picabia, in fact told everybody who knew about Cezanne at that time.
There were Cezannes to be seen at Vollard’s. […]
They told Monsieur Vollard they wanted to see some Cezanne landscapes, they had been sent to him by Mr. Loeser of Florence. Oh yes, said Vollard looking quite cheerful and he began moving about the room, finally he disappeared behind a partition in the back and was heard heavily mounting the steps. After a quite long wait he came down again and had in his hand a tiny picture of an apple with most of the canvas unpainted. They all looked at this thoroughly, then they said, yes but you see what we wanted to see was a landscape. Ah yes, sighed Vollard and he looked even more cheerful, after a moment he again disappeared and this time came back with a painting of a back, it was a beautiful painting there is no doubt about that but the brother and sister were not yet up to a full appreciation of Cezanne nudes and so they returned to the attack. They wanted to see a landscape. This time after even a longer wait he came back with a very large canvas and a very little fragment of a landscape painted on it. Yes that was it, they said, a landscape but what they wanted was a smaller canvas but one all covered. They said, they thought they would like to see one like that. By this time the early winter evening of Paris was closing in and just at this moment a very aged charwoman came down the same back stairs, mumbled, bon soir monsieur et madame, and quietly went out of the door, after a moment another old charwoman came down the same stairs, murmured, bon soir messieurs et mesdames and went quietly out of the door. Gertrude Stein began to laugh and said to her brother, it is all nonsense, there is no Cezanne. Vollard goes upstairs and tells these old women what to paint and he does not understand us and they do not understand him and they paint something and he brings it down and it is a Cezanne. They both began to laugh uncontrollably. Then they recovered and once more explained about the landscape. They said what they wanted was one of those marvelously yellow sunny Aix landscapes of which Loeser had several examples. Once more Vollard Went off and this time he came back with a wonderful small green landscape. It was lovely, it covered all the canvas, it did not cost much and they bought it. Later on Vollard explained to everyone that he had been visited by two crazy americans and they laughed and he had been much annoyed but gradually he found out that when they laughed most they usually bought something so of course he waited for them to laugh.
From that time on they went to Vollard’s all the time. They had soon the privilege of upsetting his piles of canvases and finding what they liked in the heap. They bought a tiny little Daumier, head of an old woman. They began to take an interest in Cezanne nudes and they finally bought two tiny canvases of nude groups. They found a very very small Manet painted in black and white with Forain in the foreground and bought it, they found two tiny little Renoirs. They frequently bought in twos because one of them usually liked one more than the other one did, and so the year wore on. In the spring Vollard announced a show of Gauguin and they for the first time saw some Gauguins. They were rather awful but they finally liked them, and bought two Gauguins. Gertrude Stein liked his sun-flowers but not his figures and her brother preferred the figures. It sounds like a great deal now but in those days these things did not cost much. And so the winter went on.
There were not a great many people in and out of Vollard’s but once Gertrude Stein heard a conversation there that pleased her immensely. Duret was a well known figure in Paris. He was now a very old and a very handsome man. He had been a friend of Whistler, Whistler had painted him in evening clothes with a white opera cloak over his arm. He was at Vollard’s talking to a group of younger men and one of them Roussel, one of the Vuillard, Bonnard, the post impressionist group, said something complainingly about the lack of recognition of himself and his friends, that they were not even allowed to show in the salon. Duret looked at him kindly, my young friend, he said, there are two kinds of art, never forget this, there is art and there is official art. How can you, my poor young friend, hope to be official art. Just look at yourself. Supposing an important personage came to France, and wanted to meet the representative painters and have his portrait painted. My dear young friend, just look at yourself, the very sight of you would terrify him. You are a nice young man, gentle and intelligent, but to the important personage you would not seem so, you would be terrible. No they need as representative painter a medium sized, slightly stout man, not too well dressed but dressed in the fashion of his class, neither bald or well brushed hair and a respectful bow with it. You can see that you would not do. So never say another word about official recognition, or if you do look in the mirror and think of important personages. No, my dear young friend there is art and there is official art, there always has been and there always will be. »

Traduction :

« CHAPITRE iii
Gertrude Stein à Paris (1903-1907)

Durant les deux dernières années que Gertrude Stein passa à l’École de Médecine de Johns Hopkins, à Baltimore (1900-1903), son frère vivait à Florence. Là il entendit parler d’un peintre nommé Cezanne, et il vit des toiles de ce peintre que possédait Charles Loeser. Quand lui et sa sœur s’installèrent à Paris l’année suivante, ils allèrent chez Vollard, le seul marchand de tableaux qui eût des Cezanne, afin de les regarder.
Vollard était un grand homme noir qui bégayait un peu. Son magasin était rue Laffitte, pas loin du Boulevard. Un peu plus loin dans cette rue, qui n’était pas longue, se trouvait Durand-Ruel, et encore un peu plus loin, presque contre l’église des Martyrs se trouvait Sagot, l’ancien clown. Au-delà, à Montmartre, rue Victor-Massé, mademoiselle Weill vendait à la fois des tableaux, des livres et faisait la brocante ; à l’autre bout de Paris, rue du Faubourg-Saint-Honoré, était installé l’ancien restaurateur et photographe Druet. Il y avait aussi rue Laffitte le confiseur Fouquet, chez qui l’on pouvait se réconforter en mangeant des gâteaux au miel et des petits fours à la noix, parfois même au lieu d’acheter un tableau chez Vollard, on s’offrait chez Fouquet un pot de confiture de fraises.
La première visite à Vollard a laissé à Gertrude Stein une impression inoubliable. C’était un endroit incroyable. Cela ne ressemblait point du tout à une galerie de tableaux. En entrant on voyait quelques toiles le nez tourné au mur, dans un coin une pile de toiles, petites et grandes, accumulées pêle-mêle l’une sur l’autre, et au milieu de la pièce se tenait un grand homme noir, plein de mélancolie. C’était Vollard, gai. Quand il était vraiment maussade, il appuyait sa lourde silhouette contre la porte vitrée de son magasin qui donnait sur la rue ; étendant ses bras au-dessus de sa tête, il accrochait ses mains aux deux coins supérieurs du chambranle et il fixait la rue de ses yeux sombres. Alors personne ne songeait à essayer de pénétrer chez lui.
Les Stein demandèrent à voir des Cezanne. Vollard prit un air moins lugubre et devint fort poli. Comme ils le découvrirent ensuite, Cezanne était la grande aventure de la vie de Vollard. Le nom de Cezanne était pour lui un mot magique. Le peintre Pissarro lui avait le premier parlé de Cezanne. Et du reste c’était Pissarro qui avait révélé Cezanne à tous ses premiers admirateurs. Cezanne vivait alors chichement et amèrement à Aix-en-Provence. Pissarro parla de lui à Vollard, et à Fabbri, un Florentin, qui en parla à Loeser ; il en parla à Picabia, en fait il en parla à tous ceux qui connurent Cezanne à cette époque.
On pouvait voir des Cezanne chez Vollard. […]
Les Stein dirent à M. Vollard qu’ils voulaient voir des paysages de Cezanne, et qu’ils lui étaient adressés par M. Loeser de Florence. « Ah oui », dit Vollard, d’un air guilleret, et il se mit à circuler dans la pièce ; puis il disparut derrière une cloison qui se trouvait au fond de la boutique, et on l’entendit monter lourdement un escalier. Après assez longtemps il revint, tenant à la main une petite toile qui représentait une pomme, mais la majeure partie du tableau n’était pas peinte. Tous trois examinèrent le tableau avec grand soin. « Seulement, voyez-vous, dirent-ils, ce que nous voulions voir, c’était un paysage. — Ah oui », soupira Vollard, et il prit un air encore plus guilleret. Au bout d’un instant il disparut de nouveau, et cette fois revint avec un tableau, qui représentait un dos ; c’était une toile magnifique sans aucun doute, mais le frère et la sœur n’en étaient pas encore à comprendre bien les nus de Cezanne et ils revinrent à la charge. Ils demandèrent à voir un paysage. Cette fois, après une pause encore plus longue, Vollard revint avec une très grande toile sur laquelle était peinte un très petit fragment de paysage. « Oui, c’était bien cela qu’ils voulaient, dirent-ils, un paysage, mais ils souhaitaient une toile plus petite qui fût entièrement couverte de peinture. « C’est quelque chose comme cela, dirent-ils, que nous désirerions voir. » Pendant ce temps, la nuit, qui tombe tôt l’hiver à Paris, était venue, et, à ce moment, une vieille femme de charge descendit l’escalier du fond ; en s’en allant, elle murmura : « Bonsoir, Monsieur, bonsoir, Madame », et elle sortit sans bruit ; puis, au bout d’un instant, une autre vieille femme de charge descendit le même escalier, susurra : « Bonsoir, Messieurs et Dames », et disparut silencieusement par la porte. Gertrude Stein éclata de rire et dit à son frère : « C’est une plaisanterie, il n’y a pas de Cezanne. Vollard monte là-haut, et il dit à ces vieilles femmes ce qu’il faut peindre, il ne nous comprend pas, et nous ne le comprenons pas, elles peignent vite quelque chose, et il nous l’apporte, et c’est un Cezanne. » L’un et l’autre furent alors pris d’un insurmontable fou rire. Au bout de quelque temps ils se calmèrent et une fois de plus expliquèrent qu’ils voulaient voir un paysage de Cezanne. Ils expliquèrent que ce qu’ils voulaient voir c’était un de ces merveilleux paysages jaunes d’Aix tels que Loeser en possédait plusieurs. Une fois de plus Vollard sortit et cette fois il revint avec un merveilleux petit paysage vert. C’était ravissant, cela couvrait la toile entière, et cela ne coûtait pas très cher. Ils l’achetèrent tout de suite [R 406]. Plus tard Vollard expliqua à tout le monde qu’il avait reçu la visite de deux Américains toqués, qui riaient tout le temps ; ça l’avait beaucoup agacé, mais à la fin il découvrit que plus ils riaient plus ils achetaient, alors il s’était mis à attendre qu’ils rient pour leur vendre quelque chose.
À partir de ce jour ils allèrent chez Vollard tout le temps. Ils eurent bientôt le privilège de renverser la pile de toiles qui était dans le coin et d’y chercher ce qui leur plaisait. Ils achetèrent un tout petit Daumier, une tête de vieille femme. Ils commencèrent à s’intéresser aux nus de Cezanne et enfin ils achetèrent deux petits groupes de nus par Cezanne. Ils trouvèrent un tout petit Monet, peint en noir et blanc avec Forain au premier plan et ils l’achetèrent, ils dénichèrent aussi deux minuscules Renoir. Souvent ils achetaient les tableaux par deux, car d’ordinaire le frère et la sœur avaient des préférences différentes. Ainsi s’écoula l’année. »

Rabinow Rebecca, « Les Stein à la découverte de l’art moderne. Le premières années à Paris, 1903-1907 », dans Matisse, Cezanne, Picasso… L’aventure des Stein, catalogue d’exposition, San Francisco Museum of Modern Art, 21 mai – 6 septembre 2011, Réunion des Musées nationaux-Grand Palais, Paris, 3 octobre 2011 – 16 janvier 2012, New York, The Metropolitan Museum of Art, 21 février – 3 juin 2012, Paris éditions de la RMN Grand Palais, 2011, 456 pages, p. 44, p. 52-70.

Printemps

Trois tableaux de Cezanne sont présentés à la septième exposition de la Sécession de Berlin :

  1. Porträt [FWN499-R670]
  2. Zwei Frauen im Garten [FWN608-R153]
  3. Landschaft [FWN184-R512].
Siebente Kunstausstellung der Berliner Sezession, Berlin, Kantstrasse 12, printemps 1903.

 

H. [Emil Heilbut], « Die Ausstellung der Berliner Secession », Kunst und Künstler, mai 1903, p. 297-311, Cezanne p. 308-309, reproduction de R 512 p. 308:

« Von Cezanne erblickt man zunächst ein Jugendbild. Merkwürdig gross und vornehm geschaute zwei Damen in einer Gartenlandschaft : der Eintritt spanischer Malerei in die französische Kunst. (Seltsam, wie auch hier — wie beim Greco, wie bei Monets Frühstück im Grase — die Figuren zu lang sind.) Danach sieht man eine sehr helle Landschaft aus dem Süden, mit einem Aquädukt. Die wundervollste Luftmalerei, die sich denken lässt. Wenn wir von den Ansprüchen der Neo Impressionisten lesen, die ewig wieder von sich behaupten, sie hatten Luft und Licht aus den Leinwanden strahlen lassen, dann muss man dieses Bild ansehen, das von einer so keuschen Ruhe, Unaufdringlichkeit und Selbstverständlichkeit ist. Es erinnert nicht mehr an Oelmalerei. In der Stumpfheit und dem Grau seiner Töne hat es etwas vom Fresko. Wie viel vornehmer es ist als selbst viele gute Oelbilder, sieht man in der Secession, wo ein nicht übles Bild von Pissarro in seiner unmittelbaren Nachbarschaft hängt und ölig im höchsten Grade, speckig ölig aussieht. Das Bild Cezannes hat nicht die Grazie eines frühen Corot, an den es in etwas denken lässt, ihm gegenüber hat es eine weniger kosende Anschauung dieser hellen Landschaft. Nun aber das dritte Bild (bei dem zweiten glauben wir keinem Widerspruche zu begegnen) : das dritte Bild stellt Cezannes Selbstporträt dar. Von Cezanne sind bereits, so wenig wir von seiner mythischen Person erfuhren, falsche Vorstellungen verbreitet. Zu diesen gehört, dass in einer glänzenden, geistreichen Würdigung des Künstlers geschrieben wurde : er könne etwas, ja, er könne viel, er könne „mehr als Alle”. Selbst in der einfachen Form ist das zu verneinen. Er kann nichts, ist aber ein Genie. Er quält sich wie ein Anfänger, kann das Leichteste nicht, ihm gelingt jedoch das Schwerste, der Duft, der über den Dingen liegt und der Ausdruck, der in den Dingen ist.

*

Der geschrieben hatte, dass Cezanne sehr viel könne, ein Meister wäre, ihn mit Velazquez verglich U, s. w., wusste vielleicht nicht, dass Cezanne eines Freundes und Bewunderers Porträt nach weit mehr als hundert angestrengten Sitzungen nicht etwa in unfertigem Zustande — das hätte gewiss auch einem geschickten Meister widerfahren können — nein, im angefangensten Zustande zurückliess. Cezanne ist kein Herr seiner Kunst, er ist unsicher. Er zittert. Seine Bilder stammeln. Diesen Stotterer hat sein Freund Zola mit vollstem Rechte als einen unvollständigen Künstler bezeichnet. Unvollständig sind bei ihm alle vorbereitenden Stadien : nur merkwürdig, was allein den grössten Künstlern gegeben ist, ist ganz unvermittelt auch ihm zuteil geworden. In dem Selbstporträt dieses genialen Menschen finden wir einen wunderbar getroffenen menschlichen Ausdruck. Von einer Schönheit des Tons ist dieses Bild erfüllt und umwirbelt, um den Kopf herum und auf dem Holz des Blendrahmens, die unglaublich ist. Und der Mangel jeder Pose rechtfertigt das Gefühl des Staunens, das wir vor diesem Bildnis haben. Zugleich verhehlt man sich nicht, dass Fehler in den Formen sind — wir reden nicht von den Unfertigkeiten, wir reden von den Fehlern —, über die die unbegabtesten Maler und Schüler der letzten Klassen erhaben wären.
Eine gewisse Aehnlichkeit besteht zwischen Cezanne und Hans von Marées (wenn auch den einen nur für die Form erfüllt hat, was dem andern für das Licht vorschwebte). Unvollständige Künstler beide ; mit einem grossen Mass von Genie ausgestattet. Sie sahen in das gelobte Land der Vollkommenheit von weitem und nur wer zwischen den Zeilen lesen mag, wird von ihrem künstlerischen Wirken befriedigt werden. »
Traduction :
« De Cezanne, il y a d’abord un tableau de jeunesse. Deux étranges dames grandes et nobles dans un jardin [R 153] : l’influence de la peinture espagnole dans l’art français. (Curieusement, ici ― de même que chez El Greco, et dans le déjeuner sur l’herbe de Monet ― les figures sont allongées.) Ensuite, nous voyons un paysage très lumineux du Midi, avec un aqueduc [R 512]. La plus merveilleuse peinture en plein air qu’on puisse imaginer. Quand nous lisons des revendications des néo-impressionnistes jamais dit qu’ils avaient laisser l’air et la lumière rayonnent à partir du linge de lit, alors vous avez cette image qui est d’un tel calme chaste, discret et naturel. Il ne se souvient plus peintures à l’huile. Dans la grisaille et les tons gris de son qu’il a quelque chose de la fresque. Combien se est distingué comme il ya beaucoup de bonnes peintures à l’huile, vous pouvez voir à la sécession, où une image non le mal de Pissarro dans son voisinage immédiat dépend grasse et au plus haut degré, grasse huileuse prospectifs. Le tableau de Cezanne n’a pas la grâce du début de Corot dont il rappelle quelque chose, lui, il a une vision moins caressante ce paysage lumineux. Maintenant le troisième tableau (dans la seconde nous nous sentons aucune rencontre de contradiction) : le troisième tableau montre l’autoportrait de Cezanne de Cezanne sont déjà si peu nous avons appris de son personnage mythique, les idées fausses répandues. Il s’agit notamment du fait qui a été écrit dans un brillant, l’appréciation d’esprit de l’artiste : il a quelque chose d’aussi qu’il pouvait bien qu’il ne pouvait “sur tout” Même dans sa forme simple, ce est nier qu’il ne peut rien faire, mais .. un génie. Il se tourmente comme un débutant, ne peut pas la chose la plus facile, mais qui fait plus difficile de parfum qui est au-dessus des choses et l’expression qui est dans les choses.

*

Il avait écrit que Cezanne peut beaucoup, un maître serait-il par rapport à Vélazquez U, sw, peut-être ne savait pas que Cezanne un ami et admirateur portrait après plus d’une centaine de sessions intenses plutôt que dans un état inachevé – ce serait certainement aussi puisse arriver à un maître expérimenté – non, allez à gauche à être pris la plupart des Etats. Cezanne n’est pas un maître de son art, il est incertain. Il tremble. Ses tableaux balbutient. Ce bègue a appelé son ami Zola de l’homme les plus complets en tant qu’artiste incomplètes. Incomplètes sont avec lui toutes les étapes préparatoires : simplement curieux, ce qui est donné seulement aux plus grands artistes, est devenu très brusquement et qu’il a reçu. Dans l’auto-portrait de cet homme de génie, nous trouvons une expression humaine merveilleusement fait. D’un ton beauté de cela est vrai et tourbillonne autour, autour de la tête et sur le bois du cadre, ce qui est incroyable. Et l’absence de toute attitude justifie le sens de l’émerveillement que nous avons en face de ce portrait. Dans le même temps, il ne cache pas que l’erreur dans les formulaires sont – nous ne parlons pas de l’Unfertigkeiten, nous parlons des erreurs – sur laquelle les peintres unbegabtesten et les élèves des dernières classes étaient sublime.
Une certaine ressemblance entre Cezanne et Hans von Marées (si l’on a rempli seulement pour la forme, l’autre pour la lumière a plané). Incomplètes deux artistes ; équipé d’une large mesure de génie. Ils ont vu la terre promise de la perfection à distance et que ceux qui aiment lire entre les lignes, seront satisfaits de leur travail artistique. »

 

« Revue des revues. Kunst und Künstler », La Chronique des arts et de la curiosité, supplément à la Gazette des beaux-arts, n° 27, 8 août 1903, p. 231 :

« — Kunst und Künstler 1re année, fasc. V VI). — Livraison double, consacrée en majeure partie à une intéressante exposition d’art impressionniste qui eut lieu récemment à Vienne : compte rendu par M. K. Heilbut, accompagné de 36 ill. dans le texte ou hors texte d’après Hokusai, Manet, Renoir, Cl. Monet, Sisley, Degas, C. Pissarro, Cezanne, van Gogh, Puvis de Chavannes. Maurice Denis, Vuillard, Vallotton, Liebermann. M. Slevogt, Toulouse-Lautrec, Goya, etc., et suivi de la reproduction de l’article de Zola sur Manet. »

 

Zander Herwarth, « L’art français à Berlin. La Sécession Berlinoise et les Artistes étrangers », La Nouvelle Revue, tome xxiii, 24e année, 15 août 1903, p. 545-549, Cezanne p. 546 :

« Parmi les membres qui ont exposé on remarque, en 1903 : Claus, d’Espagnat, Forain, Monet, Pissaro, Thaulow, Valloton, Meunier, Rodin. En outre, la France est encore représentée par Albert André, J.-E. Blanche, O. Bonnard, R. Canals, Paul Cezanne, Helleu, Toulouse-Lautrec, M. Vuillard, artistes depuis longtemps appréciés à Berlin. »

Mars

La Société des artistes indépendants invite Cezanne à faire partie de son conseil. Toutefois, il ne participe pas à son salon.

Marx Roger, « Le Salon des artistes indépendants », La Chronique des arts et de la curiosité, supplément à la Gazette des beaux-arts, n° 13, 28 mars 1903, p. 102-104 :

« La Société des Indépendants s’est honorée en invitant M. Cezanne à faire partie de son Conseil ; […]
Sans contredit, la méditation des vieux maîtres préconisée par Gustave Moreau, ainsi que les ouvrages de M. Cezanne, ont suggéré aux dernières générations l’amour de la forte peinture, la passion du ton riche, éclatant, posé sur la toile par larges aplats. »

2-25 avril

« Exposition d’œuvres de l’école impressionniste » à la galerie Bernheim-Jeune, comprenant le Portrait de Gustave Geffroy (FWN516-R791), un paysage et une nature morte.

Saunier Charles, « Revue artistique. Petites expositions », Revue universelle, recueil documentaire universel et illustré, n° 96, 1903, p. 530-531 :

« La galerie Bernheim a, durant ces derniers mois, donné asile à des efforts très divers. On y a vu des œuvres de Carolus-Duran, on en a vu aussi de René Seyssaud et d’Édouard Vuillard, artistes qui ne jouissent pas encore, malgré un talent réel et maintes fois prouvé, de la notoriété à laquelle ils ont droit.
Cette série de présentations fut un moment interrompue par l’heureuse réunion de près de cent tableaux et pastels signés de miss Cassatt, de Cezanne, de Degas, de Guillaumin, de Manet, de Monet, de Berthe Morizot, de Camille Pissarro, de Renoir et de Sisley. Curieuse forune que celle de ces maîtres impressionnistes ! Jadis insultés et réprouvés par les gens bien-pensants, chassés des expositions par des confrères pédants et rétrogrades, ils connaissent aujourd’hui la gloire. On les applaudit, on les copie. La peinture moderne a été renouvelée par eux. Quoiqu’ils s’en défendent, les plus routiniers, vaincus par la force de l’évidence, éclairent leur palette, cherchent des tons rares, des effets jadis honnis.
[…] Il était piquant de trouver à côté du portrait de Zola un autre portrait, de Cezanne celui-là. Personnage représenté : Gustave Geffroy [R 791]. Un Geffroy jeune, dont la figure très éclairée, encadrée par une chevelure et une barbe impérieusement noires, se découpait sur le fond multicolore d’une bibliothèque dont les livres alignés réunissaient la totalité des tons crus qui s’étaient trouvés sur la palette de Cezanne. De Cezanne encore, un paysage et, surtout, une de ces savoureuses natures mortes qui ne ressemblent à rien d’antérieur. Quelques jeunes artistes se tuent à les imiter, sans jamais arriver à la vie et à la fraîcheur qui les rendent aussi inimitables qu’un Chardin. »

 

R. M. [Roger Marx], « Petites expositions. Exposition d’impressionnistes », La Chronique des arts et de la curiosité, supplément à la Gazette des beaux-arts, n° 14, 4 avril 1903, p. 110-111, Cezanne p. 111.

« un ensemble formé de natures mortes, de paysages et de portraits atteste que jamais artiste n’atteignit mieux que M. Cezanne, à la puissance du ton luxuriant, somptueux. »

Thiébault-Sisson, « Au jour le jour. Choses d’art. Une exposition de maîtres impressionnistes », Le Temps, 43e année, n° 15274, vendredi 10 avril 1903, p. 2 :

« Une exposition de maîtres impressionnistes.
Il est superflu d’essayer aujourd’hui de démontrer que, dans la seconde moitié du dix-neuvième siècle, l’impressionnisme a été le seul mode d’interprétation de la nature vraiment logique et neuf. Pas un artiste aujourd’hui qui ne s’inspire, pour peu qu’il soit épris de lumière et que l’étude des reflets l’intéresse, des principes posés par Manet, appliqués après lui, avec une variété extrême de tendances, avec toute la diversité que comportent des tempéraments de caractères opposés, par Claude Monet, par Berthe Morizot, par Renoir, par Cezanne, par Pissaro, par Sisley. On peut discuter les travaux de tous ces maîtres, les trouver parfois inégaux, inférieurs quelquefois, dans la réalisation, à l’idéal qu’ils se proposent d’atteindre ; on ne peut discuter la portée de leur effort. »
Quant à l’impression qui se dégage de leurs œuvres, elle est de plus en plus saisissante. Le temps, qui harmonise tout, a mis au point les violences de tons, assourdi ou enveloppé les lumières, et ce qui parut jadis aveuglant reste fort, mais n’a rien aujourd’hui de heurté. On se fait à tout, d’ailleurs, et notre œil s’est accommodé, depuis qu’on fait partout du plein air, à des notes qui nous choquaient autrefois, par cela seul qu’elles étaient inédites. On verra donc, avec autant de plaisir que de curiosité, l’exposition d’ensemble des maîtres impressionnistes qui vient de s’ouvrir, rue Laffitte, dans la galerie Bernheim jeune. On la verra avec d’autant plus de satisfaction qu’elle remet sous nos yeux, en même temps que des œuvres secondaires, d’incomparables morceaux le Portrait d’Émile Zola, par Manet ; le Jardin fleuri, de Renoir ; la Vue de Hollande, de Monet ; le Hampton-Court, l’Argenteuil et le Marly de Sisley. »

 

Alexandre Arsène, Le Figaro, 49e année, 3e série, n° 100, vendredi 10 avril 1903, p. 5 :

« LA VIE ARTISTIQUE
Petites expositions
[…] Exposition d’impressionnistes. — Après l’admirable exposition d’Eugène Carrière, la galerie Bernheim a eu l’heureuse idée de montrer au public un choix des plus remarquables de tous les maîtres impressionnistes. Ils sont représentés, et c’est ce qui fait le grand intérêt de cette belle exposition, par des œuvres presque toutes inconnues, ou du moins n’ayant figuré dans aucune exposition.
Il y a là quelques têtes de Degas, deux ou trois morceaux de Renoir, tout à fait incomparables. Monet, Sisley, Pissarro sont également là avec des notes de choix ; Monet, de plus, par une grande peinture d’une femme en robe japonaise, morceau à tout le moins très curieux.
De Manet, il y a un chef-d’œuvre, le Portrait d’Émile Zola.
Enfin. Cezanne a un superbe panneau : natures mortes, Portrait de Gustave Geffroy [FWN516-R791], etc.
C’est donc une des expositions vraiment sensationnelles de la saison. »

 

Schmidt Karl Eugen, « Pariser Brief », Kunstchrom, n° 28, 5 juin 1903, p. 444-448.

 

Vollard Ambroise, Souvenirs d’un marchand de tableaux, Paris, éditions Albin Michel, 1937, 447 pages, p. 94 :

« Un jour, j’allai voir M. Gustave Geffroy :
— À propos, Vollard, me dit-il, qu’est-ce que valent mes Cezanne aujourd’hui ?
— Eh bien, celui-là que vous avez payé, il y a cinq ou six ans, trois cents francs, vaut bien dans les trois mille francs…
— Vraiment ?
Je continuai mon inventaire.
— Au total, ça fait trente-cinq mille francs ; bien entendu sans votre portrait… [FWN516-R791] Si vous êtes disposé à vendre, je suis preneur.
— Vendre mes Cezanne ! Cette seule pensée me déchire le cœur !
— Enfin, lui dis-je, si un jour vous vous décidez, donnez-moi la préférence.
Il semblait souffrir réellement.
— Vous êtes marchand, gémit-il. Vous ne voyez qu’une chose ; acheter pour revendre ! Moi, on m’offrirait un sac plein d’or…
Quelque temps après, un de mes confrères [Bernheim-Jeune] entendit parler des Cezanne que possédait Geffroy. Pour enlever l’affaire, il envoya chez lui un homme du monde, du vrai monde ; un prince ! [le prince de Wagram ?]
Avec la familiarité condescendante des grands seigneurs, celui-ci demanda à Geffroy s’il ne voudrait pas lui vendre ses tableaux. L’écrivain, que son républicanisme intransigeant n’empêchait pas d’être ébloui par la vue d’une altesse, lui énonça, en balbutiant, le prix de trente-cinq mille francs que je lui avais indiqué. L’affaire conclue, dans son trouble, Geffroy laissa partir, en plus, le plus important de ses Cezanne, ce portrait que je n’avais pas compris dans mon estimation. »

15 avril

Wynford Dewhurst publie dans The Studio (Londres) un article sur l’impressionnisme qui mentionne Cezanne.

Dewhurst Wynford, « Impressionist painting, its genesis and development », The Studio. An Illustrated Magazine of Fine & Applied Art, volume 28, n° 121, 15 avril 1903, p. 159-168, Cezanne p. 168, traduction « La peinture impressionniste. Son origine et son développent (premier article) » p. 35-38, Cezanne p. 37, reproduction de R 275 p. 167 et de R 337 p. 168. Repris dans Dewhurst Wynford, « II Jongkind, Boudin and Cezanne », Impressionist painting, its genesis and development, Londres, Georges Newnes Limited, 1904, 127 pages, Cezanne p. 15-16.

« Boudin’s friend Cezanne was one of the pioneers of the movement in France, a frequenter of the Café Guerbois and particular friend of Monet’s, with whom he often worked A painter by instinct, untrained and unequal, his best work is to be found in his “still life,” yet often his cups do not stand in their saucers, and his bottles are occasionally intoxicated. It is probable that the incorrect drawing of this artist has called down upon the whole group of impressionists the reproach of carelessness in one of the first essentials of art. »
Traduction :
« Cezanne, l’ami de Boudin, l’habitué du café Guerbois, l’ami intime de Monet, avec qui il travailla souvent, fut un des chefs du mouvement en France.
Peintre d’instinct, sans éducation et inégal, ses meilleurs tableaux sont des natures-mortes, et encore ses tasses ne tiennent-elles pas toujours dans leurs soucoupes et ses bouteilles titubent-elles quelquefois.
Il est probable que l’incorrection de dessin de cet artiste a valu à tout le groupe impressionniste le reproche de négligence dans une des parties essentielles de l’art. »

20 avril

Maurice Fabre écrit à Gustave Fayet :

« Mon avis, le voici : as-tu quelques billets qui te gênent ? Oui ; Eh ! Bien va chez Vollard et prends un beau Cezanne ; il en a encore (ce ne sont pas ceux de la vente Lola !), et laisse les esquisses de Delacroix de côté. […] Oui Cezanne est un grand peintre ! Je le soutiendrai en face de la Sierra Nevada ! »

Lettre de Maurice Fabre, Paris, à Gustave Fayet, 20 avril 1903 ; archives privées, lettre inédite ; Rougeot Magali, Gustave Fayet (1865-1925). Itinéraire d’un artiste collectionneur, thèse de doctorat d’histoire de l’art, Université Paris X Nanterre, École du Louvre, 2011, volume I « Texte », 526 pages, p. 96 et note 351.

24 avril

Redon écrit à Bonger :

« Nous voici rentrés : nous étions à la campagne pour les vacances d’Arï [son fils] et aussi pour moi qui fus frappé d’une affreuse influenza, j’étais sans force, et me voilà rétabli occupé de vous : j’allais hier chez Durand-Ruel où tout est rendu ; le Tapis rouge restauré, le Lilas blanc réencadré selon votre goût, vos deux Cezanne y sont aussi ».

Lettre de Redon, Paris, à A. Bonger, 24 avril 1903 ; Lévy Suzy (édition établie par), Lettres inédites d’Odilon Redon à Bonger, Jourdain, Viñes…, avant-propos de Michel Guiomar, Paris, Librairie José Corti, 1987, 295 pages, lettre 27 p. 94.

8 mai

Mort de Gauguin à Hiva Oa (îles Marquises).

Maud P.-L. [Maurice Denis], « L’influence de Paul Gauguin », L’Occident, n° 23, octobre 1903, p. 160-164 ; repris par Denis Maurice : « Exposition François Vernay », Théories, du symbolisme et de Gauguin vers un nouvel ordre classique, 1890-1910, Paris, Bibliothèque de l’Occident, 1913, 278 pages, p. 166-171, Cezanne p. 167, 168, 170 :

« — la boutique du père Tanguy, rue Clauzel, où nous découvrîmes, avec quel émoi, Paul Cezanne. […]
Mais l’idéal impressionniste était loin d’être périmé, à cette date déjà lointaine. On pouvait vivre de l’acquit d’un Renoir ou d’un Degas. Il [Gauguin] nous le transmettait, grevé déjà des emprunts qu’il avait faits lui-même à la tradition classique et à Cezanne. Il nous révélait l’œuvre de Cezanne non pas comme celle d’un indépendant de génie, d’un irrégulier de l’école de Manet, mais comme ce qu’elle est réellement, l’aboutissement d’un long effort, le résultat nécessaire d’une grande crise. […]
Sa facture probe, homogène, souple et large, qu’il [Gauguin] tenait évidemment de Cezanne, était aussi éloignée du pointillisme scientifique que des truquages vernissés des premiers élèves de Moreau. »

Peu avant de mourir, Gauguin, dans Avant et Après, daté « Marquises. Atuana janvier, février 1903 », évoque quelques tableaux de Cezanne :

« La vidanges [FWN595-TA-R140], le vin à quatre sous, la maison du pendu [FWN81-R202]. Impossible à décrire — Faites mieux, allez les voir. D’un compotier les raisins mûrs dépassent la bordure : sur le linge les pommes vert pomme et celles rouge prune se marient — Les blancs sont bleus et les bleus sont blancs [Nature morte au compotier FWN780-R418] — Un sacré peintre que ce Cézane.
Avec un camarade devenu célèbre il se rencontre en se croisant sur le pont des Arts. « Tiens, Cézane, où vas-tu ? — Comme tu vois, je vais à Montmartre et toi à l’Institut. »
[…]Cezanne peint rutilant paysage fonds d’outremer, verts pesants, ocres qui chatoient ; les arbres s’alignent, les branches s’entrelacent, laissant cependant voir la maison de son ami Zola aux volets vermillon qu’orangent les chromes qui scintillent sur la chaux des murs. Les véronèses qui pétardent signalent la verdure raffinée du jardin, et en contraste le son grave des orties violacées au premier plan, orchestre le simple poème. C’est à Médan [FWN149-R437].

Prétentieux, le passant épouvanté regarde ce qu’il pense être un pitoyable gâchis d’amateur et souriant professeur il dit à Cezanne : « Vous faites de la peinture. »
— Assurément, mais si peu…
— Oh ! je vois bien : tenez, je suis un ancien élève de Corot et si vous voulez me permettre avec quelques habiles touches je vais vous remettre tout cela en place. Les valeurs, les valeurs… il n’y a que ça. »
Et le vandale impudemment étale sur la rutilante toile quelques sottises. Les gris sales couvrent les soieries orientales.
Cezanne s’écrie : « Monsieur vous avez de la chance, et faisant un portrait vous devez sans doute mettre les luisants sur le bout du nez, comme sur un bâton de chaise. »
Cezanne reprend sa palette, gratte avec le couteau toutes les saletés du monsieur.
Et après un temps de silence, il lance un formidable pet, se retourne vers le monsieur, disant : « Hein ! » ça soulage. »

Gauguin P.[aul], Avant et après, 1903, manuscrit, p. 31 et 191.

18-19 mai

Vente de la collection d’Arsène Alexandre, dont un tableau de CezanneLa Tentation de saint Antoine (FWN650-R300), pour 800 francs.

Catalogue des tableaux modernes, aquarelles, pastels, sculptures, objets d’art, composant la collection de M. Arsène Alexandre et dont la vente aura lieu à Paris, galerie Georges Petit, 8, rue de Sèze, 8, les lundi 18 et mardi 19 mai 1903, à deux heures, commissaire-priseur Me Paul Chevallier, expert M. Georges Petit, 66 pages, 208 numéros, Cezanne p. 14. :

« CEZANNE
8 — La Tentation de saint Antoine.
Une tentatrice se dresse nue devant l’ermite ; un diable à manteau rouge la lui montre du geste ; à l’entour, folâtrent de petits génies ; à terre, une bourse.
Peinture d’une riche harmonie en bleu et vert, et un des types les plus expressifs parmi les compositions d’imagination de Paul Cezanne.
Toile. Haut., 46 cent. ; larg., 55 cent. »

 

« Échos. À travers Paris », Le Figaro, 49e année, 3e série, n° 34, jeudi 14 mai 1903, p. 1 :

« L’exposition de la collection Arsène Alexandre, qui s’ouvrira après-demain, à la galerie Georges Petit, va certainement conquérir bien des amateurs aux tendances modernes, qui parfois les trouvaient réfractaires. En effet, à côté d’une très abondante série d’œuvres de Daumier, d’une peinture et d’un dessin d’Ingres, de très curieux tableaux du regretté Norbert Goeneutte, de très belles œuvres de Besnard, Puvis de Chavannes, Fantin-Latour, Pissarro, Albert Lebourg, Cazin, Forain, Raffaëlli, Boudin, Cals, Renoir, G. Colin, Dannat, Jongkind, on y verra des pages d’un art exquis d’Anquetin, Bonnard, Cezanne, Cordey, Maurice Denis, Helleu, Lobre, Maufra, Maurin, Seurat, Seyssaud, Signac, Toulouse-Lautrec, Vuillard, Rivière, Ten Cate, etc. Au chapitre de la sculpture et des objets d’art, on relève, avec des œuvres de tout premier ordre, les noms de Rodin, Carriès, Carabin, Baffier, Bartholomé, Chaplet, Bigot, Delaherche et Dalpayrat. Rappelons que la vente occupera deux journées d’enchères, fixées aux 18 et 19 mai. »

 

« Les grandes ventes. Collection Arsène Alexandre », Le Figaro, 49e année, 3e série, n° 139, mardi 19 mai 1903, p. 4 :

« LES GRANDES VENTES
COLLECTION ARSÈNE ALEXANDRE
On trouvera, dans les prix qui vont suivre, quelques indications précieuses dont les amateurs feront bien de faire leur profit. Quelques artistes sortent enfin, avec des enchères qui établissent que le succès leur est désormais acquis. C’est ainsi qu’une très belle œuvre de Albert Lebourg, la Seine à Paris, au pont Notre-Dame, va, entrer à Carnavalet. Il s’agit là d’un coin de Paris, dont l’ancienne physionomie se modifie, et il faut louer le conservateur du musée d’avoir tenu à en retenir l’image pour ses collections.
Voici les enchères principales de la vacation, qui a donné 112,200 francs :
Tableaux : […] Cezanne, La Tentation de saint Antoine, 800 fr. ; »

 

Pert. Alex., « Écho des ventes », Journal des débats politiques et littéraires, 115e année, n° 139, mercredi 20 mai 1903, p. 3 :

« N° 8, Cezanne, la Tentation de saint Antoine, 800 fr. »

4 juin

Vente à l’hôtel Drouot d’œuvres offertes par des artistes, dont Cezanne, au profit de Victor Vignon, dont l’état de santé ne lui permet plus de travailler.

Vente au profit du peintre Vignon, œuvres offertes par les artistes et par quelques amateurs, dont la vente aura lieu à Paris, hôtel Drouot, salle n° 11, le jeudi 4 juin 1903, à 3 heures précises, commissaire-priseur : Me Paul Chevallier, experts : MM. Bernheim Jeune & fils, MM. Durand-Ruel & fils, exposition publique le mercredi 3 juin 1903 de 1 h 1/2 à 5 h 1/2.

 

« Paris au jour le jour. Vente au profit d’un artiste », Le Figaro, 49e année, 3e série, n° 5, dimanche 31 mai 903, p. 4 :

« Vente au profit d’un artiste. — On sait que le peintre Victor Vignon est dans un état de santé qui ne lui permet plus de travailler.
Sur l’initiative de quelques amateurs aidés dans leur tâche par MM. Durand-Ruel et Bernheim jeune, les dévoués experts, une vente au profit de l’excellent paysagiste aura lieu le 4 juin à l’hôtel Drouot. Citons, parmi les œuvres offertes par les artistes et amateurs, celles de Fantin-Latour, Claude Monet, Pissarro, Lebourg, Cezanne, Raffaëlli, Renoir, Vuillard, Richet, Ten Cate, Carrière, Bouché, Maufra, Besnard, Forain, Roll, Lhermitte, Vidal, Petitjean, Luce.
L’exposition aura lieu le 3 juin, et le lendemain 4, le marteau de M. Chevalier dispersera aux enchères ces œuvres d’art dont plusieurs sont fort importantes. »

 

« Le monde. La bienfaisance », Gil Blas, 25e année, n° 8098, lundi 1er juin 1903, p. 2 :

« La bienfaisance :
On sait que le peintre Victor Vignon est dans un état de santé qui ne lui permet plus de travailler.
Sur l’initiative de quelques amateurs aidés dans leur tâche, par MM. Durand-Ruel et Bernheim-Jeune, les dévoués experts, une vente au profit de l’excellent paysagiste aura lieu le 4 juin à l’hôtel Drouot. Citons parmi les œuvres offertes par les artistes et amateurs, celles de Fantin-Latour, Claude Monet, Pissarro, Lebourg, Cezanne, Raffaëlli, Renoir, Vuillard, Richet, Ten-Cate, Carrière, Bouché, Maufra, Besnard, Forain, Roll, Lhermitte. Vidal. Petit Jean.
L’exposition aura lieu le 3 juin et le lendemain 4, le marteau de M. Chevallier dispersera aux enchères ces œuvres d’art dont plusieurs sont fort importantes. »

 

« Informations diverses », Le Temps, 43e année, n° 15327, mardi 2 juin 1903, p. 3 :

« — On sait que le peintre Victor Vignon est dans un état de santé qui ne lui permet plus de travailler.
Sur l’initiative de quelques amateurs aidés dans leur tâche par MM. Durand-Ruel et Bernheim-Jeune, les dévoués experts, une vente au profit de l’excellent paysagiste aura lieu, le 4 juin, à l’hôtel Drouot. Citons parmi les œuvres offertes par les artistes et amateurs celles de Fantin-Latour, Claude Monet, Pissarro, Lebourg, Cezanne, Raffaëlli, Renoir, Vuillard, Richet, Ten-Cate, Carrière, Bouché, Maufra, Besnard, Forain, Roll, Lhermitte, Vidal, Petit-Jean.
L’exposition aura lieu le 3 juin et, le lendemain 4, le marteau de M. Chevallier dispersera aux enchères ces œuvres d’art dont plusieurs sont fort importantes. »

25 juin

Cezanne remercie Joachim Gasquet de l’envoi de sa dernière publication, Les Chants séculaires.

« Aix, 25 juin 1903.
Mon cher Gasquet,
Je n’avais pas votre adresse 1 ce qui explique le retard apporté à vous remercier de votre très sympathique envoi. Votre père s’est chargé de me la donner. Je n’ai pu jusqu’ici que feuilleter votre poème.
Le titre de jeune maître vous est acquis : par jeune je veux dire chargé de peu d’années et prêt au bon combat qui est en train de se livrer.
Le mouvement d’art que Louis Bertrand a si bien caractérisé dans sa belle préface qui précède les Chants séculaires est déterminé. Marchez et vous continuerez à frayer à l’Art une nouvelle voie conduisant au Capitole.
Votre bien dévoué compatriote et admirateur,
Paul Cezanne »

  1. Les rapports entre Cezanne et Gasquet s’étaient de toute évidence relâchés. Cependant le poète continua d’envoyer au peintre ses publications, comme Les Chants séculaires, parus en 1903.
Lettre de Cezanne à J. Gasquet, 25 juin 1903 ; Rewald John, Paul Cezanne, correspondance, Paris, Grasset, 1978, 346 pages, p. 294-295.
Gasquet Joachim, Les Chants séculaires (préface de Louis Bertrand), Paris, Société d’éditions littéraires et artistiques, Librairie Paul Ollendorff, 1903, 285 pages.

11 juillet

Lettre de Cezanne à Mirbeau :

« Aix, 11 Juillet 1903,
Mon cher Mirbeau,
Je viens de recevoir une lettre de mon fils, qui m’a mis au courant de l’intérêt que vous me portez. Votre point d’appui moral m’est trop précieux pour que je ne vous en remercie.
Je continue à chercher à développer par le dessein et la couleur l’idée d’art que je crois avoir.
Il me sera sans doute donné malgré mon âge avancé de vous revoir, et ce sera une grande joie pour moi de pouvoir causer avec vous de cette de la donnée d’art, qui préoccupe tant de bons esprits,
Veuillez me croire bien cordialement à vous agréer mes bien cordiales salutations,
Paul Cezanne »

Lettre de Cezanne à Mirbeau, datée « Aix, 11 Juillet 1903 » ; vente Autographen Auktion J. A. Stargardt, Berlin, 21-22 mars 2006, n° 648, lettre reproduite.
Lebensztejn Jean-Claude, Paul Cezanne. Cinquante-trois lettres, Paris, L’Échoppe, 2011, 96 pages, p. 62.
Pierre Michel, « Cezanne et Mirbeau. Une lettre inédite de Cezanne à Mirbeau », Cahiers Octave Mirbeau, n° 14, Angers, 2007, p. 228-235.

23 juillet

Maurice Fabre écrit à Gustave Fayet :

« Après l’avoir découvert en Espagne, tu as de nouveau découvert Cezanne au Jas Bouffan. Quand le découvriras-tu dans Cezanne lui-même ? Tu sais que nous avons une vielle querelle à liquider à ce sujet. »

Lettre de Maurice Fabre, Bagnères, à Gustave Fayet, 23 juillet 1903 ; archives privées, lettre inédite ; Rougeot Magali, Gustave Fayet (1865-1925). Itinéraire d’un artiste collectionneur, thèse de doctorat d’histoire de l’art, Université Paris X Nanterre, École du Louvre, 2011, volume I « Texte », 526 pages, p. 96, 151, et notes 352, 566.

26 août

Gustave Fayet écrit à George-Daniel de Monfreid :

« Fabre est venu me voir ici ; il avait hâte de voir mon atelier. Il est tombé en extase devant le panneau de Cezanne. Il est certain que Cezanne est un génie. Si comme l’a dit Pissarro, comme nous le pensions, la peinture c’est tout simplement un panier de pomme au coin d’une table, Cezanne est un des plus grands peintres. »

Lettre de Gustave Fayet, Béziers, à George-Daniel de Monfreid, 26 août 1903 ; Saint-Germain-en-Laye, archives du musée du Prieuré-Maurice-Denis ; Rougeot Magali, Gustave Fayet (1865-1925). Itinéraire d’un artiste collectionneur, thèse de doctorat d’histoire de l’art, Université Paris X Nanterre, École du Louvre, 2011, volume I « Texte », 526 pages, p. 97, et note 354.

Septembre

Publication d’un livre de Camille Mauclair L’Impressionnisme, son histoire, son esthétique, ses maîtres qui classe Cezanne parmi les peintres secondaires de l’impressionnisme.

Mauclair Camille, L’Impressionnisme, son histoire, son esthétique, ses maîtres, Paris, Librairie de l’Art ancien et moderne, 1904, 238 pages, p. 151-152 :

« VII
Les artistes secondaires de l’impressionnisme, Camille Pissarro, Alfred Sisley, Paul Cezanne, Berthe Morisot, Miss Mary Cassatt, Gustave Caillebotte, Albert Lebourg, Eugène Boudin.
[…] Paul Cezanne (1), inconnu du public, est apprécié par un petit groupe d’amateurs. C’est un artiste qui vit en Provence, loin de tout : il passe pour avoir servi de modèle au peintre impressionniste Claude Lantier étudié par Émile Zola dans le célèbre roman L’Œuvre. Cezanne a peint des paysages, des scènes paysannes et des natures mortes. Ses figures sont gauches et d’une couleur brutale et inharmonieuse, mais ses paysages valent par une robuste simplicité de vision. Ce sont presque des tableaux de primitif, et ils sont aimés des jeunes impressionnistes à cause de leur exclusion de tout ce qui est habile : on trouve un charme de simplicité rude et de sincérité à ces œuvres où Cezanne emploie juste ce qui est indispensable à rendre son désir. Les natures mortes surtout sont intéressantes par l’éclat net de leurs couleurs, par la franchise des tonalités, par l’originalité de certaines nuances analogues à celles de la faïence ancienne. Cezanne est un peintre sans adresse, consciencieux, qui s’attache intensément à rendre ce qu’il voit, et qui a quelquefois trouvé la beauté dans cette forte et tenace attention. Il fait plutôt penser à un vieil artisan gothique qu’à un moderne, et il est reposant à voir comme contraste à l’étourdissante virtuosité de tant de peintres.
(1) Né en 1839. »
Tableau de Cezanne reproduit : « Portrait d’homme » [FWN435-R219].

2 septembre

Lucien Pissarro écrit à son père :

« La Légende que les maîtres impressionnistes sont Manet, Monnet, Renoir et Degas, continue et les petits maîtres, Sisley, toi, Cezanne, Guillaumin, Caillebotte, Gauguin et certain jeune sont classés au second rang — Je lisais cela dans une traduction anglaise d’un livre de Camille Mauclair— c’est sans doute le résultat du premier lancement de Durand-Ruel et cela explique que les gens comme Dewhurst emboite le pas —. »

Lettre de Lucien Pissarro à son père, 2 Sept 03 ; Thorold Anne (édité par), The Letters of Lucien to Camille Pissarro 1883-1903, Cambridge, Cambridge University Press, 1993, 796 pages, p. 776-777.
Mauclair, Camille, The French Impressionists, Londres, Duckworth & Co., 1903.

5 septembre

Cezanne travaille à une toile qu’il veut présenter au salon des Artistes français. Par dérision, il signe sa lettre adressée à Gasquet : « P. Cezanne bête noire de Roujon » (le directeur des Beaux-arts).

« Aix, 5 septembre 1903.
Mon cher Gasquet,
Je viens d’apprendre que vous m’avez honoré de votre visite, rue Boulegon. Je vais vous exposer ma situation : je dois travailler six mois encore à la toile que j’ai commencée ; elle ira chercher au Salon des Artistes français le sort qui lui est réservé 1. — D’ici là, je trouverai un jour où j’irai vous serrer les mains. Si je retarde à vous faire visite, la cause en est à la situation inextricable d’où je grille de sortir. C’est dix mille ou rien qu’il me faut, ou bien je dois, comme Bourdelet [?] et les crétins avec lesquels il fait commerce, inspecter les rues, savoir quelle est la malheureuse qui fit un enfant avant de passer par la mairie, et vous comprenez quel joli niveau intellectuel 2.
Mes respects à Madame Gasquet, et à vous une bien cordiale poignée de main.
P. Cezanne,
bête noire de Roujon. »

  1. L’envoi de Cezanne sera refusé une fois de plus.
  2. Ces phrases, destinées à expliquer pourquoi Cezanne n’était pas encore venu à « Font Laure », paraissent obscures.
 Lettre de Cezanne à J. Gasquet, 5 septembre 1903 ; Rewald John, Paul Cezanne, correspondance, Paris, Grasset, 1978, 346 pages, p. 295.

13 septembre

Il conseille à Camoin d’étudier les maîtres du Louvre, et surtout de travailler au contact de la nature : « Après avoir vu les grands maîtres qui y reposent, il faut se hâter d’en sortir et vivifier en soi au contact de la nature, les instincts, les sensations d’art qui résident en nous. » Il lui demande de transmettre son bon souvenir à Monet.

Sa femme et son fils sont partis à Fontainebleau.

« Après avoir vu les grands maîtres qui y reposent, il faut se hâter d’en sortir et vivifier en soi au contact de la nature, les instincts, les sensations d’art qui résident en nous. » Il lui demande de transmettre son bon souvenir à Monet.
Sa femme et son fils sont partis à Fontainebleau.
« Aix, 13 septembre 1903.
Cher Monsieur Camoin,
Je suis heureux de recevoir de vos nouvelles, et vous félicite d’être libre de vous livrer entièrement à l’étude.
Je croyais vous avoir dit en causant que Monet habitait Giverny ; je souhaite que l’influence artistique que ce maître ne peut manquer d’exercer sur l’entourage plus ou moins direct qui l’environne, se fasse sentir dans la mesure strictement nécessaire qu’elle peut et doit avoir sur un artiste jeune et bien disposé au travail. Couture disait à ses élèves : Ayez de bonnes fréquentations, soit : Allez au Louvre. Mais après avoir vu les grands maîtres qui y reposent, il faut se hâter d’en sortir et vivifier en soi, au contact de la nature, les instincts, les sensations d’art qui résident en nous. Je regrette de ne pouvoir me trouver avec vous. L’âge serait peu, si d’autres considérations ne m’empêchaient de quitter Aix. J’espère néanmoins que j’aurai un jour le plaisir de vous revoir. Larguier est à Paris. Mon fils est à Fontainebleau avec sa mère.
Que dois-je vous souhaiter : de bonnes études en présence de la Nature, c’est ce qu’il y a de mieux.
Si vous rencontriez le maître que tous deux [nous] admirons, rappelez-moi à son bon souvenir.
Il n’aime pas beaucoup, je crois, à ce qu’on l’embête, mais en faveur de la sincérité peut-être se détendrait-il un peu.
Croyez-moi bien cordialement à vous.
Paul Cezanne »

Lettre de Cezanne à Camoin, 13 septembre 1903 ; Rewald John, Paul Cezanne, correspondance, Paris, Grasset, 1978, 346 pages, p. 296.

25 septembre

Il félicite Aurenche pour la naissance de son fils : « Vous allez comprendre quelle assiette il va apporter dans votre vie. »

« Aix, 25 septembre 1903.
Cher Monsieur Aurenche,
Je suis très heureux d’apprendre la naissance de votre fils, vous allez comprendre quelle assiette il va apporter dans votre vie.
Paul, qui est à Fontainebleau, se chargera à son retour de vous porter de vive voix mes compliments, je ne vous dirai pas quand ; mais je travaille opiniâtrement, et si le soleil d’Austerlitz de la peinture brillait pour moi, nous irions en chœur vous serrer la main.
Veuillez faire agréer par Madame Aurenche mes félicitations et mes salutations les plus respectueuses.
P. Cezanne. »

Lettre de Cezanne à Aurenche, 25 septembre 1903 ; Rewald John, Paul Cezanne, correspondance, Paris, Grasset, 1978, 346 pages, p. 297.

31 octobre – 6 décembre

Bien que son nom ne figure pas au catalogue, Cezanne expose au premier Salon d’automne, au rez-de-chaussée du Petit Palais, trois tableaux : des joueurs de cartes, un paysage et une nature morte (d’après l’article de Saunier).
Il a même accepté de faire partie du jury.

Revue de presse :

Vauxcelles Louis, « Le Salon d’automne », Gil Blas, 25e année, n° 8808, samedi 19 septembre 1903, p. 1-2 :

« Frantz Jourdain, l’âme de ce Salon, l’infatigable défenseur des Indépendants, me disait ce matin : « Nous espérions le premier étage. Mais, hélas, la Ville y a installé le legs Dutuit, et nous devons nous contenter des salles d’en bas. Seront-elles assez claires, par les journées courtes et brumeuses de novembre ? » Souhaitons-le.
La caractéristique de ce Salon est le mécanisme du jury. Point de Comité d’artistes groupés en coterie, en petites chapelles, où les tenants de la « peinture claire » honnissent la « bande noire » et vice-versa. Point de récompenses ni de décorations. Un jury composé, aux quatre cinquièmes, d’artistes professionnels, et, pour un cinquième, d’amateurs sagaces, de critiques d’art, de collectionneurs classés. Besnard et Carrière sont présidents d’honneur. Les critiques-jurés sont, outre Frantz Jourdain, Yvanhoé Rambosson qui, le premier, avec quelques écrivains du Mercure de France, conçut l’idée du Salon d’automne, Armand Dayot, Gustave Geffroy, Roger Marx, Arsène Alexandre, de Fourcaud. À ces noms estimés, joignons celui de Huysmans (le Huysmans de Certains, et non de la Cathédrale).
[…] Paul Cezanne, le sauvage initiateur, le précurseur de Van Gogh et du pauvre Gauguin, accepte de faire partie du jury. Monet s’abstient : Le Claude lorrain de Giverny, on le sait, n’expose jamais ; Signac, farouche, a refusé « parce qu’il y a un jury… »
[…] Chaque sociétaire a droit d’envoyer trois toiles : une, reçue de droit, et deux — fût-on Besnard ou Henri Martin — qui passeront démocratiquement devant le jury. La place la plus large, l’accueil le mieux fraternel, seront réservés aux vrais jeunes, les Bussy, les Martel, les Milcendeau, les Francis Jourdain, les Minarts… »

 

Charles Etienne, « Le Salon d’automne », La Liberté, 17 octobre 1903.
Alexandre Arsène, « Le Salon d’automne », Le Figaro, 49e année, 3e série, n° 304, samedi 31 octobre 1903, p. 3.

« Dans la catégorie, plus particulièrement, des Indépendants, une société qui a su grouper toute une série d’œuvres de Gauguin, Cezanne, Bonnard, Vuillard, Milcendeau, Lebasque, Flandrin, Laprade, Valloton, Diriks, Moret, O’Conor, Chamaillard, Dezaunay, Mmes Marval, Marie Bermond, Séailles, vaut certainement l’attention et l’encouragement de ceux qui s’intéressent au jeune mouvement. Le tableau de Mme Marval, Coquettes, est, entre autres, une chose pleine d’art, ainsi que le grand pastel de Mme Bermond. »

 

Ed. S. [Édouard Sarradin], « Le Salon d’automne », Journal des débats politiques et littéraires, 115e année, n° 302, samedi 31 octobre 1903, p. 2 :

« On a réuni quelques œuvres de Gauguin qui nous donneront l’occasion de parler un peu de cet artiste. Des œuvres aussi de Guillaumin et de Cezanne. »

 

Morot F.-George, La Presse, 10e année, nouvelle série, n° 4171, samedi 31 octobre 1903, p. 3. :

« MM. Gauguin ― un maître de l’école moderne, mort récemment ― Maufra, Cezanne, Moret, Dezaunay, Auburtin, Adolphe Albert, Henri Laurent, ont prodigué les plus rutilantes couleurs, les verts les plus acides, les bleus les plus crus, et arrivent quelques fois à donner une violente impression, qui n’est pas toujours agréable, ni sincèrement provoquée. On en veut à ces artistes de vouloir nous épater. Ne leur en veuillons pas trop, cependant : il fait si noir ! »

 

Dayot Armand, « La vie artistique. Le Salon d’automne (suite et fin) », Gil Blas, 4 novembre 1903.
R. M. [Roger Marx] : « Le Salon d’automne », La Chronique des arts et de la curiositésupplément à la Gazette des beaux-arts, n° 34, 7 novembre 1903 ; p. 283-285, Cezanne p. 283 :

« Parmi les fondateurs de l’école du plein air sont seuls présents, au Petit Palais, le maître peintre Cezanne, auquel Zola dédiait son Salon de 1866, et Armand Guillaumin ; »

 

« Choses d’art. Paul Gauguin au Salon d’automne et à la galerie Vollard », Journal des débats politiques et littéraires, 115e année, n° 315, vendredi 13 novembre 1903, p. 3 :

« Revenu à Paris [Gauguin], il se marie et trouve, dans une banque espagnole, un emploi très lucratif qu’il garde plusieurs années durant lesquelles il fait de la peinture le dimanche. Il rencontre alors des artistes comme Degas, Cezanne, Renoir, Pissarro, Guillaumin.
M. Charles Morice écrit : « les quatre artistes qu’il aima le plus, parmi ses contemporains et ses amis, sont certainement Puvis de Chavannes, Degas, Odilon Redon et Cezanne ». Nous avons vu certains dessins de Gauguin, où le souvenir de M. Degas apparait très nettement, et des paysages où l’on retrouve la manière simplificatrice de M. Cezanne : Mais il avait étudié Manet, de qui il copia l’Olympia, et il a regardé beaucoup les Japonais.
Cependant, il a déclaré : « Tout ce que j’ai appris des autres m’a gêné. Je peux donc dire personne ne m’a rien appris. Il est vrai que je sais si peu de chose ! Mais j’aime ce peu de chose qui est de moi-même. Et qui sait si ce peu de chose, exploité par d’autres, ne deviendra pas une grand-chose ? »

 

Schmidt Karl Eugen, « Der Pariser Herbstsalon », Kunstchronik Wochenschrift für Kunst und Kunstgewerbe, 15e année, n° 6, 27 novembre 1903, p. 97-101, Cezanne p. 99 :

« Dieser vor wenigen Monaten auf einer Südseeinsel verstorbene Künstler war seinerzeit in Paris nicht weniger genannt, als Sisley, Pizarro, Claude Monet und Cezanne. Er hat besonders mit Cezanne große Ähnlichkeit, erinnert aber hier und da auch an Lucien Simon. […] Die Veranstalter des Herbstsalons haben einige seiner Südseebilder in ihrer Ausstellung vereinigt, fast lauter Sachen, die heute weder etwas Neues sagen noch zu bezonderer Bewunderung aufregen. »
Traduction :
« Il y a quelques mois cet artiste, décédé sur une île des mers du Sud, qui à l’époque n’était pas moins connu à Paris que Sisley, Pizarro, Claude Monet et Cezanne. Il présentait une ressemblance particulièrement grande avec Cezanne, mais il rappelle ici-et-là Lucien Simon. […] Les organisateurs du salon d’automne ont placé certains de ses tableaux des mers du Sud dans leur exposition, les choses presque forts qu’aujourd’hui ni quelque chose de nouveau à dire bouleversé trop spéciale admiration. »

 

Fagus Félicien, « Art et critique. I – Le Salon d’automne », La Plume, n° 351, 1er décembre 1903, p. 602-606, Cezanne p. 603  :

« Ici, la présence d’ouvrages de Gauguin, Carrière, Lepère, Maufra, Charles Guérin, Vuillard, Cezanne, Iturrino, Besnard, Chéret, Rodin même (interprété, tour de force, par des bois de J.-L. Perrichon) témoigne, pour citer les seules « vedettes » de l’ambition de bien faire là haut reconnue. »

 

Goldberg Mécislas, « Les Peintres du Salon d’automne », La Plume, n° 352, 15 décembre 1903, p. 646-650, Cezanne p. 646-647 :

« Le Salon d’Automne, malgré ses abstentions des chefs de file de l’impressionnisme et du pointillisme, présente des échantillons suffisants de ces deux tendances. Cependant, ce qui domine et qui donne un caractère à l’exposition, c’est la méthode de Cezanne et de Gauguin.
On voit, par ci, par là autre chose, mais l’âme de ce Salon, c’est la peinture par masse qui paraît remplacer chez les ouvriers en peinture les excès de pointillisme, et l’exquise nervosité de l’impressionnisme. Au lieu des nuances multiples multipliées à l’infini, de l’analyse ténue et de la couleur, apparaît une vision picturale, pesante, à taches uniformes, définies, sans fusion. On dirait que les peintres voient en sculpteurs, par surface, l’enveloppe, l’atmosphère, le ciel, tout ce enfin qui constitue l’ensemble des éléments analytiques de la peinture, cède place à la vision simpliste, à la domination des contours et des surfaces, à des fonds d’atelier, aux dispositions de la couleur large, par plaques.
Certes, il est intéressant de voir un tableau de chevalet qui paraît soit une énorme gravure sur bois, remplie de couleur, par plans, soit comme une décoration qui devrait être vue à plusieurs mètres de haut, avec éclairage artificiel, avec un jeu des vitraux qui créeraient l’atmosphère dont l’absence se fait sentir dans le tableau.
La tentative par elle-même est intéressante comme réaction contre les excès analytiques. Tout en étant un progrès, elle est pourtant négative à cause de la déformation qui est une condition indispensable de cet art. Elle a un défaut, c’est d’avoir quitté son domaine des recherches spéciales et d’être présentée comme un fait définitif, comme un acquis réel.
Je dirais volontiers qu’elle pêche par indiscrétion, et qu’elle ne devrait regarder que les peintres.
L’art pictural ne doit être ni réaliste, ni idéaliste ! C’est entendu et je crois qu’il n’est plus de saison de discuter là-dessus. Mais la peinture, étant surtout un effort d’analyse, doit chercher des moyens réels dont elle peut disposer.
Produire des taches et rien que des taches, en donnant aux contours des formes arbitraires, en rompant l’équilibre et en détruisant la construction du tableau, me paraît excessif, les contours, l’équilibre et la construction étant les éléments primordiaux d’une œuvre d’art. Van Eyck aussi peignait par taches. On trouvera les mêmes indications dans certains Mantegna.
Chez eux, cependant, le procédé est équilibré ; la surface colorée, aux couleurs rudes, étincelle de nuances nombreuses, baigne dans une atmosphère et fait partie d’un ensemble. J’ai beau faire ! Les têtes de Cezanne me font de loin l’impression de billes de billard suspendues dans le vide. »

 

Saunier Ch.[Charles], « Le Salon d’automne », Revue universelle, recueil documentaire universel et illustré, tome IV, n° 102, février 1904, p. 44-46, Cezanne p. 46 =

« Intention louable, les exposants ont tenu à témoigner leur admiration à certains précurseurs, en leur réservant des places d’honneur. On rencontre Guillaumin avec quelques solides paysages ; Paul Cezanne, représenté par un paysage, une nature morte et un cabaret campagnard. La nature morte est colorée et chaude, l’air circule, tout vibre ; on voudrait s’asseoir à cette table, poser les mains sur cette nappe aux ombres bleues, atteindre ces beaux fruits dorés. La Partie de cartes présente des paysans attentifs à la partie entamée. Le corps, pas plus que les visages, ne sentent la pose. C’est vu, vécu. Le modèle aux gestes mous n’est pas passé par là. »

2 novembre

Fayet invite George-Daniel de Monfreid à venir à Béziers voir sa collection, qui comprend des Cezanne :

« Je retiens votre promesse de venir me voir à Béziers. Voilà bien longtemps que nous n’avons pas parlé peinture, j’ai un tas de choses à vous montrer. D’abord mon atelier est remanié. Dans un panneau l’Homme à la Pipe [faux van Gogh] étincelle au milieu des moissons d’or [van Gogh]. De l’autre côté tous les Gauguin ; Cezanne au milieu de ses pommes et de ses fleurs etc, etc. »

Lettre de Gustave Fayet, Béziers, à George-Daniel de Monfreid, 2 novembre 1903 ; Saint-Germain-en-Laye, archives du musée du Prieuré-Maurice-Denis.

13 novembre

Décès de Pissarro, à soixante-treize ans, à son domicile, 1, boulevard Morland à Paris.

Courant de l’année

Dans un livre, l’écrivain allemand Max Nordau consacre un chapitre à dénigrer Cezanne.

Nordau Max, « Paul Cezanne », Von Kunst und Künstler, Leipzig, s. d. ; repris dans Nordau Max, On Art and Artists ; Philadelphie, George W. Jacobs & Co. Publishers, s. d., 351 pages, traduit de l’allemand par W. F. Harvey, 351 pages, Cezanne p. 236-237 :

Traduction d’après la traduction anglaise :
« Paul Cezanne. Il fut l’un des protagonistes et des pionniers du Naturalisme. Il était avec Claude Monet, Caillebotte et les autres impressionnistes un révolté intéressant ; avec Zola, il fut un moment vainqueur, et il est désormais vaincu, même si, probablement, il ne saura pas l’admettre. Un Masaniello pieds nus, qu’une révolution réussie de la populace porte en haut et loge dans le palais du roi, mais qui a trop vite échangé ses haillons héréditaires contre un manteau de pourpre. Heureusement, le sort des révolutionnaires en art renversés n’est pas aussi horrible que celui de Masaniello ; ils ne finissent pas sous la main du bourreau.
Une chose plaide en faveur de Cezanne, qui nous attire vers lui : c’est sa droiture. Or c’est dans sa nature que d’avoir un penchant pour la laideur. Il ne voit que ce qui est anormal, désagréable et repoussant dans la vie réelle. S’il peint une maison, elle doit être déformée, et menaçant de s’écrouler bientôt. S’il peint un être humain, ce dernier a un visage déformé, apparemment paralysé d’un côté, et une expression profondément déprimée ou stupide. Chaque modèle qui se soumet à lui est mis dans une sorte de robe de forçat. Voici un portrait de femme. Au visage flétri, desséché, aux vêtements barbouillés qui paraissent avoir été traînés dans la boue. Sans doute une professionnelle qui, lors d’une rafle, a été embarquée dans un fourgon de police, et qui, après une nuit en cellule au poste de police, a été relâchée ? Rien de la sorte. C’est une dame respectable de la classe moyenne supérieure. Cet homme au visage déformé et au piteux chapeau de feutre gras, en pardessus, est peut-être un bohême famélique, une créature brisée, artiste ou écrivain ruiné ? Certainement pas. C’est un rentier tout à fait bien. Il est surprenant pour moi que quelqu’un s’autorise à être peint par Cezanne, à moins que ce soit par contrition, par esprit de pénitence. Pour sûr, on ne peut pas lui en vouloir, car il ne se traite pas mieux que ses autres victimes. Il a peint des portraits de lui-même qui seraient manifestement diffamatoires si quelqu’un d’autre les avait peints. En vérité, il n’est pas vain, car il se voit tel qu’il se représente dans ces images. Et son œil morose ne défigure pas seulement visages, têtes, et vêtements, mais aussi le reste. Heine nous assure que « le corps d’une femme est un poème. » Il n’aurait pas osé déclarer cela s’il avait vu de Cezanne « Trois Femmes nues avant le bain ». Ces nudités sont vraiment immorales, et réclament, non pas une feuille de vigne discrète, mais neuf fois un vêtement de tissu et de fourrure. »