Michel Fraisset

Michel Fraisset en quelques mots :

Né en 1960, Michel Fraisset est un aixois d’adoption. Il fait ses études au Lycée Mignet puis à la Faculté de Lettres où il suit des cours d’histoire de l’art et d’archéologie.

 Il commence sa  carrière à Pertuis comme directeur des affaires culturelles et créateur d’un premier festival de la bande dessinée dans les années 1990.  Cet événement est un prélude au Festival de la BD d’Aix-en-Provence, créé en 2004, toujours programmé. Quatre ans avant (en 2000),  il avait pris la direction de l’Atelier des Lauves.
En 2015 il est nommé, directeur de l’Office du tourisme d’Aix-en-Provence.

On lui doit de très nombreuses expositions [dont l’une consacrée à Emperaire en 2013-2014 (avec Alain Paire) ou manifestations à caractère musical, théâtral ou pictural, particulièrement avec les  diplômés de l’Ecole d’Art.Il a écrit plusieurs ouvrages sur le patrimoine de Pertuis et d’Aix, ainsi que sur Cezanne (En Provence sur les pas de Cezanne, édition Equinoxes, 2006)

  Le contenu de son intervention

Paul Cézanne fils et Georges Rivière (lequel se trouve être le beau-père de Paul Cezanne Junior) ont identifié parmi les modèles de Cézanne (pour les joueurs de cartes) trois personnages : le père Alexandre, le jardinier Alexandre Paulin et Léontine Paulin, sa fille. Pour ces deux derniers modèles, il s’agit en fait de Paulin Paulet et de Léontine Paulet.

Le Père Alexandre

Fig. 1 – L’Homme à la pipe 90-92
R705 – FWN 678

L’homme à la pipe (Fig. 1 – R705- FWN 678, collection particulière, Kansas City) apparaît également sous le titre Portrait du Père Alexandre dans l’ouvrage de Georges Rivière Le Maître Paul Cézanne (Paris 1923, p 217). Théodore Reff écrit dans son article Cézanne’s cardplayers and their sources (1980, p 105, note 10) : “Même leurs noms sont arrivés jusqu’à nous : le père Alexandre, ouvrier agricole, posa pour le fumeur de pipe qui regarde la partie de cartes”.

Ce même personnage se retrouve dans les joueurs de cartes de la Fondation Barnes (Fig. 2 – R706 – FWN 681) et du Metropolitan Museum of Art de New-York (Fig. 3 – R707 – FWN 680).

Fig. 2 – Les Joueurs de cartes 90-92
R706 – FWN 681

Fig. 3 – Les Joueurs de cartes 90-92
R707 – FWN 680

Un autre homme à la pipe (R711 – FWN 683, R712 – FWN 504) est également présent dans les trois autres versions des joueurs de cartes où seuls deux joueurs sont affrontés autour d’une table (R710 – FWN 685, collection particulière, Suisse) (R713 – FWN 686, Courtauld Institute Galleries, Londres) (R714 – FWN 684, Musée d’Orsay, Paris).

 

Fig. 4 – Les joueurs de cartes à deux personnages (avec leurs dimensions relatives)

John Rewald suggère que Cezanne a utilisé pour l’homme à la pipe (R711 – FWN 683) une tête de mannequin grandeur nature qu’il a vue et photographiée dans l’Atelier Cezanne, aujourd’hui disparue (Fig. 5). Cette tête est identique au visage du joueur de cartes que l’on retrouve à gauche des trois versions à deux joueurs.

Fig. 5

Enfin, on retrouve le père Alexandre dans Le Fumeur (Fig. 6. R790 – FWN 507, Musée Pouchkine, Moscou) :

Fig. 6 – Le Fumeur 93-96
R790 – FWN 507

ainsi que dans le dessin Le Père Alexandre (Fig. 7. C1095 – FWN 1766) et l’aquarelle L’Homme à la pipe (Fig. 8. RW378 – FWN 1767) :

Fig. 7 – Le Père Alexandre 92-96
C1095 – FWN 1766

Fig. 8. L’Homme à la pipe (étude pour Les Joueurs de cartes) 92-96
RW378 – FWN 1767

 

 

 

 

 

 

Paulin Paulet

Dans Le fumeur accoudé (Fig. 9. R756 – FWN 505, Berlin, Kunsthalle Manheim), Paul Cezanne fils a identifié le modèle comme étant “un jardinier appelé Alexandre Paulin”. Ce même personnage se reconnaît dans Le fumeur accoudé (Fig. 10. R757 – FWN 506, Musée de l’Ermitage,Saint- Petersbourg), ainsi que dans l’aquarelle Fumeur accoudé (Fig. 11. RW381 – FWN 1759).

Fig. 9 – Le Fumeur accoudé c91
R756 – FWN 505

Fig. 10 – Le Fumeur accoudé c91
R757 – FWN 506

Fig. 11 – Fumeur accoudé 90-91
RW381 – FWN 1759

Il est également le joueur de droite dans les versions à deux joueurs (Fig. 12, cf Fig. 4 ci-dessus).

Fig. 12

Il est repris dans la même position dans un autre tableau (fig. 12-1. R709 – FWN 682), trois dessins (Fig 12-2.   C1093 – FWN 1764 ;  dessin non répertorié ; C1094 – FWN 1762) et une aquarelle (Fig. 12-5. RW380 – FWN 1763) :

Fig. 12-1 – Le Joueur de cartes 90-92
R709 – FWN 682

Fig. 12-2

Fig. 12-3. Joueur de cartes 92-96
RW380 – FWN 1763

Une seconde aquarelle le situe à gauche de la table de jeu (Fig. 12-4. RW377 – FWN 1760) :

Fig. 12-4. Joueur de cartes 90-92
RW377 – FWN 1760

Toujours d’après Paul Cezanne fils, “la jeune fille du jardinier, Léontine Paulin” est assise à la table des joueurs de cartes de la Fondation Barnes (Fig. 13, cf. Fig. 2 ci-dessus, R706 – FWN 681).

Fig. 13. Léontine Paulet

Mais Paul Cezanne fils s’est trompé dans son identification. Il a tout simplement confondu les nom et prénom de celui qui servit 17 fois de modèle à son père, Paulin Paulet, né le 10 juin 1856 au Puy-Sainte-Réparade, jardinier et homme à tout-faire de Cezanne , au Jas de Bouffan. Paulin Paulet est âgé de 35 ans environ, lorsqu’il pose pour Cezanne, à partir des années 1891. Toujours dans son artcile intitulé Cezanne’s cardplayers and their sources (1980, p 105, note 10), Théodore Reff écrit : “… Paulin Paulet, un jardinier, posa pour un des joueurs dans la version à cinq personnages, ce qui a été plus tard confirmé par sa fille, qui est la petite fille assise dans la même composition.”

Léontine Paulet, née le 11 octobre 1884 au Puy-Sainte-Réparade, a accordé un entretien en 1955 à Robert Ratcliffe (Cézanne’s working methods ans their theorical background, thèse Université de Londres 1961, p 19-20). Petite fille, elle avait posé pour Cezanne qui l’avait payée 3 francs, tandis que son père avait reçu 5 francs pour la séance de pose.
Ratcliffe a-t-il commis la même erreur que le fils de Cezanne, en confondant nom et prénom lorsqu’il rapporte l’entretien qu’il a eu avec Léontine Paulin, fille d’Alexandre Paulin, jardinier du Jas de Bouffan ? Peut-on déduire de ces confusions que le père Alexandre, autre modèle de Cezanne avait pour nom de famille Paulin ? Ronald Pickvance cite effectivement un Alexandre Paulin, comme modèle de Cezanne.

Paulin Paulet a bien été le modèle de Cezanne. Ses petits-fils, Gaston et Marceau Paulet qui vivent au Puy-Sainte-Réparade conservent deux photographies qui permettent d’identifier Léontine, leur tante et Paulin, leur grand-père. Malgré l’âge, plus de trente ans séparent les tableaux des photographies, on reconnaît bien le modèle de Cezanne : visage ovale, nez droit aux narines bien dessinées, front large, moustache épaisse, regard doux et profond.

Léontine et Paulin Paulet

Paulin Paulet

Paulin Paulet

Fig. 14. Léontine et Paulin Paulet

On retrouve Paulin Paulet en Paysan debout (Fig. 15. R787 – FWN 508, Fondation Barnes). On le reconnaît encore sous les traits d’un “Paysan assis” (Fig. 16. R817 – FWN 523, Hiroshima Museum, Tokyo).

Fig. 15 – Paysan debout, les bras croisés c95
R787 – FWN 508

Fig. 16 – Paysan assis c97
R817 – FWN 523

Pourtant, si l’on en croit Georges Rivière “le modèle de ce portrait était un autre jardinier du Jas de Bouffan, appelé Paulet (le père Alexandre) qui a aussi posé de profil avec une pipe dans les trois versions à deux joueurs de cartes” (cf. Fig. 4, R710 – FWN 685, R713 – FWN 686, R714 – FWN 684)).

John Rewald précise que “cette dernière identification ne semble pas absolument certaine et qu’il n’y a aucune ressemblance entre ce “paysan assis” (Fig. 15. R817 – FWN 523,) et “l’homme à la pipe” (cf. Fig. 4. R712 – FWN 504) que l’on peut aussi reconnaître dans le personnage de gauche des trois versions à deux joueurs (cf. Fig. 4, R710 – FWN 685, R713 – FWN 686, R714 – FWN 684).

Paulin Paulet et le père Alexandre sont bien deux modèles distincts de Cézanne, comme nous l’avons démontré plus haut.

Paulin Paulet sert une dernière fois de modèle à Cezanne pour le “Portrait du paysan assis” (Fig. 17. R827 – FWN 526, collection Walter H and Leonore Annenberg, Metropolitan Museum of Art, New-York), peint entre 1898 et 1900 :

Portrait de paysan assis 98-00
R827 – FWN 526

Il décède le 15 février 1936, à l’âge de 80 ans, à l’hopital d’Aix-en-Provence.
Il est enterré dans le caveau familial au Puy-Sainte-Réparade.
Après avoir été représenté sur le billet de 100 francs Cezanne, le modèle de Cezanne s’est retrouvé, en 2011, au cœur d’un record de vente mondial pour une toile de Cezanne. Les héritiers de l’armateur grec Georges Embiricos ont cédé leur version des Joueurs de cartes (cf. Fig. 4, R710 – FWN 685) à la famille royale du Qatar pour la somme de 250.000.000 de dollars (191.500.000 d’euros).