R598 La Montagne Sainte-Victoire au grand pin et la Bastide Vieille I, 1886-1887 (FWN234)
R599 La Montagne Sainte-Victoire au grand pin et la Bastide Vieille II, vers 1887(FWN235)

Pavel Machotka

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La Montagne Sainte-Victoire au grand pin et la Bastide Vieille I, 1886-1887 59.7 x 72.5 cm R598 FWN234

La Montagne Sainte-Victoire au grand pin et la Bastide Vieille I, 1886-1887
59.7 x 72.5 cm
R598 FWN234

La Montagne Sainte-Victoire au grand pin et la Bastide Vieille II, vers 1887 66 x 90 cm R599 FWN235

La Montagne Sainte-Victoire au grand pin et la Bastide Vieille II, vers 1887
66 x 90 cm
R599 FWN235

Les détails fins des champs dans la distance auraient été difficiles de composer dans une toile unie; ils se seraient éparpillés au point de ne pas savoir où concenter la vue. Mais encadrés par deux arbres de chaque côté, la vue s’appuie à l’encadrement et le fourmillement ne se note pour ainsi dire point. Cézanne a peint deux versions de ce site, la première plate, fine et linéaire, la seconde robuste; la première encadre la plaine, la seconde oppose les branches de l’arbre à la plaine. Dans le premier tableau (R598-FWN234) quelques touches ont rempli entièrement tous les polygones sauf les plus grands, et pour plus de simplicité, ils furent en général peints parallèlement à l’un des bords. Cézanne a surtout élaboré les zones proches des tronc et des branches, où il a doublé le touches ou ajouté du bleu et du bleu-vert pour créer une subtile transition entre les arbres et leur fond. Le tableau a également atteint un stade où il pouvait rester tel quel ou être poussé plus loin.

Où donc Cézanne aurait-il emmené le tableau, eût-il décidé d’en élaborer plus avant la surface ? On est séduit par la possibilité que nous offre la version plus grande et plus saturée de la même vue (R599-FWN235), dans laquelle les touches sont plus denses et moins distinctes, et les branches se serrent plus étroitement autour de la montagne. Dans ce tableau, qui a le même titre, Cézanne a peint des transitions où les aiguilles et le ciel s’imbriquent, s’assurant que l’ensemble formera une masse dense. Il est tentant de penser que, plus élaboré, le premier tableau serait devenu le second. Mais en fait la composition de la première toile est assez différente, et répond à des conditions de lumière diverses, pour faire penser que Cézanne avait de bonnes raisons de la laisser tel quel. La première composition laisse plus d’espace au premier plan et nous guide par un chemin qui monte vers la maison à gauche du centre ; la montagne est pâle et laisse une bande centrale presque vide sur la toile qui facilite le lien entre le haut et le bas, comme si le dialogue principal avait lieu entre les branches et tout ce qui se passe sous le niveau du viaduc. Dans la deuxième composition, la montagne, maintenant substantielle et ravivée par les roses, les oranges, et les violet gris, est au centre de la toile ; le tableau est un dialogue entre les branches et le contour de la montagne, et les branches à présent caressent la montagne, avec leurs larges touches, au lieu de simplement la refléter.

Il est probable qu’un jour était gris et l’autre ensoleillé, et il est certain que la saison était différente; ceci, aussi, suggère que la première composition a dit tout ce qu’elle avait à dire. Dans le second tableau la saison est plus avancée, avec plusieurs champs mûrs d’un jaune d’or et les champs verts plus foncés. Si le premier tableau représente un jour de printemps couvert et le second un jour de milieu d’été, comme je le crois, alors nous pouvons considérer les tableaux comme également finis. Une lumière plate éclaire l’un et une lumière éclatante avec des couleurs saturées l’autre ; les contrastes sont plus grands dans le second et le ciel plus bleu, complices des bleus et verts foncés – requérant ou au moins suggérant une touche plus riche pour exprimer toutes ces qualités.

Source: Machotka, Cézanne: La Sensation à l’oeuvre.

NB. On se reportera à l’étude de localisation précise réalisée par François Chédeville à propos de ces deux tableaux.

Le salon de musique de Home House, 20 Portman Square à Londres, la Montagne Sainte-Victoire au grand pin sur la cheminée et le Lac d'Annecy à gauche, vers 1934

Le salon de musique de Home House (club privé), 20 Portman Square à Londres, avec la Montagne Sainte-Victoire au grand pin sur la cheminée et le Lac d’Annecy à gauche, vers 1934