R812 – Jeune Italienne accoudée, vers 1900 (FWN534)

Pavel Machotka

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Jeune Italienne accoudée,
vers 1900
R812-FWN534

Comparé au portrait sombre, voire virilement ascétique de Vollard (Portrait de M. Ambroise Vollard), Jeune italienne accoudée est, en dépit de ses nombreuses couleurs partagées, féminine par sa pose alanguie et ses éléments décoratifs.On trouve ici une pose en totale dépendance de la composition d’ensemble, mais pour des raisons qui sont purement visuelles. On n’a nul besoin de la considérer autrement que comme une jeune femme attirante, habillée d’un chemisier avec une manche opulente à gros bouillons, portant une écharpe jaune citron, penchée sur une table couverte d’un couverture aux riches motifs. De même il n’est nul besoin d’une géométrie formelle de type viril ou austère ; les volumes, les ondulations et les couleurs du tissu lui sont plus ajustées. En dépit de l’opulence du décor, elle est très présente ; le visage est probablement assez ressemblant, avec sa facture nette et incisive. Si le tableau est soigneusement composé – et il l’est, avec le tapis massif la soutenant autant que sa propre jupe le fait, avec des lignes subtiles dans les murs convergeant vers le visage, et la manche équilibrant le poids de la couverture – il est aussi arrangé sans ostentation.

En cela – l’affinité et la simplicité des volumes – le tableau rappelle l’un des portraits de jeune femme de Corot, comme l’Italian Girl de la National Gallery de Washington, DC.

Corot, Jean-Baptiste-Camille
Italian Girl
c. 1872
oil on canvas
65 x 54.5 cm
National Gallery of Washington

Dans celui-là également, l’attrait du personnage est immédiat, cependant le tableau en fin de compte nous émeut par sa forme. Les deux peintres nous rappellent (Corot automatiquement, Cézanne cette seule fois) qu’en peinture, une femme ne devient belle que dans une belle composition. Dans la Jeune italienne de Cézanne, c’est la couleur qui est avenante, et c’est à son commentaire sur Les Noces de Cana de Véronèse que l’on pense (p.6) : « c’est la rencontre de ses deux tons. [L’émotion de l’artiste] est là. »

Véronèse
Les Noces de Cana
Musée du Louvre

Bien que, dès l’enfance nous soyons attirés par le visage plus qu’aucune autre forme, ici l’écharpe jaune citron sur son champ de bleu clair est plus remarquable ; la manche est cassante et l’écharpe contre elle est sensuelle. C’est un jaune plus souvent vu chez Manet que chez Cézanne (Cézanne lui préfère le jaune de Naples plus brun), et il est rendu d’autant plus saturé par les intrusions de bleus. C’est l’opposition complémentaire dominante, mais il y a aussi un contraste vert/ rouge foncé dans la couverture.

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Compared to the somber, almost ascetic masculinity of the portrait of Vollard (Portrait de M. Ambroise Vollard), Jeune italienne accoudée is, in spite of many shared colors, feminine in the brooding pose and the decorative setting. Hers is also a pose inconceivable without the composition, but for reasons that are purely visual. One does not need to see her as anything more than an attractive young woman dressed in a blouse with an opulently billowing sleeve, wearing a lemon yellow scarf, leaning on a table covered with a richly patterned rug. Nor is there any need for formal geometry, of the dour, masculine kind; the volumes, undulations, and colors of the fabrics are more right for her. In spite of the opulence of the setting, she is very present; the face may well be a very good likeness, having been painted clearly and incisively. If the picture is carefully composed—and it is, with the massive rug supporting her as much as her own skirt does, subtle lines in the walls converging on the face, and the sleeve balancing the weight of the rug—it is also arranged without ostentation.

In this—in the affinity of spirit and simplicity of volumes—the painting reminds one of Corot’s portraits of young women, such as the Italian Girl in the National Gallery in Washington, DC. There, too, the figure’s appeal is immediate yet the painting ultimately moves us by its form; as he does so often, Corot unobtrusively composes the figure as a series of simple polygons. Both painters remind us (Corot as a matter of course, Cézanne this once) that in painting, a woman becomes beautiful only in a beautiful composition. In Cézanne’s Jeune italienne it is color that is prepossessing, and it is his comments on Veronese’s Noces de Cana that one thinks of “…The painter’s psychology is … the meeting of two colors. That’s where his emotion is.”[1] Although, from infancy on, we are attracted to the face more than any other form, here the lemon yellow scarf on its field of light blue is more compelling; the sleeve is crisp and the scarf is sensuous against it. It is a yellow more often seen in Manet than in Cézanne (Cézanne preferred the browner Naples yellow), and it is made all the more saturated by intrusions of blue. This is the dominant complementary opposition, but there is also a dark, red-green contrast in the rug.

 

 

 

[1] In Doran, Conversations avec Cézanne, Paris: Macula, 1978, p. 137 (my translation).

Source: Machotka, Cézanne: the Eye and the Mind.