
Paysan en blouse bleue
FWN 524 – R826
Vers 1897
Kimbell Art Museum, Fort Worth
Une blouse bleue et un foulard rouge
Alain Paire
Série « Chefs d’oeuvre des Musées »
On ignore son nom, son identité. C’est un ouvrier agricole, le père de Cezanne l’embauche pour son travail parmi les quinze hectares de champs et de vignes de la ferme du Jas de Bouffan. Son statut était celui du simple figurant. Plus distant, moins attachant qu’en cette occurrence, ce discret moustachu apparaît quatre fois dans d’autres toiles de Cezanne, souvent muni d’une pipe en terre blanche qu’il mordille. Debout, bras croisés au fond du tableau, il est présent dans deux versions des Joueurs de Cartes avec autour de la table quatre ou bien trois personnages: celle de la Fondation Barnes et celle, plus petite du Metropolitan Museum of Art de New York. Ce moyen format aurait été réalisé après les Joueurs, dans les alentours de 1891.
A force de se fréquenter pendant les poses, une meilleure confiance, de l’empathie pouvaient s’installer entre le peintre et son modèle. En dépit de la blouse bleue, du mouchoir rouge et de la veste couleur de terre, cet agriculteur n’est pas un immuable archétype de la Provence rurale. Son visage est rougi par le soleil, ses traits s’individualisent. Ses bras ballants et ses mains inoccupées sont plutôt maladroits. Presque vacillant, promis au mince vertige d’une réflexion ou bien d’un songe, il n’est pas vraiment immobile. Sa silhouette un brin penchée et ses yeux qui ne sont pas tournés vers l’artiste lui donnent un air mélancolique. Les intervalles de blanc sont fréquents sur la toile, sa facture discontinue est habilement, délibérément inachevée.
Des éléments subalternes, l’esquisse d’un second épisode renforcent le sentiment qu’il n’est pas un simple pion interchangeable dans le champ de la représentation. En second plan apparaissent des détails du paravent dix-huitièmiste du salon du Jas de Bouffan, la décoration désuète bricolée une trentaine d’années auparavant par Cezanne et Zola. Au centre des zones de verdure, des branches d’arbres. Sur la droite, carrément godiche et caricaturée, parfaitement dérisoire, une jeune femme porteuse d’une ombrelle.


