Bruno Ely, son musée a retrouvé Cezanne

Lundi soir, une salle comble pour dire au revoir au conservateur du musée Granet

Emotion et gratitude, des témoignages, une plus claire perception du chemin parcouru entre 1980 et aujourd’hui, la maire d’Aix-en-Provence, Sophie Joissains et une foule d’amis ont salué depuis la salle des États Généraux le départ à la retraite de Bruno Ely.

Avant que la médaille de la ville d’Aix lui soit remise, «sa base arrière» la plus essentielle, ses enfants Marie et Paul (28 et 25 ans) et son épouse Valérie ont pris la parole pour dire à quel point ils ont préservé à ses côtés un univers de grande liberté. L’engagement au quotidien d’une famille hantée par la photographie, la magie et la discrétion des métiers voués aux images restent merveilleusement contagieux : la fille aînée de Bruno, Marie Ely a passé avec bonheur et succès le concours de conservatrice du musée du Mans.

Sophie Joissains, l’adjointe à la culture Marie-Pierre Sicard ainsi que son directeur d’autrefois Denis Coutagne ont retracé les étapes de la carrière d’un porteur de projets et d’une équipe remarquablement soucieux de convaincre par de multiples conférences et visites guidées le public de son époque. En 1990, pendant l’exposition Cezanne réalisée après l’incendie de la Sainte-Victoire il s’agissait de redonner une place de première importance au musée Granet. 35 ans plus tard, des accrochages et des expositions de niveau international, des dépôts et des acquisitions ont fait taire ceux qui estimaient qu’Aix avait longtemps ignoré « le père de l’art moderne ». A la tête du Pavillon Vendôme et du musée des Tapisseries pendant 18 ans, avant de devenir en 2008 le conservateur du musée Granet, Bruno Ely aura réalisé dans Aix plus de 180 expositions qui relèvent de l’archéologie, du grand XVII° aixois, du Festival d’art lyrique autant que de la modernité, Alechinsky, Hockney, Fabienne Verdier et Bernard Plossu peuvent en témoigner. Un prochain portrait du journal complétera cet hommage.

Alain PAIRE

deuxième article publié dans La Marseillaise du 14 mars :

Portrait

Bruno Ely : raconter Aix-en-Provence pendant 45 ans

En symbiose avec une famille hantée par la photographie, ce conservateur a progressivement corrigé l’ingratitude de sa ville envers Cezanne et donné une dimension internationale à son musée.

Depuis ses premières saisons rue Cardinale – en 1980, Denis Coutagne le reçoit en tant que stagiaire au musée Granet dont il va devenir le conservateur-adjoint – jusqu’à aujourd’hui, moment de son départ à la retraite à l’âge de 70 ans, Bruno Ely n’a jamais quitté Aix-en- Provence. Pendant son enfance, il fréquentait le studio de photographie du Passage Agard où travaillaient son grand-père et son père qui étaient aussi des intimes du musée Granet. Pour les reproductions des tableaux, le service photo du musée d’autrefois, c’était le studio Ely : Bruno se souvient avoir accompagné son père Jean Ely pour photographier nuitamment l’immense tableau d’Ingres, Jupiter et Thétis. Pendant les obsèques de son grand-père Hugo Ely, décédé en 1978, Louis Malbos qui fut le conservateur du musée Granet entonnait la Coupo Santo de Mistral sur le parvis de Saint-Jean de Malte.

Ce parfait érudit – Bruno est aujourd’hui la personne qui connaît le mieux, dans toutes ses dimensions, l’histoire de sa ville – avait abandonné ses études de droit pour se consacrer rue Gaston de Saporta à l’histoire de l’art. Les enseignants qu’il appréciait c’étaient les médiévistes Gabrielle d’Archimbault (1929 – 2017) et Jacques Paul ainsi qu’André Bourde qui dirigea sa maîtrise à propos des Oratoires d’Aix. Avec Jean Ely, Bruno eut le bonheur d’assister aux générales du Festival d’Art lyrique dont il fut pendant deux étés un jeune machiniste et dont il a suivi toutes les éditions.

 

Cezanne mon beau souci

On ajoutera très évidemment qu’il aura toute sa vie médité la trajectoire de Cezanne. La maison où il a vécu avec son épouse Valérie et ses enfants Marie et Paul se situe route de Vauvenargues, près des Bonfillons : chaque matin quand il ouvre ses volets, il aperçoit la Sainte- Victoire. Grâce à Françoise Cachin, directrice des musées de France, il assistait en 1984 au dépôt de huit œuvres de Cezanne chez Granet. 1990, lendemain de l’incendie de la montagne, avec le maire Jean-François Picheral, l’historien John Rewald et Denis Coutagne il participa à l’exposition Cezanne / Sainte-Victoire. Après quoi Bruno Ely œuvra pour toutes les expositions Cezanne et fut le commissaire principal de Picasso/ Cezanne (2009, 371.000 visiteurs) ainsi que du récent Cezanne / Jas de Bouffant pour lequel il sollicita le concours de Denis Coutagne. En tant que commissaire libre, on souhaite qu’il réalise son ultime désir, une confrontation Cezanne et la sculpture qui se conclurait avec des oeuvres de Moore et Giacometti. La nouvelle salle de Granet aménagée pour Cezanne, ses récentes négociations avec de grands décideurs des musées français comme Xavier Rey, Laurent Le Bon et Christophe Leribault et son dernier livre consacré au Grand Salon du Jas de Bouffan sont de solides arguments.

 

Modernité oblige

On n’oubliera pas ses conférences et ses initiatives du côté de l’art contemporain, pas uniquement chez Granet mais aussi au Pavillon de Vendôme et au musée des Tapisseries dont il assuma les directions de 1990 à 2008. Chez Vendôme dont il fit scrupuleusement restaurer les décors avec Monique Pomey, il accueillit Brihat, Fontcuberta, Mezzapelle et Surian. Aux Tapisseries il travailla avec Adami, Ben Lisa, Bioulès, Buraglio, Pagès, Gao Xingjan, Sorgue et Traquandi. Rue Cardinale, il œuvra pour Alechinsky, Cueco, Favier, David Hockney, Tal-Coat et Fabienne Verdier. Avec le photographe Bernard Plossu, pour la Montagne blanche et l’Italie il a noué un vrai dialogue.

Toute médaille a ses revers : on regrette vivement que la Ville d’Aix n’ait pas saisi les propositions de Catherine Hutin pour le château de Vauvenargues et le musée Picasso de la place des Prêcheurs. De même après le congé abrupt signifié à la Fondation Jean Planque, aucune compensation n’est offerte du côté de la chapelle des Pénitents Blancs : l’espoir d’une arrivée de la fondation Pearlman s’est envolé, on parle de tractations avec le Centre Pompidou. Du côté de Granet, on regrettera que des projets avec Nicolas de Staël, Alain Fleischer, Jean-Pierre Blanche et Marcel Arnaud n’aient pas abouti.

Reste tout de même un bilan positif grâce aux 180 expositions conduites en 45 ans par Bruno Ely, son successeur sera désigné cet automne. Pour l’heure, avec Denis Coutagne qu’il continue de vouvoyer, Bruno travaille aux projets du Jas de Bouffan ainsi qu’au catalogue raisonné de Cezanne. Lors de la remise par Sophie Joissains de la médaille de la ville d’Aix, Bruno Ely était discrètement heureux : pendant sa brève prise de parole, sa fille Marie Ely qui est depuis peu conservatrice de musée saluait publiquement «l’attention et la tendresse » de son père qui sa vie durant, «a transmis aux générations futures le respect des objets du passé».

Alain PAIRE

 

Discours de Marie-Pierre Sicard-Desnuelles à cette occasion :

Monsieur le Directeur du Musée Granet, mon cher Bruno,

J’ai beaucoup de plaisir à te dire ces quelques mots mais tout d’abord je remercie Madame le Maire, ma Chère Sophie, de me permettre de le faire.

Mon Cher Bruno, nous avons tous les deux depuis longtemps une relation amicale mais je dirai même qu’elle est familiale. En effet maman l’avocate Marguerite Desnuelle, Pr. de l’Académie de Moustiers, entretenait déjà d’excellentes relations avec ton papa, le photographe bien connu des Aixois Henry Ely.

J’ai le bonheur et le privilège et, ma Chère Sophie je t’en remercie, d’être l’Élue aux Musées de la ville d’Aix-en-Provence, mais là, ce soir, je suis l’amie.

Bruno, à tes cotés j’ai découvert le plaisir de la compréhension d’un tableau (moi qui jusqu’à présent avait plus l’habitude de parler du métabolisme du potassium et de la contraction du ventricule). Avec toi admirer l’œuvre d’un artiste devenait simple.

Regarder un tableau c’est bien, le comprendre c’est mieux, mais en être émue, alors là, c’est fantastique. Notre ami Paul Cezanne l’avait compris quand il disait « je ne veux pas vous montrer un paysage, je veux vous faire éprouver une sensation devant lui. Et Émile Bernard de rajouter : l’œuvre de Paul Cézanne confine presque à la musique.

Bruno, nous avons vécu ensemble le plaisir de rencontres fantastiques :

  • d’abord avec les Conservateurs de Musées, Philippe Conisbee à la National Gallery de Washington, Christophe Leribault qui vient d’être nommé Directeur du Louvre et que nous avions rencontré au tout début de l’aventure (Cézanne chez lui) au Petit Palais. D’emblée il avait été séduit par la cohérence du projet de la ville d’Aix : l’association de l’ouverture de la Bastide du Jas de Bouffon avec une grande exposition à Granet des tableaux que Cézanne avait peints au Jas de Bouffan. Cela ne s’était encore jamais fait et un grand merci, Christophe, pour ton aide précieuse et efficace.
  • Et puis Sylvain Amic. Conservateur du Musée d’Orsay, Laurent Lebon, Conservateur du Musée Picasso puis du Musée Pompidou.

Et après les Conservateurs les rencontres avec les mécènes. Notre recherche de mécènes à tous les deux pour accompagner les projets de la ville a elle aussi été toujours fructueuse, chaque fois nous avons pu passionner notre interlocuteur qui a toujours répondu de façon positive aux ambitions de la ville d’Aix. Chaque fois la complicité entre le Directeur et l’Élue aux Musées rassurait et permettait de faire aboutir la demande.

Et puis les expositions un peu magiques se sont enchaînées :

  • Cezanne en Provence
  • Cezanne et Picasso
  • Le grand Atelier du midi
  • Charles Camoin
  • David Hockney
  • Jean Daret,
  • et bien sûr Cezanne chez lui à Aix en 2025 avec la magique année Cezanne, tu en étais le Commissaire avec notre ami Denis Coutagne. J’aurais aimé vous en parler plus mais la période électorale m’en empêche.

Nous avons tous les deux le goût de la rencontre et du partage. Cette année du 28 juin au 11 octobre des visites à deux voix ont pu enchanter les Aixois et les touristes nationaux et internationaux. Un grand merci à tes équipes toujours présentes et efficaces.

Bruno tu m’as beaucoup appris et tu m’as beaucoup donné.

Tu es un historien d’art passionné, spécialiste reconnu internationalement de Cezanne. Tu as du reste écrit récemment un livre magnifique sur les découvertes des murs du Jas de Bouffan. Depuis 40 ans tu es un grand passeur. L’engouement de tous les publics pour tes conférences en est un signe certain.

Ce musée Granet c’est ta maison. Tu l’as habité, façonné, enrichi et aimé, cela se sent. Sous ta direction, ce musée est devenu un espace de transmission, de découvertes, de débats et d’émotions, et cela depuis les enfants jusqu’aux visiteurs éclairés. Tu as continué, après Denis, à transformer ce musée en enrichissant ses collections, en créant Granet XXème à la Chapelle des Pénitents Blancs. Et la ville a pu accueillir pendant 15 ans la collection Jean et Suzanne Planque et va accueillir aussi le merveilleux projet qui va suivre sur lequel avec Madame le Maire nous avons commencé à travailler. Tu as su aussi renforcer les liens avec les institutions culturelles et les musées du monde entier et aussi avec Aix-Marseille Université.

Bruno, il est des départs qui ne sont pas des adieux mais des passages de relais. Avec toi ce n’est pas une page qui se tourne mais un grand livre qui se ferme, grand livre qu’on aura plaisir à rouvrir quotidiennement.

Tu as consacré ta vie professionnelle à une ville exceptionnelle, à son patrimoine, à son histoire et cela pour tous les publics : les ateliers pour enfants, les scolaires et leurs professeurs, les expositions pour public en situation de handicap. Récemment nous avons réalisé encore grâce à un mécène une superbe exposition pour les mal-vovants.

Et il y a quelques mois avec l’Hôpital Montperrin. dont j’ai l’honneur d’être la Présidente et Gaëlle Dufour la Directrice, nous avons ensemble vécu de grands moments d’émotion. Pour les Journées du Patrimoine, les psychiatres, les art-thérapeutes, les infirmiers avaient proposé (depuis les patients en hôpital de jour jusqu’à ceux en soins intensifs) de travailler sur Cezanne, et alors est né « Dialogues intimes avec Cezanne », exposition à l’Hôpital Montperrin regroupant 80 tableaux, que j’ai inaugurée pour les Journées du Patrimoine avec fierté.

Et là, émotion intense, magnifiques tableaux, extraordinaires compositions, chaque patient présentait son œuvre et quand une patiente de 20 ans m’a dit : « Merci Madame, tu sais, regarder Cezanne m’a changé, tu sais il était critiqué de toutes parts, était rejeté de tous comme moi. Et aujourd’hui le monde entier le connaît et l’admire. Alors j’ai compris que moi aussi j’allais changer ».

Nous avons voulu que cette exposition soit présentée au Musée Granet au décrochage des tableaux de Cézanne. Et le jour de l’inauguration, tout le personnel du Musée Granet, ému lui aussi, nous a dit : « Merci, aujourd’hui on comprend, on n’a pas travaillé tout l’été que pour l’élite ou les riches Américains, aujourd’hui on sait que cela avait du sens et a servi à tous. »

Bruno, travailler à tes cotés, entourée de Johan, Virginie, Anne-Claire, Stéphanie, Lisa et Samuel mais aussi les médiatrices et les agents d’accueil a été pour moi un plaisir chaque jour renouvelé. J’aime tellement être avec vous. J’aime être disponible pour vous tous et je serai toujours à vos cotés pour vous accompagner.

Bruno, grâce à Madame le Maire la ville a de magnifiques projets, là aussi dont j’aimerais parler, autour du fonds ELY et toutes les perspectives pour continuer le succès de l’année Cezanne au Musée Granet, les travaux au Jas de Bouffan et à l’Atelier des Lauves.

Et avec Denis Coutagne et tous nos amis cézanniens, vous en serez les acteurs.

Bruno, tu quittes une fonction, mais tu laisses un héritage. Grâce à ton travail et à celui de tes équipes, à la suite de notre ami Denis Coutagne, le Musée Granet fait partie aujourd’hui des grands musées internationaux. Et dans une ville d’art et d’histoire comme Aix-en-Provence, c’est peut-être la plus belle des réussites.

L’Élue aux Musées est fière d’avoir travaillé à tes côtés, vous aurez toujours mon appui.

Bruno, très simplement, je te dis merci et je t’embrasse.

 

Discours de Denis Coutagne

« Bruno,

Aussi loin que je remonte dans ma mémoire quand je revis mon temps au musée Granet depuis 1980 , vous êtes là, jeune stagiaire ( ce fut le temps de l’exposition Le Roi René en son temps) , très vite conservateur adjoint. En ces années d’un autre siècle, nous réalisons ensemble plusieurs expositions sur Granet, l’archéologie d’Entremont, quelques peintres comme Mondzain, Vieira da Silva, Arpad Szenès, Zawado, Aubrun, Sorgues. De manière plus personnelle vous assumez une exposition originale sous le titre la Passion selon Don Juan, démontrant votre passion pour l’Opéra (que vous m’avez fait découvrir en ouvrant une fenêtre du musée des Tapisseries sur la cour interdite de l’ archevêché) et sur un registre familial une autre exposition La Seconde et le siècle avec, en sous titre, 4 générations de photographes, photos Henry ELY. Déjà vous étiez devenu Conservateur en titre au musée des Tapisseries, et du pavillon Vendôme, quitte à participer pleinement comme commissaire à l’exposition Sainte-Victoire/Cezanne en 1990, Cezanne au fil de l’eau en 2000, Cezanne en Provence en 2006. Préalablement nous avions reçu le dépôt permanant de huit « Cezanne » au musée d’Aix en 1984. Je ne saurais oublier votre travail spécifique à l’époque pour identifier les sources de Cezanne au musée Granet. Votre texte reste une référence encore pour tous les cézanniens…

Je regagnais Paris en 2008 pour achever ma vie professionnelle. C’est tout naturellement que vous prenez alors la direction du musée Granet comme Conservateur en chef pour tout à la fois enraciner ce musée dans l’univers aixois que vous connaissez si bien, donner à ce musée la place internationale qui lui revenait par des expositions consacrées à (je cite dans le désordre) Picasso, Alechinsky, Bissière, Camoin, Hockney, Picabia, Plossu, Tal Coat Verdier, Cezanne encore dans le cadre de l’exposition les ateliers du Midi en 2013, sans oublier la mise en valeur de l’archéologie aixoise ou égyptienne. Sous votre mandat, des expositions plus historiques n’eurent pas moins un grand éclat mettant en valeur Constantin, Naples au XVIIeme siècle, Rome début du XIXème siècle, sans oublier Daret. Les plus grandes collections trouvaient avec vous un temps droit de cité à Aix. Citons la collection Fried Burda, la collection Pearlman, la collection du San Francisco Museum of art (collection Fisher), la collection De Vito de Naples. C’est vous qui avez muséographiquement porté la reprise de l’ancien Palais des Congrès (la Chapelle des pénitents blancs) pour la venue de la Fondation Planque, repris la mise en valeur de la collection de Philippe Meyer. L’accrochage des collections permanentes trouva encore une nouvelle visibilité.

Deux qualités majeures qui vous appartiennent m’ont toujours impressionné : vous savez parler. Combien de visiteurs n’ont-ils pas bénéficie de votre maîtrise de l’histoire de l’art, de l’œuvre exposée dans le cadre des visites, des conférences si nombreuses que vous avez faites, capable aussi bien d’intéresser un ministre qu’un élève issu d’un quartier défavorisé ! J’en viens à ce souci que vous avez toujours eu du public, de tous les publics certes, mais particulièrement du public scolaire, handicapé, avec un sens pédagogique exceptionnel. Je veux dire encore ici le souci du service public que vous avez toujours eu.

L’écriture n’en est pas moins un genre de communication que vous maîtrisez avec un style propre, soucieux d’une érudition si approfondie que les éditeurs ont toujours craint certains retards …  Ill fallait coûte que coûte aller au bout de la recherche dans une grand souci de vérité historique et documentaire.

On devait se retrouver pour partager ensemble l’année 2025 autour de Cezanne encore, Cezanne au Jas de Bouffan. Cette fois le Commissariat général de l’exposition vous revenait. J’intervenais comme associé. Est-il un seul musée de France qui voyait ainsi un ancien chef de service qui forma son stagiaire devenir son associé ? Il fallait, pour réussir ce tandem improbable une amitié indéfectible et sans faille au service d’une passion commune qui s’appelait le musée Granet avec comme obsession : redonner Cezanne à Aix et redonner Aix à Cezanne.

Quel sens donner à cette amitié ? En 1980, j’étais celui qui venait d’ailleurs, de Besançon, fonctionnaire de l’État, n’étant pas aixois par naissance et par formation, rattaché à ce pays d’Aix par Rousset seulement. Vous étiez à mes yeux celui qui incarnait cette ville, du fait de vos études à Aix, des liens tissés dès l’enfance, du fait entre autres de votre famille photographe de la ville d’Aix de père en fils sur 4 générations. Nous ne pouvions que nous opposer ou accorder nos goûts, nos compétences, nos réseaux. Ce la deuxième option que l’un et l’autre avons choisie.

En ce temps-là, j’employais un vouvoiement dont je ne peux me départir. Loin de marquer une distance, il a toujours marqué un respect dont l’amitié est la marque. Je ne veux terminer ce propos sans un mot pour Valérie qui a su si bien vous accompagner. »