Denis Coutagne

Le contexte historique :

Mai 1871 : traité de Paix de Francfort.

Bazille est mort.

Courbet arrêté, emprisonné à Versailles, condamné est transféré à Saint-Pélagie, et achève sa peine dans une maison de santé à Neuilly.

Manet est à Paris, Renoir y est revenu, Monet rejoint Argenteuil.

Pissarro  revient à Louveciennes.

Cezanne revoit Zola, les Aixois, Valabrègue, Roux et Alexis.

 

Les séjours de Cezanne à Auvers/Pontoise se situent tous entre 1872 et 1882

Revenu de l’Estaque en juillet 1871,  Cezanne s’installe d’abord rue de Chevreuse puis très vite rue de Jussieu près de la Halle aux vins (naissance de Paul Cezanne fils en janvier 1872).

Pissarro s’installe à Pontoise dans le quartier de l’Hermitage, 16 rue Mallebranche en août 1872. Il déménage, en octobre 1873, 26 rue de l’Hermitage.

Printemps 1872 – janvier 1874 : séjour partagé entre Auvers et Pontoise

Cezanne séjourne avec Hortense Fiquet à l’hôtel du Grand Cerf à Saint-Ouen l’Aumône.

Fin 1872, Cezanne  s’installe à Auvers sur Oise , non loin du docteur Gachet, 66 rue Rémy[1].

Cezanne peut rejoindre Pissarro, installé à Pontoise[2]  par train ou à pied ( environ 3 km de marche).

Début 1874 : Cezanne regagne Paris.

15 avril-15 mai première exposition du groupe impressionniste. Cezanne participe avec trois tableaux . Son adresse dans : le catalogue est 120 rue de Vaugirard.

Du 29 mai jusqu’à fin septembre 1874, Cezanne  est en Provence ( Aix en Provence).

Passage à Auvers fin novembre 1874[3].

Hiver-printemps 1875 : Cezanne à Paris[4].

Eté 1875 : passage à Pontoise[5].

Cezanne paraît avoir fait un voyage en Provence fin 1875[6].

Cezanne à Paris  durant l’hiver 1875-76, sans doute habitant  67 rue de l’Ouest[7].

Cezanne fait la connaissance de Chocquet par Renoir, début 1876.

Février 1876 : Cezanne et Choquet à Argenteuil chez Monet.

Début 1876 (30 mars –30 avril) deuxième exposition impressionniste[8] à laquelle Cezanne ne participe pas[9].

Cezanne est en Provence d’avril à août 1876 [10].

Septembre 1876 :  Cezanne travaille à Issy les Moulineaux avec Guillaumin.

Cezanne est de retour à Paris depuis Aix à l’extrême fin août ( Guillaumin à Gachet : « Cezanne est de retour depuis 3 ou 4 jours… il ira vous voir (à Auvers). Peut-être irons-nous ensemble ? »

Lettre de Cezanne à ses parents datée du 10 septembre 1876 : « Je n’ai pu encore aller voir Pissarro ni les autres personnes de ma connaissance, vu que je me suis mis à peindre de suite en arrivant le lendemain ».

Septembre 1876 : Passage à Auvers et Pontoise[11]

Cezanne attesté à Paris le 24 mars 1877.

Troisième exposition impressionniste 4-30 avril (présence de Cezanne).

Etude à Issy ( lettre à Zola 24 août).

Dîners du mercredi qu’offre le pâtissier Murer 95, bd Voltaire à Paris.

22 février 78 : Murer prévient Pissarro : «  l’ami Sézame part dans les premiers jours de Mars. Si vous désirez le voir avant son départ venez donc dîner Mardi prochain, il sera avec sa femme et son fils ».

Passage à Pontoise  au début du printemps 1877[12].

Mars 1878 à mars 1879 : Cezanne est à l’Estaque et Aix.

Avril 1879 à mars 1880 : essentiellement Melun ( visite à Médan en automne 79).

De mars 1880 à mars 1881 : Paris.

Présence à Pontoise  de mai 1881 à octobre 1881[13].

Visite à Médan (à pied)[14] fin octobre. Le séjour dure cinq semaines.

Juin : fait visiter Versailles à sa sœur et beau-frère…

« …en allant à Auvers »  (lettre à Zola de juillet 1881).

Passage à Paris où il garde son appartement.

Départ pour Aix  fin octobre 1881  (cf. lettre à Zola du 15 octobre).

Retour à Paris  début 1882.

Mars-octobre 1882 : Cezanne rue de l’Ouest à Paris , séjour entrecoupé de déplacements à Pontoise, Médan, Hattenville…

Passage à Pontoise au cours de l’été 1882.

Séjour à Médan (cinq semaines pendant l’automne).

Conclusion

On compte deux longs séjours de Cezanne à Auvers/Pontoise entre 1872 et 1882.

  • Le premier long séjour dure plus d’une année (de 1872 à 1874) soit toute l’année 1873. Il habite une maison non loin du docteur Gachet, 66 rue Rémy[15], ce qui ne l’empêche pas d’aller à pied à Pontoise distant de  3 kilomètres[16] sinon tous les jours, en tout cas très fréquemment pour travailler auprès de Pissarro.
  • Le deuxième long séjour dure environ 6 mois : Cezanne séjourne à de mai à octobre 1881.

Pour le reste,  il s’agit de passages difficiles à comptabiliser absolument : on en dénombre au moins 4. Mais ces passages paraissent chaque fois de courte durée.

Une chose paraît certaine : Cezanne ne revient plus à Auvers-Pontoise après 1882 (si l’on excepte quelques séjours à Médan chez Zola).

 


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[1] Lettre de Pissarro à Guillemet  3 septembre 1872 :

« Guillaumin vient passer quelques jours chez nous ; il travaille le jour à la peinture et le soir à ses fosses ( cf service des Ponts et Chaussées) quel courage ! Notre Cezanne nous donne des espérances et j’ai vu et j’ai chez moi une peinture d’une vigueur, d’une force remarquable. Si, comme je l’espère, il reste quelque temps à Auvers où il va demeurer, il étonnera bien des artistes qui se sont hâtés trop tôt de le condamner »  (cité par Beucken p. 113)

[2] Pissarro s’est installé vers le 8 avril 16 rue Mallebranche (actuel 18 rue Revert)

[3] Lettre du docteur Gachet à sa femme  (26 nov.)

[4] Alfred Meyer entend fondre une nouvelle association d’artistes : “L’Union”. Les statuts sont déposé le 18 août (Statuts de l’Union, société anonyme à personnel et capital variables des artistes, peintres, sculpteurs, graveurs, architectes, lithographes, céramistes, musée Pissarro Pontoise) Elle comprend 19 adhérents dont Pissarro (à Pontoise 10bis rue de l’Ermitage), Edouard Béliard (quai de Pothuis à Pontoise), et Paul Cezanne : rue de l’ouest 67, Paris.

[5] Seul le rapprochement de tableaux peints par les deux peintres justifie cette assertion, les tableaux de Pissarro étant datés : Cezanne et Pissarro peignent côte à côte Le clos des Mathurins à Pontoise, La Rue de l’Hermitage au fond de l’Hermitage, Pontoise (daté 1875). I faut attendre  le 2 juillet 1876 pour que Cezanne écrivant à Pissarro fasse référence depuis l’Estaque (Provence) où il séjourne à leur amour commun pour le paysage. On peut estimer alors que Cezanne a retrouvé Pissarro du côté de Pontoise ou Auvers entre  fin 1875 et avril 1876…

[6] Cette suggestion s’appuie sur une lettre de Piette à Pissarro « Bonjour de ma part à monsieur Cezanne s’il est revenu de son voyage au pays du soleil. A-t-il rapporté un bon chargement d’études ? »  Cette lettre non datée (Archives Pissarro n° 139, citée dans Alain Mothe, Cezanne à Auvers sur Oise et Valhermeil) est écrite avant un « nouvel an » qui ne peut être que le nouvel an de janvier 1876.   Elle ne peut dater de 1874 dans un temps où Pissarro était chez Miette à Montfoucault (Mayenne).

[7] Par une lettre de Monet à Chocquet en date du 4 février 1876, on sait que Cezanne est à Paris à cette date (Alain Mothe, Cezanne à Auvers sur Oise et Valhermeil p. 48)

[8] dans la galerie Durand-Ruel rue Le Peletier.

[9] De retour à Paris Cezanne écrit à ses parents : «  J’ai appris que l’exposition organisée par les peintres de notre bord a très bien marché en avril dernier » (Alain Mothe, Cezanne à Auvers sur Oise et Valhermeil p. 119).

[10] Cezanne dans un lettre particulièrement riche à Pissarro écrit notamment : «  que nos doux paysagistes d’Auvers seraient heureux ici, et ce grand con de Guillemet » . Il fait référence ici à des peintres proches de Pissarro et Cezanne ayant travaillé à Auvers.

[11] Certitude de Cezanne à Paris en février 1876 ( lettre de Monet à Chocquet 4 février 1874.  En contrepartie lettre de Piette à Pissarro : «  l’ami Cezanne est-il revenu ? a-t-il rapporté les ciels bleus dont parlent mes poètes et dont nos brumes colorées et obéissantes à la perspective ne nous laissent trop privés ? »

[12] deux groupes de tableaux  attestent leurs rencontre : La côte Saint Denis à Pontoise (La côte des bœufs) R312 , Le jardin de Maubuisson Pontoise R311 et Potager et arbres en fleurs  (Pissarro 1877). Cezanne a sans doute été hébergé chez Pissarro 18 rue de l’Hermitage).

[13] « Il y a deux jours que je suis à Pontoise… Je demeure actuellement Quai du Pothuis 31 à Pontoise » (lettre à Zola du 7 mai).

[14] « Bien sûr que, comme tu le dis, mon séjour à Pontoise ne m’empêchera pas d’aller te voir, au contraire, j’ai comploté d’aller à Médan par voie de terre et aux frais de mes jambes… » ( lettre à Zola du 20 mai 1881)

[15] Paul Gachet, Deux amis des Impressionnistes, le docteur Gachet et Murer, Paris, Editions des musées nationaux, 1956, p. 51 : « il loue une bicoque qui lui permet tout juste de peindre dehors, et ayant bien du mal à trouver les cent francs par an qu’il doit à Marguerite Drop ».

[16]  On relève une lettre de Cezanne à Pissarro écrite de Pontoise le 11 décembre 1872 pour l’informer qu’il n’a pu prendre le chemin de fer pour rentrer de Pontoise à Auvers (« j’ai manqué le train »).