François Chédeville

Le Viaduc dans la plaine de l’Arc II (FWN273-R698)

(Cliquer sur les images pour les voir en vraie grandeur)

Les œuvres de Cezanne représentant le célèbre viaduc de chemin de fer de la vallée de l’Arc (dit viaduc de l’Arc de Meyran) sont au nombre de 17 : 7 toiles, 6 aquarelles et 4 dessins, que l’on peut regrouper en 3 séries et deux tableaux isolés.

Nous traiterons dans ce second chapitre du tableau FWN273-R698 La Montagne Sainte-Victoire c90.

La Montagne Sainte-Victoire (FWN273-R698) (titre de Rewald)

 Ce tableau représente la vallée de l’Arc comme les précédents (voir chapitre I : “Le viaduc dans la plaine de l’Arc I“), mais il centre l’angle de vision sur le premier sommet de la Sainte-Victoire.

Fig. 19 . R698 La Montagne Sainte-Victoire c90

Fig. 19 . FWN273-R698 La Montagne Sainte-Victoire c90

Le grand pin de gauche est le même que celui de la série FWN185-R511 examinée au premier chapitre. En effet, sa forme est très semblable à celle du pin de cette série, les correspondances étant très nombreuses :

20 Correspondance entre les pins

Fig. 20 . Correspondances entre les pins de FWN273-R698 et FWN185R511

Le cadre vert indique que Cezanne voit le pin de FWN273-R698 selon un angle où les deux branches principales de FWN185-R511 se superposent en partie, donc qu’il a légèrement « tourné » autour de lui dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, ce qui est également nécessaire pour que la Sainte-Victoire se situe maintenant à sa droite. Tout ceci implique qu’il s’est éloigné vers la gauche de la position de FWN184R512 sur la fig. 14. On peut donc faire l’hypothèse qu’il se situe à Montbriand même.

La ligne d’horizon se situe à gauche au bas de la colline de Bibémus en direction des Trois Bons Dieux et à droite au début de la barre rocheuse du Mont du Cengle près du Pas du Bœuf, le centre du tableau étant situé au Pas de l’Escalette (voir carte IGN, non reproduite ici pour alléger les figures) :

Fig. 21 . La ligne d’horizon du tableau

Fig. 21 . La ligne d’horizon du tableau

En reportant ces lignes sur la carte IGN et en les faisant converger vers Montbriand, on constate la cohérence entre le tableau et les indications topographiques correspondantes, notamment pour les diverses collines et le traitement du viaduc.

Cette cohérence renforce la probabilité de la localisation proposée.

N.B. : Agrandissement de l’angle du champ de vision de Cezanne à Montbriand sur la carte IGN, mettant en évidence la cohérence dans le traitement du viaduc avec la carte :

Fig. 22 . Champ de vision de Cézanne pour R698

Fig. 22 . Champ de vision de Cezanne pour FWN273-R698

Revenant au tableau, on remarque ensuite que la hauteur relative du pin par rapport à la montagne est pratiquement la même que pour FWN184R512 (à 1 ou 2m près plus haut). Cela implique que Cezanne se tient à un endroit qui a la même cote. Or ceci est le cas de la hauteur où se situe, à Montbriand, un petit bassin aujourd’hui désaffecté situé derrière l’ancienne bastide (la seule figurant sur le cadastre napoléonien, sous le nom de Bastide Crémieu) :

Fig. 23 . Le petit bassin de Montbriand

Fig. 23 . Le petit bassin de Montbriand

Il apparaît donc hautement probable que Cezanne se tenait à l’angle ce bassin pour peindre FWN273-R698[1].

[1] Je ne partage donc pas le point de vue de Bruno Ely (p. 180 du catalogue de l’exposition Cezanne en Provence), qui situe le peintre dans le vallon séparant le promontoire dominant Le Tubet et celui de la Bastide Vieille, où par ailleurs n’existe pas de mur bordant une terrasse, qu’on ne retrouve ni sur le cadastre napoléonien, ni sur les photos aériennes ultérieures datant d’avant la construction de la maison de retraite. En outre, cette localisation ne rendrait pas compte de la présence du grand pin à gauche identique au pin de FWN185R511 et FWN184R512, et il faudrait supposer qu’il s’agit d’un autre arbre. Comme nous l’avons montré fig. 20, ceci est hautement improbable. Voir au chapitre III l’étude sur La Montagne Sainte-Victoire au grand pin pour la bastide au toit caractéristique dont parle Bruno Ely, c’est-à-dire la Bastide Vieille.

Voici une photo contemporaine prise du coin de ce petit bassin :

 Fig 23bis . Vue depuis le petit bassin aujourd’hui (photo Didier Bonfort)


Fig 23bis . Vue depuis le petit bassin aujourd’hui (photo Didier Bonfort)

La seule difficulté tiendrait à la hauteur de la végétation vers le Tubet. Mais on a vu  (Fig. 5) qu’en 1959 encore, les arbres du talus entre Montbriand et Le Tubet étaient très peu développés, voire inexistants. D’où certainement aussi le choix de ce lieu pour la série FWN185R511 et pour FWN273-R698, dont le caractère tient particulièrement à l’émergence du grand pin qui domine toute la végétation alentour.

En transposant les limites du champ de vision de la fig. 22 sur une image 3D, on obtient confirmation de la validité de la localisation proposée (malgré la déformation du premier plan qui allonge beaucoup le bas de l’image, impossible à corriger sur Google Earth) :

 

Fig. 24 . Champ de vision en 3D

Fig. 24 . Champ de vision en 3D

Cette validité est également confortée par la comparaison entre les constructions de la vallée figurant au cadastre napoléonien et le tableau FWN273-R698 :

Fig. 25 . Les constructions de la plaine en 1828

Fig. 25 . Les constructions de la plaine en 1828

Fg. 26 . Les constructions de la plaine représentées par Cézanne

Fg. 26 . Les constructions de la plaine représentées par Cezanne

Tout ceci considéré, on peut donc avec certitude proposer pour ce tableau le titre suivant, plus précis que celui de Rewald :

 FWN273-R698 La Montagne Sainte-Victoire vue du bassin au-dessus de Montbriand c90.