Sommaire

Le vocabulaire graphique de Cezanne

 François Chédeville

 

Cet article fait référence aux recherches sur la stylistique cézannienne, dont il prolonge les conclusions, cf. Les dessins de Cezanne : éléments de stylistique,

Pour décrire les outils élémentaires constituant le “vocabulaire” de la stylistique cézannienne en matière de dessin, nous les avons classés en quatre catégories distinctes :

  • les différents types de lignes de contours internes ou externes des objets représentés ;
  • les moyens utilisés pour rendre ces lignes parlantes en les renforçant ou les dissolvant ;
  • les outils de mise en valeur des volumes et des ombres et lumières dans les dessins ;
  • les procédés de mise en perspective des différents plans d’un dessin.

 

I – LES DIFFÉRENTS TYPES DE LIGNES DE CONTOUR DES OBJETS

On peut distingue deux grandes catégories de lignes de contour : les lignes continues qui, selon une conception classique, doivent représenter la totalité de la surface de contact d’un objet donné avec son environnement, et les lignes de contour discontinues, qui jouent sur les interruptions du trait pour dynamiser la figure.

I-1  – La ligne de contour continue

I-1-1 – La ligne classique

Parfois quasi-inexistante, elle ne délimite que légèrement le contour de la figure, davantage indiqué par l’intensité variable des grisés :

Fig. a – Ligne de contour classique (C0078a)

I-1-2 – La ligne de contour continue bosselée

Assez marquée, elle exagère les courbes et donne un aspect anguleux aux contours, en s’éloignant délibérément de la vérité anatomique des académies classiques.

Fig. b – Ligne de contour continue bosselée (C0099, C0080, C0106, C0111)

Ce procédé est très courant, car tout se passe comme si Cezanne voulait la plupart du temps gommer tout aspect lisse de ses contours, un peu comme le fait Rodin dans ses sculptures ou un enfant avec de la pâte à modeler. Il multipliera les aspérités et les excroissances arrondies le long des lignes de contours, et cela jusqu’à la fin.

Fig. c – Ligne de contour bosselée au niveau de la hanche et de la cuisse (C0082b)

RW037 Baigneurs et baigneuses 70-75

Ce procédé sera systématisé par des artistes comme Egon Schiele, dont c’est un des traits de style les plus caractéristiques :

Quelques dessins d’Egon Schiele

I-1-3 – La ligne de contour continue fluide, toute en arrondis

Il existe cependant quelques dessins où à l’inverse la ligne de contour cherche à gommer la plupart des aspérités et à donner la sensation d’un mouvement fluidifié.

Fig. d – Ligne de contour continue fluide en arrondis (C0190)

I-2 – La ligne de contour discontinue

I-2-1 –  La ligne de contour ondulante brisée

Cette ligne est faite de segments ondulants successifs avec pour effet d’alléger la figure pour rendre la sensation de mobilité du modèle :

Fig. e – Ligne de contour ondulante brisée (CS1865V-3)

I-2-2 – La ligne de contour ondulante brisée bosselée

La ligne est faite de segments arrondis successifs continus, alternés, voire superposés en partie, donnant un aspect quasi grumeleux à la figure.

Fig. f – Ligne de contour ondulante brisée bosselée (C0057a)

I-2-3 – La ligne de contour heurtée à segments rectilignes

Antithèse de la ligne précédente, la ligne est ici formée d’une succession de segments rigides séparés ou se heurtant à leur point de contact, formant des angles vifs soulignant avec une certaine brutalité le dynamisme de la figure :

fig. g – Ligne de contour heurtée à segments rectilignes (C0094a)

Cette raideur des traits constitutifs des bords des objets se retrouve parfois dans l’indication des plis de vêtements, rendus rigides par l’usage de longs segments de droite éliminant les arrondis dans les angles qui sont à angles vifs :

Fig. h – Ligne de contour heurtée à segments rectilignes (CS1875-77-2)

I-2-4 – Le contour en boucles ovales dans les feuillages

Les feuillages étant par nature discontinus, Cezanne les représente en accumulant toute une série de petites boucles plus ou moins ovales et plus ou moins ouvertes, de façon très caractéristique :

Fig. i – Feuillage en boucles ovales (C0793, C0884)

Noter que parfois cette technique finit par se confondre avec les hachures dites « en bouclettes »,  examinées plus bas (cf. II-3-3) :

Fig. j – Feuillage en boucles ovales très serrées (C0474A)

I-2-5  – Le contour en boucles ovales dans les chevelures

Cette technique est caractéristique de quelques bustes des années 90 où les boucles s’enchaînent en formant des serpentins par endroits.

Fig. k – Les chevelures en boucles et serpentins (C1026, C1027)

 

II – LE RENFORCEMENT DE LA LIGNE DE CONTOUR

 Ce renforcement se fait soit par l’appui plus ou moins intense du crayon sur la ligne elle-même, soit par son redoublement de traits supplémentaires l’accompagnant.

II-1 – La ligne de contour continue d’intensité variable

Procédé très commun pour mettre en valeur une partie du contour par contraste avec ce qui l’entoure ou le reste de la figure.

Fig. l – Ligne de contour continue d’intensité variable (C0205-2)

II-2 – La ligne de contour continue redoublée

II-2-1 – Doublement ou triplement de la ligne de contour elle-même

Les différents traits sont de même intensité.

Fig. m – Ligne de contour continue redoublée (C0190, C070b)

II-2-2 – Ligne de contour de base accentuée et doublée par un ou plusieurs traits plus fins

Ce procédé permet d’introduire un certain « vibrato » dans le contour.

Fig. n – Ligne de contour de base doublée d’un trait plus fin (C0081, CS1865-67 I, C0208a, C0095)

Ces procédés, utilisés très tôt, seront constants dans la production cézannienne.

II-3 – La ligne de contour brouillée

Dans le but de mettre la figure en mouvement, Cezanne utilise plusieurs procédés pour échapper à l’aspect statique d’une ligne de contour continue ou discontinue simple.

II-3-1 – Lignes de contour continues effilochées

La superposition de lignes de contour visant à renforcer la ligne principale (cf. 1-3-2) se complique ici avec le foisonnement de lignes parallèles très serrées de longueurs variables, comme les fils d’un tissu effrangé ou effiloché, créant un effet de halo sur les bords de la figure.

Fig. o – Lignes de contour continues effrangées (C0973)

II-3-2 – Lignes de contour flottantes ondulées

  • Il n’y a plus de ligne de contour principale redoublée comme dans I-3-2 ou I-4-1, mais un ensemble de lignes séparées, d’intensité à peu près équivalente, flottant autour d’une ligne de contour virtuelle non tracée. Puissant moyen pour suggérer une figure en mouvement, très souvent utilisé.

Fig. p – Ligne de contour flottante ondulée (C0097, C0482, C0658)

  • Ce procédé de lignes ondulées se retrouve très souvent à l’intérieur même de la figure, créant un réseau de lignes floues interdisant de fixer précisément les plis d’un vêtement, par exemple :

Fig. q – Lignes ondulées internes (chaque flèche pointe une ligne différente) (C0174a)

  • Dans quelques dessins, ce procédé connaît un développement de type cancéreux qui rend la figure pratiquement illisible tant la volonté de rendre la dynamique du mouvement interdit d’en fixer ou d’en suggérer une limite instantanée. Tout est à base de longues courbes sinueuses entremêlées.

Fig.  r – Ligne de contour flottante ondulée anarchique (C0195, C0193)

  • Une variante de ce type de ligne de contour s’applique particulièrement bien à la représentation des ondulations de la chevelure laissée libre quand elle n’est pas essentiellement constituée de bouclettes serrées.

Fig.  s – Ligne de contour flottante ondulée dans la chevelure (C0601, C1033)

II-3-3 – La ligne de contour flottante à longs traits rectilignes

Même type de logique sous-jacente, laissant à l’observateur le soin de deviner où s’arrête la figure. Sert aussi à créer un effet de transparence.

Fig. t – Ligne de contour flottante à longs traits rectilignes (C0090b)

II-3-4 – La ligne de contour multipliée de façon anarchique

Parfois l’effet de flou est maximum et l’on ne parvient plus à définir la limite de l’objet représenté.

Fig. u – Ligne de contour indiscernable (C0066a)

II – 4  –  La ligne de contour « à choix multiple »

 Dans certains cas Cezanne nous donne à choisir entre deux ou plusieurs versions simultanées possibles de la ligne de contour. Ce procédé s’apparente à la superposition de deux images consécutives de dessin animé. L’une des hypothèses peut être privilégiée par un renforcement du trait de crayon, mais ce n’est pas une règle générale.

Fig. v – Ligne de contour à choix multiple (C0186b, C0241c, C0511, C0087bis)

III – LE MODELÉ DES VOLUMES

III-1 – Le modelé classique par les dégradés de gris

III-1-1 – Les dégradés de gris classiques

Ils sont évidemment dominants durant la période d’apprentissage précédant l’année 1961, notamment dans les premières académies dont le modelé repose entièrement sur ce procédé.

III-1-2 – Les frottis de gris en taches

  • Cezanne utilise couramment les frottis de gris par petits paquets répartis sur la figure elle-même pour modeler les creux et les saillies et indiquer lumières et ombres.

Fig. w – Petits paquets de frottis gris (C0473)

  • Ces petits paquets peuvent d’ailleurs se muer assez souvent en taches noires de formes diverses (triangles, boudins…) rythmant fortement les surfaces ou soutenant les lignes du dessin, formant ainsi un contraste violent avec le reste de la figure. Ces taches noires forment autant de points d’accroche pour le regard dans l’équilibre global de la composition :

Fig. x – Taches noires (C0494, C0306, C353b)

III-2 – Les hachures rectilignes

 III-2-1 – Les hachures à longs segments rectilignes

  •  Elles se superposent assez souvent à un frottis de gris servant de fond :

Fig. y – Hachures longues rectilignes sur frottis gris (C0173a, C0211, C0229)

  • Elles peuvent être très serrées, créant l’équivalent d’un frottis gris. Un certain nombre de paysages comportant des constructions humaines est ainsi construit à partir de hachures longues rectilignes plus ou moins serrées.

Fig. z – Hachures longues rectilignes serrées (C0170a, C0806)

  • Elles peuvent être plus lâches et tracées en zigzag (donc reliées par leur extrémité au lieu d’être constituées de segments parallèles)

Fig. aa – Hachures longues rectilignes en zigzag (C0218a , C0065a)

  • Elles peuvent même servir à structurer et modeler toute la figure, en jouant sur les différences d’intensité du trait de crayon, comme dans C0950.

Fig. ab – Modelage d’une figure par hachures longues rectilignes d’intensité variable (C0950)

III-2-2 – Les hachures à courts segments rectilignes parallèles sous forme de griffures

C’est certainement un des outils les plus fréquents dans toutes sortes de familles de dessins de Cezanne.

  • Utilisées par paquets contigus parallèles, elles rythment les volumes.

Fig. ac – Griffures par paquets contigus parallèles (C0183)

  • Ces griffures peuvent se superposer à des frottis de gris.

Fig. ad – Griffures sur frottis (C0668)

  • Ces « paquets de griffures » peuvent aussi mettre en valeur la construction de l’image, leur orientation venant en appui des directions principales selon lesquelles la figure est disposée.

Dans l’exemple ci-dessous la plupart des paquets de hachures, perpendiculaires à l’axe des bras et aux autres éléments de l’image parallèles à cet axe, leur fournissent un appui permettant d’éviter que toute l’image bascule du haut en bas selon l’oblique des bras :

Fig. ae – Les petits paquets de griffures (C0385)

  • Ce procédé permet de construire des effets de relief ou de volume complexes en juxtaposant des petits paquets de griffures de directions différentes. Cezanne utilise souvent cette méthode.

Fig. af – Juxtaposition de paquets de griffures (C0219b, C0514)

  • La construction de certains paysages repose presque entièrement sur ce procédé des petits paquets de griffures, avec l’appui de la technique des taches noires par endroits.

Fig. ag – Construction de l’image par paquets de griffures et taches noires (C0784, C0790)

III-2-3 – Les hachures à courts segments rectilignes parallèles en appui de la ligne de contour

Elles sont un autre moyen de renforcer celle-ci et/ou indiquent l’orientation du volume de l’objet délimité par la ligne de contour.

Fig. ah – hachures courtes rectilignes en appui de la ligne de contour (C0171a)

III-3  – Les hachures courbes

III-3-1 – Les hachures courbes longues

Elles servent à rendre la forme globale perceptible dans son volume.

Fig.  ai – Hachures courbes longues (C0127b, C0087bis)

III-3-2 – Les hachures courtes courbes parallèles en appui de la ligne de contour

Comme en II-2-2, elles renforcent la ligne de contour et font apparaître la rondeur du volume délimité par elle.

Fig. aj – hachures rondes courtes en appui de la ligne de contour (C0082b)

III-3-3 – Les hachures en « bouclettes »

La figure est saturée de petits segments formant des boucles de tailles diverses plus ou moins régulières ou des serpentins en zigzag s’entremêlant de façon si dense qu’aucun des traits n’a de signification particulière discernable mais que l’ensemble, en jouant également sur la pression du trait de crayon, finit par rendre le volume de l’objet représenté.

Fig. ak – Hachures en bouclettes (C0090a)

Toute cette figure est construite à partir d’un réseau serré de petits segments ondulants courbes ou en forme de serpentins, avec un nombre minimum de hachures droites. Certains sont tracés avec légèreté, d’autres en contraste extrêmement marqués, les premiers formant une sorte d’arrière-fond sur lequel se détachent puissamment les seconds, créant ainsi un effet de relief saisissant entre les différents plans de la figure, rapprochant les uns, éloignant les autres.

III-3-4 – Les « griffures croisées en grille »

Elles sont obtenues par croisement de hachures droites et/ou courbes à angle droit ou légèrement oblique, et généralement de petite taille pour constituer des paquets à juxtaposer.

  • Ce procédé est très commun. Il peut servir à modeler tout le sujet :

Fig. al – Griffures croisées en grilles (C0210)

  • Mais le plus souvent il est utilisé de la même façon que les paquets de griffures parallèles (cf II-2-3), par « plots » situés ici et là sur la surface du sujet pour faire ressortir telle aspérité ou tel jeu d’ombre et de lumière.

Fig. am – Griffures droites combinées aux griffures en grille (C0103a)

III-4 – L’utilisation des réserves : le vide comme élément de vocabulaire

 On sait l’usage permanent des réserves en peinture et en aquarelle comme élément signifiant ; il en est de même dans le dessin cézannien, le vide tenant parfois la première place dans le modelé des figures.

Fig. an – La réserve outil de modelage (C1087, C1203)

IV – LES OUTILS DE LA PERSPECTIVE

Cezanne utilise divers procédés pour séparer les différents plans d’une figure.

IV – 1 – Arrière-plans figuratifs

Solution la plus simple pour faire ressortir les premiers plans : dessiner le contenu du fond.

Fig. ao – Arrière-plans figuratifs (C0850, C0574, C0729, C0294a)

IV – 2 – Arrière-plans allégés

 C’est la solution que préfère Cezanne : il se contente très souvent d’esquisser l’arrière-plan avec un minimum de hachures droites ou courbes, en serpentins ou en tortillons dispersées sur le fond et suffisantes pour rapprocher les figures du premier plan.

Fig. ap – Arrière-plans allégés (C0440)

IV – 3 – Fonds sombres sur lesquels se détachent les premiers plans

IV-3-1 – Arrière-plans par frottis uniformément sombres, en tout ou partie

Fig. aq – Arrière-plans par frottis sombres (C0110a, C1015)

IV-3-2 – Arrière-plans plus ou moins assombris par combinaison de hachures

Ils sont éventuellement renforcés par des parties uniformément sombres. On peut combiner hachures longues droites  et courbes, et hachures courtes en paquets adjacents ou en grilles entrecroisées.

Fig. ar – Arrière-plan assombri par combinaison de hachures (C0132a, C1088, C0080-1, C0448)

IV – 4 – Halo sombre encadrant les figures principales

  • Parfois la figure principale se détache du fond par un encadrement sous forme de halo constitué de hachures droites et/ou grillagées.

Fig. as – Halo de hachures droites et grillagées (C0635, C0987, CS1866-69 A)

  • Une variante consiste à appuyer la ligne de contour sur un ensemble de hachures courtes droites extérieures à la figure (donc à l’inverse de III-2-2 où les hachures d’appui sont à l’intérieur de la figure).

Fig. at – Halo constitué de fines hachures courtes posées en appui de la ligne de contour (C0557)

IV – 5 – Séparation des plans par l’intensité différenciée du trait de crayon

IV–5-1 – Figures pâles en arrière-plan

Contrairement aux procédés précédents dans lesquels l’arrière-fond est assombri pour faire valoir les figures du premier plan jouant sur des réserves blanches, Cézanne ne se prive pas d’utiliser à l’inverse un moyen classique de séparation des plans : il consiste à affaiblir l’intensité du trait de crayon des figures à l’arrière-plan, sur lequel se détachent, en traits de crayons accentués, les plans rapprochés.

Fig. au – Figures d’arrière-plan en traits pâles (C0167, C0221)

Dans ce cas le dessin des objets situés en arrière est esquissé de façon beaucoup moins précise que celui des objets situés en plans rapprochés

IV-5-2 – Figures foncées en arrière-plan

Cezanne n’hésite pas à faire l’inverse, et  à situer les objets de l’arrière-plan en foncé par contraste avec les premiers plans jouant sur les réserves laissées en blanc

Fig. av – Figure foncée en arrière-plan (C0255)

IV-5-3 – Création des différents plans uniquement par hachures différenciées

Dépassant les contrastes clair/obscur affectés respectivement aux plans arrière et avant comme dans IV-1 et IV-2, Cezanne est capable de bâtir une perspective dans laquelle on trouve du clair et de l’obscur uniquement fondé sur un jeu de hachures de formes et d’intensité variables au sein de tous les plans de la figure, faisant jouer ces contrastes dans chaque plan.

Fig. aw – perspective fondée uniquement sur le jeu des hachures et des contrastes (C0885)

V – LA SYNTAXE

Dès les débuts, Cezanne combine les mots de son vocabulaire graphique pour former des phrases, comme on peut le voir sur cet exemple du début des années 1860 :

Fig.  ax – Une « phrase graphique » typiquement cézannienne (CS1865V-1)

  • ligne de contour doublée sur le bras gauche du cavalier et le poitrail du cheval : effet de mouvement (cf. I-2-1) ;
  • ligne de contour anarchique pour la queue du cheval : mouvement encore plus net (II-3-4) ;
  • ligne de contour renforcée en jouant sur l’intensité du trait, sur les pattes du cheval et la jambe du cavalier, pour marquer la séparation des plans (effet de perspective, IV-5-1). Cf. aussi la chaussure du cavalier et sa main gauche ;
  • Hachures droites en zigzag pour marquer le contraste entre le premier plan du poitrail du cheval laissé vide et la poitrine du cavalier au second plan  (III-4 et III-2-1);
  • Tête du cheval traitée par toute une série de très petits segments droits accolés (et accentués pour rapprocher cette tête de l’observateur par rapport à la poitrine du cavalier) lui conférant une certaine raideur et une présence qui n’est pas sans rappeler une sculpture ou un masque africain (I-2-3 et IV-5-1).

Les combinaisons les plus courantes mettent presque toujours en œuvre un système de hachures, par exemple en fond d’image. Dans l’exemple suivant, on trouve une combinaison de hachures longues droites  et courbes, et hachures courtes en paquets adjacents ou en grilles entrecroisées.

Fig. ay – Une combinaison variée de types de hachures (C0448, et cf. Fig. ar)

Voici un autre exemple combinant de multiples procédés :

Fig. az – Combinaison de procédés divers (C0125B)

Dans cet exemple, on peut trouver par endroits :

  • des lignes de contour continues simples accentuées de façon variable (cf. II-1) ;
  • des lignes de contour renforcées par doublement du trait (cf. II-2-1), par accolement de taches noires (cf. III-1-2), et certaines par hachures courtes, droites ou courbes, venant en appui sur elles (cf. III-2-3 et III-3-2) ;
  • des lignes de contour intérieures bosselées (cf. I-1-2);
  • tous les styles de griffures droites ou courbes (cf. III-2-2) ;
  • des griffures en grilles  (cf. III-3-4) ;
  • une séparation des plans par hachures très légères au fond et des hachures en grille au premier plan sur la table (cf. IV-5-3), et à l’arrière du crâne la figuration de son bord (cf. IV-1).

Reste maintenant à distinguer les grandes catégories de « phrases graphiques » propres à Cezanne, combinant la quarantaine de mots de son vocabulaire. On pourrait être tenté d’imaginer que chaque thématique a son phrasé propre, mais c’est peu vraisemblable compte tenu de la grande variété des combinaisons d’outils que l’on a déjà pu observer. Même un thème plutôt uniforme comme les baigneurs ou baigneuses, dès lors que l’on compare sur quelques  dessins les « mots graphiques » utilisés, révèle des disparités considérables dans le traitement de ce thème.

 

Cette étude reste donc à mener actuellement.