François Chédeville

Identification de la position de Cezanne peignant la Place de la Préfecture à Melun

(Cliquer sur les images pour les voir en vraie grandeur)

L’objet de ce qui suit est, tout en confirmant la localisation du tableau représentant une “Place de village” de Rewald (FWN170-R495) comme “L’Église Saint-Aspais vue de la place de la Préfecture à Melun“, d’analyser la façon dont Cezanne s’approprie en peinture ce qu’il peut observer, pour mettre en évidence la grande précision de ses représentations – ce qui n’exclut pas certaines modifications subtiles dont l’effet pictural peut être justifié. L’examen du site se fait ici à partir de cartes postales anciennes et de vues satellite (par Google Earth) de la portion de Melun comprise grosso modo entre les tours de l’église Notre-Dame (à droite du tableau) et le clocher de l’église Saint-Aspais, vus depuis la place de la Préfecture.

Partant du n° 2, Place de la Préfecture habité par Cezanne (au 2e étage en avril 1879) et dirigeant le regard vers le sud-ouest, le site actuel se présente ainsi :

Fig. 1 Vue aérienne du site (Google Earth)

Fig. 1 Vue aérienne du site (Google Earth)

Les deux lignes droites rouges partant du 2, Place de la Préfecture délimitent globalement l’espace du tableau visible de la fenêtre de Cezanne. Cet espace sera précisé par la suite.

Élimination de l’hypothèse selon laquelle le peintre se serait tenu à l’angle de la Place de la Porte de Paris                                         

Comme la vision du tableau peut donner l’impression que l’église Saint-Aspais se situe trop près du peintre par rapport à la distance apparaissant sur la photo satellite entre cette église et la place de la Préfecture, il a parfois été avancé que le peintre aurait pu se tenir sur la Place de la Porte de Paris qui serait donc cette « place de village » que représente le tableau. Si c’est le cas, nous disposons de trois hypothèses :

Fig. 2. Vue aérienne de la Place de la Porte de Paris (Google Earth)

Fig. 2. Vue aérienne de la Place de la Porte de Paris (Google Earth)

Voici une vue générale de cette place orientée dans le sens contraire de la carte précédente, vue depuis le clocher de Saint-Aspais :

Fig. 3. Vue de la place de la Porte de Paris depuis le clocher de Saint-Aspais

Fig. 3. Vue de la place de la Porte de Paris depuis le clocher de Saint-Aspais

 L’hypothèse 1 suppose que Cezanne se tenait à la lucarne indiquée sur cette carte postale (orientée vers la tour Saint-Barthélémy, en tournant le dos à l’église Saint-Aspais  comme sur la Fig. 3) :

Fig. 4. Hypothèse 1 - vers 1900

Fig. 4. Hypothèse 1 – vers 1900

Cezanne ne pouvait être plus à gauche, car il aurait été gêné par le bâtiment au premier plan à gauche de la Fig. 3[1]. De cette lucarne, il est impossible de voir une plantation d’arbres qui se situerait sur la place elle-même, et la rangée de maisons de gauche sur le tableau de Cezanne ne correspond pas à l’emplacement des maisons de la rue du Miroir (celle qui mène à Saint-Aspais dans le prolongement de la rue Saint-Barthélémy après la place de la Porte de Paris).

Une vue approximative prise depuis cette lucarne ressemblerait à cela :

Fig. 5. Hypothèse 1 - vers 1904

Fig. 5. Hypothèse 1 – vers 1904

  •  L’hypothèse 2 interdit de même une plantation d’arbres qui se situerait en plein sur le boulevard Victor Hugo, et ne peut expliquer la rangée de maisons à gauche du tableau de Cezanne, qui correspondrait à la rue du Miroir.
  • L’hypothèse 3 permet d’imaginer que la rangée des maisons à gauche du tableau de Cezanne correspond au débouché dans la Place de la Porte de Paris de la rue des Fossés (qui prolonge le boulevard Victor Hugo de l’autre côté de ladite place), d’autant qu’une plantation d’arbres y figure (cf. Fig. 3).
Fig. 6. Hypothèse 3 - vers 1915

Fig. 6. Hypothèse 3 – vers 1915

Mais toute la droite du tableau de Cezanne ne peut correspondre à la réalité observable, sinon Cezanne aurait planté ses arbres en triangle juste à l’entrée du boulevard Victor Hugo. Dans ce cas, le bâtiment au fronton triangulaire et le bâtiment de biais situés juste derrière les arbres sur le tableau se trouveraient en plein milieu de la Place de la Porte de Paris.

Fig. 7. Hypothèse 3 - 1915

Fig. 7. Hypothèse 3 – 1915

En outre, les arbres plantés là ne forment pas un triangle et ne correspondent ni par leur forme ni par leur implantation à ceux du tableau, et cela dès les plus anciennes cartes postales :

Fig. 8. Hypothèse 3 - Les arbres vers 1903

Fig. 8. Hypothèse 3 – Les arbres vers 1903

 Conclusion : la position de Cezanne sur la place de la Porte de Paris est indéfendable.

 

Détermination de la position de Cezanne sur la Place de la Préfecture

Cette place est triangulaire, bordée au nord-ouest par une rangée de maisons (dont le n° 2 où logeait Cezanne), au nord-est par la rue Saint-Barthélémy et au sud-est par la Préfecture.

Voici une vue aérienne actuelle :

Fig. 9. Vue aérienne de la Place de la Préfecture

Fig. 9. Vue aérienne de la Place de la Préfecture

 Voici deux vues de la façon dont elle se présente aujourd’hui :

 

Fig. 10. La Place de la Préfecture

Fig. 10. La Place de la Préfecture

Fig. 11. La Place de la Préfecture (en direction du NE)

Fig. 11. La Place de la Préfecture (en direction du NE)

On peut constater qu’il ne reste rien de l’implantation végétale de la place telle que l’a connue Cezanne au pied du clocher Saint-Barthélémy[2].

Dans un premier temps, grâce aux cartes postales anciennes, on peut rétablir le plan au sol des arbres peints par Cezanne.

Implantation des arbres de la place

Une implantation en triangle

D’après un dessin du début de la seconde moitié du XIXe, on peut constater qu’il y a 6 rangées d’arbres faisant face au 2, place de la Préfecture :

 

Fig. 12. Implantation des arbres (dessin du 19e siècle)

Fig. 12. Implantation des arbres (dessin du 19e siècle)

Après avoir été taillés, ces arbres prennent la forme caractéristique présente dans le tableau de Cezanne.

Fig. 13 - Les arbres taillés

Fig. 13 – Les arbres taillés

Pour déterminer la position précise sur la place du triangle formé par ces arbres, on peut se servir de différentes cartes postales :

  • Le haut des rangées d’arbres se situe au niveau de la première fenêtre de la deuxième maison de la rue Saint-Barthélémy sur la place (maison située juste après celle de Barraud) :
Fig. 14. Position des arbres sur le haut de la place (1915)

Fig. 14. Position des arbres sur le haut de la place (1915)

 Diverses autres vues prises à peu près sous le même angle confirment cette implantation.

Sur la photo aérienne de la place aujourd’hui, cette limite haute des arbres est figurée en rouge par un trait épais :

Fig. 15. Limite haute des arbres

Fig. 15. Limite haute des arbres

  • Le point bas des rangées d’arbres se situe au niveau de la cinquième maison de la rue Saint-Barthélémy, reconnaissable au fait qu’elle comporte deux chiens assis :
Fig. 16. Vue vers l'église Saint-Aspais depuis le clocher Saint-Barthélémy (1904)

Fig. 16. Vue vers l’église Saint-Aspais depuis le clocher Saint-Barthélémy (1904)

N.B. : Cette maison a été rehaussée ultérieurement d’un étage et comporte désormais quatre chiens assis :

Fig. 17. Rehaussement ultérieur de la 5e maison (1930)

Fig. 17. Rehaussement ultérieur de la 5e maison (1930)

Plus précisément, le niveau le plus bas des arbres se situe en face de la première devanture de magasin de cette cinquième maison (qui en comporte deux plus une porte cochère) :

Fig. 18. Vue vers l’église Saint-Aspais

Fig. 18. Vue vers l’église Saint-Aspais

 

Fig. 19. Vue vers la tour Saint-Barthélémy

Fig. 19. Vue vers la tour Saint-Barthélémy

Sur la photo aérienne de la place aujourd’hui, cette limite basse est figurée en rouge par un trait épais :

Fig. 20. Implantation des arbres sur la place-Limite basse

Fig. 20. Implantation des arbres sur la place-Limite basse

Il faut maintenant situer l’implantation des arbres sur chacune de ces limites.

Implantation des 6 arbres de la limite haute (cf. Fig. 12).

Sur le plan ci-dessus, le premier arbre de la première rangée à gauche est légèrement décalé par rapport au pied de la tour, comme le montre la Fig. 19 et la carte suivante :

Fig. 21. Implantation du 1er arbre de la 1ère rangée

Fig. 21. Implantation du 1er arbre de la 1ère rangée

A l’autre extrémité de la ligne haute, le 1er arbre de la 5e rangée se situe à l’aplomb de la porte du n° 4, Place de la Préfecture :

Fig. 22. Position du 1er arbre de la 5e rangée

Fig. 22. Position du 1er arbre de la 5e rangée

Fig. 23. Début de la 5e rangée face au 4, Place de la Préfecture

Fig. 23. Début de la 5e rangée face au 4, Place de la Préfecture

On peut voir cette porte aujourd’hui sur la photo de la Fig. 6 (maison au toit gris) : elle a été conservée à la même place qu’à la fin du XIXe siècle, bien que la maison ait été rehaussée d’un étage.

Enfin, le 1er arbre de la 6e rangée, la plus proche de la Préfecture, est légèrement décalé par rapport à la ligne haute des arbres, étant planté un peu plus proche du bord du trottoir que les autres :

Fig. 24. 1er arbre de la 6e rangée décalé par rapport à la ligne haute des arbres

Fig. 24. 1er arbre de la 6e rangée décalé par rapport à la ligne haute des arbres

Contrairement au dessin de la Fig. 12, le plus ancien, ce 6e arbre de la ligne haute des arbres reste isolé. Cela semble dû au fait que le triangle de la place a été redessiné au cours du XIXe siècle en même temps que la Préfecture, comme le montrent apparemment certaines cartes de l’époque, ce qui fait que les arbres 2 et 3 de la 6e rangée ont été éliminés, celle-ci étant réduite à un seul arbre du temps de Cezanne.

Implantation des deux arbres de la limite basse

Les Fig. 19 et 21 permettent enfin de placer les deux arbres situés sur la ligne basse à l’extrémité des rangées 3 et 4, juste derrière l’urinoir public.

Implantation de l’ensemble des arbres de la place

En rejoignant ces deux derniers arbres des rangées 3 et 4 aux premiers de ces mêmes rangées (dont l’emplacement est obtenu en divisant en 4 intervalles la distance entre les 1er arbres de la 1ere et de la 5e rangée que nous avons placés en a) ci-dessus), on obtient par extrapolation l’implantation de la totalité des arbres de la place :

Fig. 25. Implantation des arbres de la Place de la Préfecture

Fig. 25. Implantation des arbres de la Place de la Préfecture

 Confrontation du schéma d’implantation ci-dessus et du tableau R495

 La correspondance entre ce schéma d’implantation et le tableau de Cezanne est la suivante :

Fig. 26. Correspondance entre R495 et le schéma d’implantation des arbres de la Fig. 25

Fig. 26. Correspondance entre R495 et le schéma d’implantation des arbres de la Fig. 25

On retrouve le schéma d’implantation de la Fig. 25. Deux arbres de la rangée 4 sont à peine évoqués : le 6 semble avoir été effacé (on voit la trace plus claire laissée par le pinceau à cet endroit interrompant le bord du trottoir qui devrait être visible, ou caché par le tronc de l’arbre que le pinceau a recouvert). Le peintre a fait ce choix vraisemblablement pour ne pas alourdir l’espace entre les arbres 1 et 2 de la rangée 3, laquelle donne sa dynamique géométrique à l’ensemble de la figure (étant la seule rangée où chaque arbre est clairement distingué des autres dans une progression régulière). Quant au 7e arbre de la rangée 4, il apparaît comme une ligne grise accolée en haut du tronc du 2e arbre de la rangée 3. On peut noter aussi le léger décalage à droite du 3e arbre de la rangée 4 sur lequel nous reviendrons.

Détermination de la position de Cezanne

Il faut noter quelques différences remarquables entre le tableau et le schéma d’implantation. En effet, ne sont pas représentés dans le tableau la rangée 1 (2 arbres), l’arbre n°1 de la rangée 4, les arbres n° 1 et 2 de la rangée 5, et l’arbre isolé de la « rangée » 6 : c’est grâce à ces manques que nous pouvons déterminer la position de Cezanne au n°2 de la Place de la Préfecture.

Pour cela, il faut maintenant examiner de plus près cet immeuble.

A cet emplacement, on trouvait autrefois deux corps de bâtiment séparés par une sorte de cour :

Fig. 27. État primitif du n° 2, Place de la Préfecture

Fig. 27. État primitif du n° 2, Place de la Préfecture

Si le n° 2 se présentait ainsi en 1880, alors Cezanne ne pouvait que se situer au second étage du bâtiment de gauche, la tour Saint-Barthélémy empêchant de voir les arbres depuis celui de droite.

A la fin du XIXe, le n°2 a été totalement transformé par la prolongation du bâtiment de droite (sur l’emplacement de l’ancienne cour) accolé au bâtiment de gauche. Il est devenu un café :

Fig. 28. Le n°2, Place de la Préfecture avant 1900

Fig. 28. Le n°2, Place de la Préfecture avant 1900

Fig. 29. Changement de propriétaire vers 1900-1901

Fig. 29. Changement de propriétaire vers 1900-1901

Fig. 30. Le coin de la rue hier…

Fig. 30. Le coin de la rue hier…

Fig. 31. ... et aujourd'hui

Fig. 31. … et aujourd’hui

 On distingue la plaque commémorant la présence de Cezanne au 2, Place de la Préfecture à l’angle de l’immeuble au-dessus de l’enseigne du nouveau magasin.

On constate que sur les 6 fenêtres du second étage, quatre peuvent avoir été occupées par Cezanne peignant la place. Comment les départager ?

  • La fenêtre 1 ne peut convenir car dans ce cas l’arbre n°7 de la rangée 3 (7R3) est vu à gauche de l’arbre n° 1 de la rangée 2 (1R2), ce qui n’est pas le cas dans le tableau.
Fig. 32. Élimination de la fenêtre 1

Fig. 32. Élimination de la fenêtre 1

La fenêtre 2 ne peut convenir car dans ce cas les arbres n°4 et 5 de la rangée 4 (4R4 et 5R4) sont vus à gauche l’arbre n° 1 de la rangée 3 (1R3), alors que sur le tableau ils sont à droite de cet arbre.

Fig. 33. Élimination de la fenêtre 2

Fig. 33. Élimination de la fenêtre 2

  • La fenêtre 3 ne peut convenir car là aussi 5R4 est vu à gauche de 1R3, ce qui n’est pas le cas sur le tableau. D’autres difficultés également, non détaillées ici pour faire plus court.
Fig. 34. Élimination de la fenêtre 3

Fig. 34. Élimination de la fenêtre 3

Conclusion : Cezanne a peint ce tableau à partir de la fenêtre n° 4.

 En effet, ce n’est que de cette fenêtre que la position relative des différents arbres représentés sur le tableau de Cezanne est finalement cohérente avec le plan au sol et donne satisfaction, à quelques nuances près que nous allons maintenant examiner.

Fig. 35. Angle de vision sur les arbres de la place depuis la 4e fenêtre

Fig. 35. Angle de vision sur les arbres de la place depuis la 4e fenêtre

Traitement par Cezanne des éléments du paysage

Ayant déterminé la place du peintre, il convient de vérifier comment le tableau rend compte de la réalité que Cezanne a devant les yeux. Cette confrontation met en évidence quelques choix de déformation du réel justifiés pour des raisons esthétiques, mais qui ne remettent en cause ni la localisation du tableau, ni la position de Cezanne sur la place de la Préfecture, ni surtout la grande précision du rendu du site.

Traitement des arbres de la Place de la Préfecture

La taille si curieuse des arbres de cette place dont ils constituent une sorte de plafond horizontal en fait un sujet unique dans l’œuvre de Cezanne, puisqu’il s’agit d’éléments de la nature complètement retravaillés et instrumentalisés par l’homme, ce que renforce encore leur alignement de soldats à la parade.

En effet, Cezanne tente habituellement de restituer dans ses paysages la splendeur de la végétation dans son développement naturellement harmonieux, non domestiqué par l’homme (d’où aussi l’absence quasi totale de figures humaines dans sa peinture de paysages), les bâtiments venant s’insérer de façon respectueuse dans cette harmonie sans la supplanter. Ici au contraire, la moitié inférieure du tableau semble écrasée par l’ordre humain des bâtiments qui remplissent les deux tiers gauche de la moitié supérieure du tableau. Seul le dernier tiers de droite redonne à la nature sa primauté par rapport à l’humain, grâce aux trois grands arbres qui se détachent sur les collines du fond et aux couronnes d’arbres de taille inférieure à l’extrême droite sur lesquels s’enlèvent les deux tours de l’église Notre-Dame : celles-ci, loin d’imposer leur ordre à la végétation qui les environne, viennent s’y insérer comme dans un écrin naturel :

Fig. 36. La nature dominée par l'homme

Fig. 36. La nature dominée par l’homme

On peut imaginer Cezanne un peu scandalisé par ce traitement urbain de la nature, d’autant   que d’autres cartes postales anciennes de Melun indiquent une campagne générale de taille des arbres en formes géométriques vers les années 1870-1880, manifestant ainsi cette volonté de maîtrise de la nature propre à l’idéologie du progrès de l’ère industrielle commençante, par exemple à l’entrée de la Préfecture, sur la place de la Porte de Paris (cf carte 6 p. 5) et sur le boulevard Victor Hugo, tailles abandonnées par la suite, les arbres reprenant leur volume naturel[3] :

Fig. 37. La cour d'honneur de la Préfecture vers 1880

Fig. 37. La cour d’honneur de la Préfecture vers 1880

Fig. 38. Arbres ayant repris leur liberté (vers 1900)

Fig. 38. Arbres ayant repris leur liberté (vers 1900)

Fig. 39. Arbres décapités du Boulevard Victor Hugo

Fig. 39. Arbres décapités du Boulevard Victor Hugo

Quoi qu’il en soit, Cezanne, dans le traitement des arbres de la place de la Préfecture, va chercher à contrebalancer l’harmonie purement géométrique que veulent leur imposer les hommes en introduisant dans le schéma plusieurs éléments de souplesse, par divers procédés.

Ajout d’arbres Rangée 5

Si cette rangée telle que la représente Cezanne avait été construite selon le plan global, les arbres 6 (6R5) et 7 (7R5) sortiraient du triangle, le 7 étant même planté sur la route pavée devant la Préfecture :

Fig. 40. Ajout de deux arbres rangée 5

Fig. 40. Ajout de deux arbres rangée 5

En réalité, si l’on en croit la Fig. 19, il n’existe que les arbres 5R5 et 1R6 le long du trottoir jouxtant la Préfecture, et en tout cas l’arbre 7R5 ne peut exister puisque derrière l’urinoir il n’y a place que pour deux arbres : 7R3 et 7R4. Si on élimine ces deux arbres du tableau, le résultat est le suivant :

Fig. 41. Suppression des 6e et 7e arbres de la 5e rangée

Fig. 41. Suppression des 6e et 7e arbres de la 5e rangée

On constate alors un creux entre 3R4 et 5R4, ce qui affaiblit l’ordonnance géométrique du tableau et déséquilibre la rangée 5 dès lors mal rattachée aux autres rangées (d’autant que ses arbres sont plus fins que les autres), ce qui peut expliquer cet ajout du peintre.

Libertés avec les règles de la perspective

Commençons par reconstituer le damier au sol de l’implantation des arbres conformément à la fig. 35 avec ses lignes de fuite A et B :

Fig. 42. Damier d'implantation des arbres

Fig. 42. Damier d’implantation des arbres

Certaines anomalies apparaissent :

  • dans la rangée 2 qui converge vers A, l’arbre 2 est légèrement trop proche de l’arbre 1 et l’arbre 3 est trop éloigné de l’arbre 2. Cezanne crée ainsi visuellement entre les arbres 2 et 3 un grand espace qui vient casser la monotonie d’une perspective trop juste et l’aspect trop mécanique qu’elle confèrerait au tableau ;
  • dans la rangée 3, la ligne de fuite vers A des arbres 1 à 5 se gauchit vers le clocher de l’église avant de corriger sa trajectoire avec les arbres 6 et 7, qui créent un arrondi : encore un moyen d’introduire de la souplesse tout en orientant davantage le regard vers le clocher qui apparaît comme le point nodal du tableau ;
  • dans la rangée 4, l’arbre 2 est parfaitement déviant par rapport à la ligne de fuite rouge allant vers A et la ligne de fuite verte allant vers B : l’arbre est sorti de son alignement et rapproché de la rangée 3. Ceci permet d’éviter un espace trop vide dans le triangle rectangle du coin inférieur droit du tableau dont l’hypoténuse joint l’arbre 1 de la rangée 3 et l’arbre 3 de la rangée 5 ;
  • la ligne de fuite de la rangée 5 rapproche également légèrement les arbres 3 et 4 de la rangée 4, avec là aussi un effet d’arrondi qui casse l’ordre trop géométrique du damier.

Toutes ces déformations permettent à Cezanne de mieux équilibrer l’espace entre les rangées et de les orienter davantage vers le clocher de l’église Saint-Aspais, tout en évitant l’effet trop mécanique et raide d’une perspective exacte. De même, les distances assez variables dans chaque rangée entre les pieds des arbres contribuent également à casser la cohérence purement géométrique au profit d’une harmonie globalement marquée par plus de souplesse, donc de naturel :

Fig. 43. le jeu avec la perspective

Fig. 43. le jeu avec la perspective

Position du banc

La Fig. 24 suggère que le banc se situe en réalité à l’extérieur de la 5e rangée et non dans la 4e comme le montre le tableau :

Fig. 44. Position du banc

Fig. 44. Position du banc

La comparaison entre l’original et le tableau modifié montre que le déplacement du banc brise la monotonie de la surface du sol uni de la place, la rendant ainsi plus vivante :

Fig. 45. Les modifications apportées par Cézanne à la géométrie des lieux

Fig. 45. Les modifications apportées par Cezanne à la géométrie des lieux

Au total, si l’on « corrige » ces trois choix de Cezanne, on voit que tout en restant extrêmement précis dans l’observation du réel, le peintre n’a cependant pas hésité, par de subtiles modifications de détail, à animer son tableau et à lui donner une dynamique que l’exactitude purement géométrique lui aurait fait perdre. 

Traitement de l’église Saint-Aspais

Une première vérification consiste à évaluer si la dimension de son clocher, perçue visuellement depuis la place de la Préfecture, est cohérente avec la représentation qu’en a donnée Cezanne[4]. Pour cela, on peut s’aider de cette photo récente, qui montre la tour du clocher à partir d’un point haut fictif situé à l’aplomb de l’ancien urinoir :

Fig. 46. Le clocher de l'église Saint-Aspais vu de la Place de la Préfecture

Fig. 46. Le clocher de l’église Saint-Aspais vu de la Place de la Préfecture

Cette photo, bien que prise de trop haut, montre que la « distance visuelle » entre la place de la Préfecture et le clocher de Saint-Aspais est cohérente avec celle du tableau, ce qu’illustre aussi la carte postale suivante, positionnée quant à elle au niveau du sol :

Fig. 47. Le clocher de l'église Saint-Aspais vu de la Place de la Préfecture

Fig. 47. Le clocher de l’église Saint-Aspais vu de la Place de la Préfecture

Notons au passage que Cezanne, bien que simplifiant la représentation du clocher, a respecté la dissymétrie entre les deux tourelles gauche et droite entourant la pointe du clocher aujourd’hui disparue.

Cependant, il n’est pas possible qu’il ait eu une vue aussi dégagée sur le bas de la tour du clocher tel qu’il le représente dans son tableau, compte tenu des constructions déjà présentes à son époque dans la rue du Miroir et qui le masquaient en partie, comme le montre cette carte très ancienne (l’hôtel du Grand Monarque n’est pas encore bâti sur la place de la Porte de Paris, voir une vue plus récente Fig. 5) :

Fig. 48. Place de la Porte de Paris vers 1900

Fig. 48. Place de la Porte de Paris vers 1900

De même, la Fig. 16 où la vue sur Saint-Aspais est prise du haut de la tour Saint-Barthélémy, – donc quelques mètres plus haut que la fenêtre de Cezanne – montre que de cette hauteur, la tour du clocher, quoique bien dégagée, l’est tout de même encore moins que sur le tableau.

Cezanne a donc choisi d’allonger le clocher perpendiculairement à la voûte des arbres de la place de la Préfecture. Cela lui permet de donner une profondeur et un élan dynamique au tableau qui disparaîtraient s’il avait figuré les maisons situées au pied de ce clocher (comme on peut d’ailleurs le constater sur les Fig. 46 et 48 ci-dessus, où le clocher perd en envolée par rapport au tableau de Cezanne et se trouve en quelque sorte un peu étouffé) : petite déformation de la réalité apportant un grand bénéfice à l’équilibre général du tableau. 

Traitement des bâtiments représentés à droite du clocher dans le tableau

Cet allongement du clocher était d’autant plus nécessaire qu’autrement celui-ci se serait trouvé comme écrasé par la grande maison blanche avec une cheminée accolée à son pignon triangulaire (adresse actuelle : 11, rue Saint-Barthélémy), bâtiment qui masque la nef de l’église uniquement rappelée sur le tableau par un petit trait oblique sur son bord gauche.

Cette maison blanche se situe à mi-chemin entre la place de la Préfecture et la place de la Porte de Paris, comme indiqué sur cette photo aérienne :

Fig. 49. Situation de la maison blanche rue Saint-Barthélémy

Fig. 49. Situation de la maison blanche rue Saint-Barthélémy

Ce bâtiment domine tous ceux qui se situent à la droite de la rue Saint-Barthélémy en allant vers l’église Saint-Aspais[5].

Ceci est illustré par la carte postale suivante qui offre une vue prise du haut du clocher de Saint-Aspais en direction de la Tour Saint-Barthélémy (donc à l’envers de ce que voyait Cezanne) La maison blanche domine toutes les maisons sur la gauche de la rue Saint-Barthélémy en montant vers la place de la Préfecture :

Fig. 50. La maison blanche vue du clocher de Saint-Aspais

Fig. 50. La maison blanche vue du clocher de Saint-Aspais

La carte postale de la Fig. 47 nous fournit, hélas un peu caché par le bâtiment des archives de la Préfecture, un aperçu de cette maison qui correspond parfaitement à la gauche du bâtiment représenté par Cezanne, avec l’extrémité du toit rouge sur la rue suivi de la cheminée posée le long du pignon :

Fig. 51. Détail de la Fig. 47 et correspondance avec le tableau

Fig. 51. Détail de la Fig. 47 et correspondance avec le tableau

On constate ici aussi une subtile modification par Cezanne de la cheminée, qu’il élargit et laisse blanche à sa base. S’il l’avait représentée de façon plus réaliste, cela faisait une tache rouge trop agressive au milieu du tableau, et la cheminée aurait fâcheusement fait concurrence à la verticalité du clocher :

Fig. 52. Modification de la cheminée de la maison blanche

Fig. 52. Modification de la cheminée de la maison blanche

Ainsi modifiée, la cheminée se fond plus harmonieusement dans le bâtiment auquel elle est accolée. En outre, ce choix permet de renforcer la tache blanche constituée par ce bâtiment et qui occupe le centre du tableau, permettant d’éclaircir l’horizon constitué des taches bleues des toits de gauche, du gris du clocher et des verts sombres des arbres de droite.

On peut noter aussi que la forme triangulaire du toit de ce bâtiment, orientée comme la pointe d’une flèche vers le ciel, accompagne l’aspiration vers le haut de l’ensemble de l’image entrainée par le clocher. Ce mouvement est redoublé par les flèches constituées par le pignon triangulaire qui semble émerger des arbres de la place, et par le pignon blanc du bâtiment en biais situés sous la maison blanche : ces trois éléments concourent à la dynamique ascendante des constructions humaines impulsée par le clocher, discrètement renforcée par les deux tours de Notre-Dame, à droite, qui accompagnent ce mouvement vers le haut. Il y a là un contraste saisissant avec l’horizontalité écrasante imposée de force aux arbres de la place.

Fig. 53. Une dynamique ascendante

Fig. 53. Une dynamique ascendante

On peut d’ailleurs soupçonner que la hauteur de la maison blanche a été un peu exagérée par Cezanne pour mieux lui faire occuper l’espace central et faire dépasser son toit en flèche orientée vers le ciel en le faisant se découper entre ses deux cheminées un peu au-dessus des collines de l’arrière-fond. En effet, ce toit dépasse la tour du clocher, ce qui est possible vu de la fenêtre de Cezanne mais demanderait à être vérifié sur place.

Quant aux deux bâtiments du premier plan situés au milieu du tableau juste derrière les arbres et appartenant au domaine de la Préfecture (entrée actuelle par le 11bis, rue Saint-Barthélémy), on voit bien leur présence sur la photo aérienne de la Fig. 49 et le détail de cette photo ci-dessous. Ce sont des bâtiments anciens datant de l’abbaye Saint-Père, eux aussi aujourd’hui pratiquement dissimulés derrière le bâtiment des archives :

Fig. 54. Détail de la photo aérienne de la Fig. 49

Fig. 54. Détail de la photo aérienne de la Fig. 49

Sur la Fig. 47 (de même que sur la Fig. 16), on voit bien derrière le bâtiment des archives dépasser l’extrémité du bâtiment oblique ainsi que le pan de toit gauche du bâtiment au pignon triangulaire :

Fig. 55. Identification des deux bâtiments situés derrière les arbres de la place

Fig. 55. Identification des deux bâtiments situés derrière les arbres de la place

Vu de la rue, le bâtiment oblique et le bâtiment au pignon triangulaire se présentent comme suit :

Fig. 55bis. Identification des deux bâtiments situés derrière les arbres de la place

Fig. 55bis. Identification des deux bâtiments situés derrière les arbres de la place

Fig. 55ter. Identification des deux bâtiments situés derrière les arbres de la place

Fig. 55ter. Identification des deux bâtiments situés derrière les arbres de la place

Traitement du côté gauche de la rue Saint-Barthélémy en direction de Saint-Aspais

A partir de la quatrième fenêtre du n° 2, place de la Préfecture, l’angle sous lequel Cezanne devait peindre le côté gauche de la rue Saint-Barthélémy était nécessairement limité :

  • à gauche par la nécessité d’éviter de peindre la tour Saint-Barthélémy et la première rangée d’arbres, dont on a vu qu’ils étaient exclus du tableau,
  • et à droite par le besoin de peindre un bout du trottoir longeant la deuxième rangée d’arbres (qui se présente en fait comme la première rangée sur le tableau) à gauche le long de la rue.
Fig. 56. Limites de l'angle de vision sur la gauche

Fig. 56. Limites de l’angle de vision sur la gauche

Cet angle étroit aboutit à la 5e maison de la rue, celle aux chiens assis déjà évoquée Fig. 16 et 17. Celle-ci est donc nécessairement la première de la rue peinte par Cezanne dans son tableau.

Au passage et avant d’examiner en détail les maisons de la rue Saint-Barthélémy, comme Cezanne peint la 5e maison à partir de son extrémité droite, on peut désormais affirmer que l’angle de vision du tableau est le suivant (la limite de droite étant définie par la distance à l’église Notre-Dame et la nécessité de passer entre les arbres 1 et 2 de la rangée 4 et les arbres 2 et 3 de la rangée 5, cf. Fig. 35) :

Fig. 57. L'angle de vision du tableau

Fig. 57. L’angle de vision du tableau

Voici quelques illustrations de la succession des maisons à partir de la 5e :

Fig. 58. Les maisons 5 à 10 de la rue Saint-Bathélémy, autrefois…

Fig. 58. Les maisons 5 à 10 de la rue Saint-Bathélémy, autrefois…

Fig. 59. ... et aujourd'hui

Fig. 59. … et aujourd’hui

Fig. 60. Vue aérienne des toits des maisons 5 à 11, autrefois…

Fig. 60. Vue aérienne des toits des maisons 5 à 11, autrefois…

Fig. 61. … et aujourd’hui

Fig. 61. … et aujourd’hui

La transposition dans le tableau de Cezanne peut se faire de la façon suivante, qui respecte la hiérarchie des hauteurs relatives des toitures à partir de la maison 5 :

Fig. 62. Les maisons de la rue Saint-Barthélémy

Fig. 62. Les maisons de la rue Saint-Barthélémy

Quelques remarques :

  • maison 5: on voit le dernier chien assis sur le toit, mais sa hauteur relative par rapport à la maison 6 est supérieure à celle des Fig. 58 et 60, qui me semblent plus contemporaines de Cezanne que la Fig. 17 où la maison est surélevée d’un étage, comme on le voit encore mieux dans les photos récentes des Fig. 59 et 61. Comme on est à la marge gauche du tableau, Cezanne a vraisemblablement considéré qu’il fallait mieux marquer l’entrée de la rue Saint-Barthélémy par un bâtiment haut plutôt que par un bâtiment relativement bas, de façon à bien marquer le mouvement descendant de la rue vers l’église.
  • Maison 6: Cezanne l’écrase en largeur et la réduit à une fenêtre au lieu de 3, justement pour éviter de troubler l’impression de descente générale vers l’église.
  • Maison 7: c’est effectivement une grande maison au toit de zinc (en bleu sur le tableau) avec 3 fenêtres au 2e étage, mais quatre au premier où le peintre n’en représente que 2, la maison étant peinte en décrochement par rapport à la maison 6, ce qui n’est pas le cas dans la réalité.
  • Maison 8: une maison plus basse à trois fenêtres, comme sur le tableau de Cezanne.
  • Maison 9 : une maison très basse, qui semble avoir perdu son toit pentu dans sa version contemporaine, transformé en terrasse.
  • Maison 10 : une maison plus haute à nouveau à l’angle de la rue
  • Maisons 11  et suivantes : les choses sont plus indistinctes et difficiles à retrouver dans la réalité. Il y a même quelque invraisemblance à la hauteur de l’implantation des maisons 11 et 15, dont l’effet est de situer la colline du fond presque derrière les maisons, comme pour encaisser davantage le clocher et du même coup mettre davantage en valeur et amplifier son mouvement de jaillissement depuis le cœur de la ville.

La comparaison entre les maisons réelles (telles qu’on peut imaginer les connaître dans leur état de 1880 par les cartes postales et par extrapolation de leur état actuel) et leur traitement par Cezanne révèle donc quelques divergences, malgré la correspondance générale des hauteurs successives des toits. C’est le point où il semble que le peintre prend le plus de libertés par rapport à ce qu’il voit de façon à accentuer le mouvement descendant de la rue Saint-Barthélémy.

Pour finir, on peut également noter que ce mouvement descendant est bien souligné par la bordure du terre-plein où sont plantés les arbres. Sur le tableau, elle semble débuter entre les arbres 2 et 3 de la première rangée, alors que la Fig. 57 démontre que Cezanne ne la voyait qu’à partir de l’arbre 4. De même, il rapproche trop cette bordure du 5e arbre. Un traitement plus conforme aux lois de la perspective donnerait ceci :

Fig. 63. L’ajustement du tableau par rapport à la réalité

Fig. 63. L’ajustement du tableau par rapport à la réalité

La comparaison met bien en évidence l’élan des arbres et du chemin vers le clocher dans le tableau original (la bordure se prolongeant dans le bord du toit du premier bâtiment en triangle), élan qui se trouve brisé dans le tableau « rectifié ».

Finalement, si l’on « corrige » Cezanne, la dynamique d’ensemble est largement dégradée. C’est bien tout le génie de Cezanne que de savoir s’affranchir « à la marge » du réel dans ses tableaux de paysages pour mieux faire ressentir un rythme, voire une idée comme je l’ai suggéré dans le cas de ce tableau. La peinture, « cosa mentale »…

Conclusion

L’analyse des maisons situées du côté gauche de la rue Saint-Barthélémy n’est pas absolument déterminante pour la localisation de Cezanne peignant la « Place de village », bien que la hauteur relative de la succession des toits des premières maisons soit conforme à la réalité.

En revanche, toutes les autres analyses menées fournissent un faisceau convergent d’éléments très convaincants pour accepter définitivement la localisation de ce tableau comme représentant la Place de la Préfecture à Melun vue depuis la fenêtre du second étage à l’aplomb de la porte du n°2 de cette place.

Les quelques différences pointées entre le tableau et la réalité, on l’a vu, relèvent toutes d’explications de nature esthétique et témoignent de la liberté créatrice du peintre.

Plus profondément, ce tableau fournit un excellent exemple de la capacité de Cezanne de recomposer une scène en lui donnant un sens particulier et en l’imprégnant d’une harmonie des formes et des couleurs qui n’appartiennent qu’à lui, en déformant subtilement quelques éléments choisis de la réalité à laquelle, pourtant, il témoigne d’une fidélité remarquable, et jusque dans le détail.

NOTES 

[1] Ce bâtiment appartenait au brasseur Barthel, fondateur en 1850 de la future brasserie Grüber. En 1903, la Société d’Assurances Mutuelles de Seine-et-Marne achète l’immeuble et y installe ses bureaux. Elle est dirigée par Henri Cravoisier, maire, conseiller général et député. Le bâtiment sert ensuite de sous-préfecture et de direction départementale de l’agriculture.

[2] L’église Saint-Barthélemy est sans doute fondée durant le règne de Robert le Pieux (996-1031). Les Anglais et les Bourguignons la détruisent durant la guerre de Cent Ans puis, en 1590, les Ligueurs qui défendent la ville contre Henri IV y mettent le feu pour retarder les assaillants. En 1598, l’église est reconstruite et le clocher, à son tour, en 1737. Le culte est interrompu pendant la Révolution et l’église est démolie en 1809. Le clocher, sauvegardé, avait servi à Cassini de point de référence pour les calculs nécessaires à l’établissement de la carte de France au 1/86.400e en 1755. Haut de trente-cinq mètres, il surplombe la place Saint-Père réaménagée.

[3] Plusieurs cartes postales non exploitées ici témoignent de ces alternances.

[4] Rappelons que la partie pointue du clocher a été détruite durant la dernière guerre et n’a pas été reconstruite.

[5] Il faut, bien entendu, éliminer le bâtiment moderne de la fig. 47 à droite derrière l’urinoir, parce qu’il bouche la vue sur tout ce qui se situe à droite de la rue Saint-Barthélémy vue depuis la fenêtre de Cezanne. Il s’agit du bâtiment des archives édifié par l’architecte Léon Majoux en 1893 comme extension aux bâtiments de la Préfecture. La carte de la Fig. 47 est donc postérieure à cette date.