Colloque “Cezanne, Jas de Bouffan — art et histoire”, 21-22 septembre 2019

Souvenirs du Jas de Bouffan

Léo Marchutz, un fonds cézannien,
sur fond de son amitié́ avec John Rewald

Antony Marschutz

Conférence filmée

 

Antony Marschutz en quelques mots

Lauréat de l’Académie Supérieure de Musique de Vienne (Autriche) (clarinette et écriture musicale) et après des études à Paris auprès de Jacques Lancelot et Guy Deplus, Antony Marschutz est engagé en tant que clarinettiste à l’Orchestre de la Radio Télévision Espagnole à Madrid (dir. Igor Markevitch). Installé ensuite à Paris, il se consacre à l’enseignement de la musique en parallèle à une activité de musicien de chambre et de créateur d’œuvres contemporaines au sein de différentes formations européennes. Tournées dans toute l’Europe.

Depuis 2007, il s’occupe plus particulièrement de la promotion des écrits et de l’œuvre de son père, le peintre Léo Marchutz. Ainsi il est coauteur d’une monographie de l’artiste, de la reproduction d’un album de photos retraçant la vie des peintres allemands réfugiés près d’Aix dans les années 30 et d’un ouvrage « Regards sur Cézanne » synthétisant, outre la présentation de sa propre pensée sur son mentor, l’action du peintre Léo Marchutz auprès des grands cézanniens que sont Lionello Venturi, Fritz Novotny, John Rewald et Adrien Chappuis. Une large correspondance en langue allemande des années 30 reste encore à publier.

A partir des nombreux documents laissés par Léo Marchutz, Antony Marschutz projette la publication d’une partie de sa correspondance ainsi que des écrits qui faciliteraient, pour le grand public, l’accès à son œuvre.

 Le contenu de l’intervention :

 De Léo Marchtuz, John Rewald dira en 1978 : « Je luis dois ma ferveur pour Cezanne ». Les deux amis écrivent ensemble un premier texte sur le Jas de Bouffan en 1935, un deuxième texte sur Cezanne en Provence en 1936. Le fond documentaire Léo Marchutz rejoindra le Centre Cézannien de Recherche et de Documentation  prévu au Jas de Bouffan. L’intervention  aborde ces deux registres  qui se rejoignent.

Mon intervention portera sur deux sujets :

  • un premier sujet qui rapportera quelques souvenirs d’adolescence liés au Jas de Bouffan ;
  • le second sujet précisera le contenu du Fonds documentaire Léo Marchutz, qui sera déposé́ au sein du Centre Cézannien de Recherche et de Documentation, dès que ce dernier sera opérationnel.

Souvenirs du Jas de Bouffan

Dans les années 50, la bastide et la ferme du Jas de Bouffan étaient encore entourés de champs. Il s’agissait des dernières années d’existence à la campagne avant l’intégration du lieu dans la rapide extension de l’urbanisation aixoise.

Notre famille et la famille Corsy étaient très liées et ceci depuis de nombreuses années, Cezanne oblige.

Pour se rendre au Jas en partant d’Aix, on empruntait la route de Galice puis on longeait une ferme entourée de champs avant d’arriver à̀ la bastide qui était ouverte à̀ tous les vents : ni code, ni mot de passe, ni grille verrouillée. La première personne que l’on rencontrait en entrant était un animal, installé dans une superbe cage plantée dans la plus grande pièce de la maison : cet animal, un perroquet, vous annonçait à sa façon, faisant office en quelque sorte de sonnette, car alors apparaissait Madame Maximov, la mère de Nina Corsy. Pour quelques instants, on se serait cru en Russie, avec samovar et un parler français à fort accent russe. Immanquablement et quelle que soit l’heure de la journée, Mme Maximov, activant le samovar, vous proposait un thé de bienvenue. En maitresse de maison, elle supervisait les activités de toute la famille et savait vous dire où se trouvaient et quelles étaient les activités du jour des différentes personnes.

Autre souvenir : celui des vendanges à l’automne. Nous étions engagés pour couper les raisins sur les terres qui à l’époque entouraient encore le Jas et, après une rapide formation auprès des responsables de la coupe, nous voilà̀ à rester des heures penchés sur les ceps. Tout jeune que nous étions, le soir noue étions cassés. La vendange durait une courte semaine. En contrepartie de notre travail nous recevions un petit pécule, et je me souviens m’être rendu chez le disquaire de la rue Fabrot à Aix pour commander l’enregistrement aujourd’hui culte de la Flûte Enchantée de Mozart avec la Philharmonie de Vienne, Karl Böhm et une pléiade de chanteurs de premier plan.

Vers 1953 Léo Marchutz avait expertisé un petit tableau appartenant à̀ la famille Corsy comme étant une peinture réalisée par Auguste Renoir. Ce tableau a alors été́ vendu et pour remercier Léo de son expertise, la famille Corsy nous a fait don d’une télévision. Rendez-vous compte, une télévision en 1953 à Châteaunoir, un anachronisme sans précédent. Il s’agissait du tout début de la télévision française installée rue Cognacq-Jay à Paris : Pierre Desgraupes, une émission de jeux le samedi soir, Pierre Dumayet et Igor Barrière, puis Cinq colonnes à la une, etc. et en 1958 la coupe du monde de football en Suède avec l’équipe de France vedette de l’époque, Raymond Kopa et Just Fontaine…. Tout cela maintenant à̀ portée dans le parc de Châteaunoir !

Léo Marchutz, un fonds cézannien, sur fond de son amitié́ avec John Rewald

Il s’agit du fonds documentaire Léo Marchutz.

Pour l’essentiel ce fonds est composé de documents originaux et de livres

Les documents originaux

L’original des lettres constituant la correspondance croisée entre Léo Marchutz, John Rewald et Fritz Novotny, toutes en langue allemande et s’étendant de 1933 à 1939. Le sujet principal en est la recherche des motifs cézanniens ; cette correspondance constitue, par les questions qui y sont débattues, le travail préparatoire aux thèses de John Rewald (« Cézanne et Zola », Paris, Sorbonne, 1936) et de Fritz Novotny (« Cézanne et la fin de la perspective scientifique », université de Vienne, 1938). De plus ces échanges éclairent la vie de la communauté artistique allemande du Châteaunoir dans ces années. Le travail des trois protagonistes s’appuie pleinement sur l’importante documentation que possédait Lionello Venturi, historien d’art italien né en 1885, exilé à l’époque en France et auteur du premier Catalogue Raisonné des œuvres de Cézanne en 1936.
Cet ensemble de lettres est la fusion de trois fonds :

– les lettres laissées par Léo Marchutz et dont nous avons hérité, ma sœur Anna et moi-même ;

– un ensemble de lettres confiées par John Rewald, dans les années 1980, à l’Ecole Léo Marchutz à Aix.

– des copies de lettres de Fritz Novotny conservées à Vienne dans le Fonds Fritz Novotny et communiquées par une historienne d’art viennoise, Agnès Blaha, qui avait réalisé sa thèse à Vienne sur les écrits cézanniens de Fritz Novotny.

Ces lettres ont ensuite simplement été classées chronologiquement. Une version électronique de ces échanges existe également.

Les trois articles signés Léo Marchutz et John Rewald des années 1934/1935 liés à la recherche des motifs sur les lieux cézanniens suivants : Châteaunoir, le Jas de Bouffan et Cézanne et la Provence.

Les cahiers originaux du Journal de Léo, qui commence en 1947 et s’étend par intermittence jusque dans les dernières année (1975).

La correspondance d’après-guerre entre Léo et John Rewald, avec notamment l’organisation des expositions Cézanne du Cinquantenaire en 1956 à Aix et celle de 1961 en collaboration avec les musées de Vienne, expositions pour lesquelles Léo était conseiller artistique de la Ville d’Aix.

La correspondance (à partir de 1947) entre Léo et Fritz Novotny.

La correspondance avec l’historien d’art Albert Châtelet ; ayant débuté sa carrière au Louvre, il est devenu directeur du musée de Lille pour se fixer ensuite à Strasbourg en oeuvrant et enseignant dans l’unité d’histoire de l’art de l’université de cette ville.

La correspondance avec Adrien Chappuis, historien d’art, auteur du Catalogue raisonné des dessins de Cézanne.

Les livres (un certain nombre en langue allemande)

Première biographie en langue allemande de Julius Meier-Graefe. Cézanne de Tristan-L. Klingsor (chez Rieder et Cie, éditeurs, Paris, 1924)

Première édition de la thèse de John Rewald Cézanne et Zola (Edition Sedrowski, Paris, 1936).

Première édition de la thèse de Fritz Novotny Cézanne et la fin de la perspective scientifique (Edition Scholl, Vienne, 1938)

Konrad Fiedler Vom Wesen der Kunst (Editions Piper, Munich, 1942)

Konrad Fiedler Aphorismen – Wirklichkeit und Kunst, etc…. (Editions Piper, Munich, 1914) .

Dante Göttliche Komödie, Übertragungen von Stephan George (Edition Georg Bondi, Berlin, 1921)

Différents livres, conférences et articles de Fritz Novotny sur les sujets les plus divers : Franz Hals, Adalbert Stifter, etc…

Différents livres et articles de John Rewald.

Bon à tirer de la réalisation typographique du livre de poésie Langue de Pierre-Jean Jouve réalisé en 1952 par Barbara et Léo Marchutz.

Maquettes pour l’Evangile selon Saint-Luc.

Le psautier de Sainte Marie (St. Mary’s Psauter) en langue anglaise.

La correspondance générale d’Eugène Delacroix publiée par André Joubin (1936)

Divers livres de Jean Leymarie

Un certain nombre de livres en langue allemande sur l’histoire de l’art à travers les siècles.

(Liste non exhaustive)

Ma sœur Anna et moi-même, en tant qu’héritiers de l’oeuvre de Léo Marchutz, souhaitons que les ouvrages et documents constituant ce fonds soient conservés dans leur unité, car ils reflètent bien l’univers culturel franco-allemand de notre père. Nous considérons que l’intérêt de ce dépôt consiste à mettre à disposition d’un plus large public des ouvrages et documents qui peuvent apporter des compléments d’information non seulement sur Léo Marchutz, sa vie et son œuvre, mais encore, en particulier, sur la vie aixoise de l’immédiat l’après-guerre et des années 60.

Sous l’égide de la Société Paul Cézanne, nous souhaitons en conséquence signer avec le Centre Cézannien de Recherche et de Documentation (CCRD) une convention de dépôt qui déterminerait de façon claire et précise les rôles et responsabilités de chacune des parties.